{"id":3264,"date":"2025-01-31T07:03:42","date_gmt":"2025-01-31T07:03:42","guid":{"rendered":"https:\/\/stourm.news\/?p=3264"},"modified":"2025-01-31T07:03:42","modified_gmt":"2025-01-31T07:03:42","slug":"emsav-31-janvier-1903-naissance-de-fransez-debeauvais-activiste-journaliste-et-fondateur-du-mouvement-nationaliste-breton","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/stourm.news\/?p=3264","title":{"rendered":"EMSAV : 31 janvier 1903, naissance de Fransez Debeauvais, activiste, journaliste et fondateur du mouvement nationaliste breton"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>EMSAV &#8211;<\/strong> De tous les serviteurs de la Bretagne \u2014 de tous ceux qui consacr\u00e8rent \u00e0 la Bretagne chaque minute de leur vie et surent encore. tout simplement mourir pour elle \u2014 Fransez DEBAUVAIS restera parmi les meilleurs, et sur la tapisserie parfois terne de notre histoire. La figure de cet humble enfant du peuple breton se d\u00e9tachera toujours dans un rayonnement extraordinairement pur : car si d\u2019autres eurent peut-\u00eatre plus de talent ou plus de chance que lui, peu eurent autant d\u2019abn\u00e9gation et aussi loin le sacrifice d\u2019eux-m\u00eames. Et c\u2019est cela que, parmi les h\u00e9ros de notre nation, Fransez Debauvais restera, aussi longtemps qu\u2022il y aura des Bretons en Bretagne. l\u2019un des plus grands.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">On a parfois reproch\u00e9 au mouvement breton d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 enfant\u00e9 par une romantique en mal de renouvellement. Frafisez Debauvais, fondateur et pr\u00e9sident du Parti National Breton, \u00e9tait un fils du peuple. Il \u00e9tait n\u00e9 \u00e0 Rennes, le 31 janvier 1903. dans la populaire et populeuse rue Saint-Malo, la rue Haute comme il aimait \u00e0 dire dans son parler vieux-Rennais, rue des marchandes de galettes et de gros p\u00e2t\u00e9, o\u00f9 la langue avait, et a toujours, son inimitable accent et son incomparable saveur. Son p\u00e8re, tr\u00e8s simple, \u00e9tait pr\u00e9parateur en pharmacie, chez un qui, \u00e0 vrai dire, passait une grande part de son temps \u00e0 versifier, et dont il n\u2019est pas exclu que les bretonnes compositions aient pu influencer le jeune Debauvais, tant il vrai que les voies du Seigneur sont multiples et myst\u00e9rieuses. Sa m\u00e8re d\u00e9ballait, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle vendait tissus et dentelles sur les places publiques, et Debauvais, qui tr\u00e8s t\u00f4t quitta l\u2019\u00e9cole, fit avec elle les march\u00e9s de la r\u00e9gion, jusqu\u2019\u00e0 Janz\u00e9 et Ch\u00e2teaugiron.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Qu\u2019est-ce qui attira Debauvais \u00e0 la Bretagne ? L\u2019\u00e9cole ? La rue d&rsquo;Ech n \u00e9tait ni meilleure ni pire qu\u2019une autre, mais ce n\u2019est assur\u00e9ment pas l\u00e0 qu\u2019on pr\u00eachait le nationalisme. Les lectures ? Il est certain que les romans de Paul F\u00e9val eurent sur lui beaucoup d\u2019influence, mais est-ce assez d\u00e9cider d\u2019une vie ? Peut-\u00eatre tout simplement cet atavisme qui faisait dire, quelque trente ans plus tard, \u00e0 O. Mordrel, s\u2019adressant au Tribunal de Rennes, qu\u2019il y aura chez nous des rebelles tant qu\u2019il y aura des landes et des pommiers \u2014 et aussi sans doute ce commerce quotidien et intime avec le petit peuple de la rue de Brest ou de la rue Saint-Mab, et des campagnes argileuses du pays rennais.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">C\u2019est, paradoxalement, en pleine Grande Guerre, en pleine gloire de la Marne et de Verdun, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la presse et la chaire \u00e9taient au quotidien service d\u2019un fran\u00e7ais exacerb\u00e9, que Fransez Debauvais, solitaire et isol\u00e9 de tout groupuscule breton, trouva le chemin de la Bretagne et se mit \u00e0 r\u00eaver qu\u2019un jour pourrait lui \u00eatre rendue cette ind\u00e9pendance dont on lui avait depuis longtemps cach\u00e9 qu\u2019elle eut \u00e9t\u00e9 sienne. De temps \u00e0 autre il osait livrer \u00e0 ses camarades le secret de ses pens\u00e9es : ceux-ci \u00e9carquillant les yeux sans comprendre. Sans comprendre ? Qui sait ? plus d\u2019une fois que, du fond de ces venelles rennaises ou les langes des gosses s\u00e9chaient sur une ficelie tendue au-dessus d\u2019un toit, d\u2019une fen\u00eatre \u00e0 l\u2019autre, venus vers Breiz Atao ses militants les plus ardents et les plus d\u00e9cid\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">En avril 1916 c\u2019est le soul\u00e8vement irlandais. La presse \u2014 il faut relire les journaux \u2014 se d\u00e9chaine contre \u00ab\u00a0ces traitres \u00e0 la solde de l\u2019Allemagne\u00a0\u00bb qui osent frapper dans le dos, etc., etc.. Mais Dehauvais n\u2019est pas de ceux qui se laissent mener, m\u00eame par le quotidien d\u2019information du matin : c\u2019est un meneur. Et, \u00e0 la nuit tombante, il s\u2019en va placarder sur les murs de la capitale endormie son cri de patriote breton : \u00ab\u00a0Vive l\u2019Irlande\u00a0\u00bb, protestation que les gens sages trouveront d\u2019une ridicule inefficacit\u00e9 \u2014 d\u2019une ridicule inefficience, pour utiliser un terme \u00e0 la mode \u2014 mais protestation qui, symboliquement, l\u2019unit\u00e9 du monde celtique et la primaut\u00e9, pour la Celtie, de ses probl\u00e8mes, et montrait, et allait montrer. une fois de plus, que le sang des martyrs n\u2019est jamais vers\u00e9 en vain.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium\" src=\"https:\/\/images.squarespace-cdn.com\/content\/v1\/5374a2bae4b065b57c0ddf98\/1429102123435-W0E53NT64E0QSX7J59HU\/Network-Ireland-Television-Easter-1916-1-NITV.jpg\" width=\"1920\" height=\"1080\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Vingt ans plus tard. lui-m\u00eame rappelait \u2014dans Breiz Atao (12 mai 1936) : \u201cC\u2019\u00e9tait pendant la guerre. Mes sentiments de Breton s\u00e9paratiste \u00e9taient \u00e0 rude \u00e9preuve. Dans mon \u00e2me d\u2019enfant, je sentais que la Bretagne \u00e9tait en train de perdre une grande occasion. J\u2019attendais de l\u2019lrlande un geste que mon pays ne savait faire. Sans r\u00e9fl\u00e9chir je sentais que l\u2019lrlande, elle, ne manquerait pas l\u2019occasion. Je guettais dans les journaux la moindre nouvelle la concernant. Un jour je lus qu\u2019un bateau allemand \u2014 c\u2019\u00e9tait l\u2019Aud \u2014 avait \u00e9te depist\u00e9 par les Anglais. C\u2019\u00e9tait trois avant jour avant P\u00e2ques. Alors je fus certain que l\u2019Irlande allait se soulever. Je le dis \u00e0 mon p\u00e8re qui n\u2019y attacha aucune importance. Mais moi, chaque jour, j\u2019attends la nouvelle du soul\u00e8vement. Ce jour vint. Le Mardi de P\u00e2ques les journaux apprirent au monde qu\u2019une r\u00e9volte avait \u00e9clat\u00e9 \u00e0 Dublin. J\u2019\u00e9tais heureux. J\u2019aurais voulu pouvoir crier ma fraternit\u00e9 pur les Irlandais et avec eux. La guerre, elle n\u2019\u00e9tait plus \u00e0 Reims ou \u00e0 Arras, mais \u00e0 Dublin.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00ab Manifester mes sentiments ! J\u2019\u00e9crivis alors sur quelques papiers blancs, avec une petite machine \u00e9crire d enfant, ces mots : VIVE L\u2019IRLANDE, que je collai ensuite sur un mur de la ville. Quelques jours apr\u00e8s, le r\u00eave \u00e9tait bris\u00e9, les insurg\u00e9s\u00a0battus, mais il y avait au moins un jeune Breton qui avait compris la le\u00e7on. Les cloches de l\u2019armistice tendirent \u00e0 la Bretagne ceux de ses fils qui n\u2019\u00e9taient pas tomb\u00e9s entre I\u2019Yser et Belfort. Ils rentraient dans un pays \u2014 au point de vue breton \u2014 totalement vide. Le premier Parti National, cr\u00e9\u00e9 en 1911, avait disparu. Les journaux, les revues d\u2019inspiration plus ou moins nationalistes s\u2019\u00e9taient tus, presque tous. Il ne restait pratiquement rien. C\u2019\u00e9tait le d\u00e9sert. Et c\u2019est au milieu de ce d\u00e9sert que le 17 septembre 1918, dans cette vieille ville ent\u00eat\u00e9e de Rennes, une poign\u00e9e de jeunes gar\u00e7ons en culotte courte rel\u00e8vent le gant et reprennent le combat en fondant le Groupe R\u00e9gionaliste Breton dont lob de Roinc\u00e9 assure la pr\u00e9sidence. Et c\u2019est janvier de l\u2019ann\u00e9e suivante que parait le premier num\u00e9ro d\u2019un p\u00e9riodique dont le titre, tout un programme, deviendra vite un cri de ralliement : Breiz Atao ! (Bretagne toujours ! C\u2019est Morvan Marchal qui fait marcher le journal. Autour de lui se freffent de jeunes talents : de Roinc\u00e9, d\u00e9j\u00e0 nomm\u00e9, Mordrel. Bricler. Desc\u2019hard, Basset, Drezen, Monot et bien d\u2019autres \u00e9tudiants comme eux : le mouvement breton de l\u2019\u00e9poque moderne est lanc\u00e9. Il e\u00fbt, certes, des d\u00e9buts modestes : le capital initial montait \u00e0 7 francs 50 (Congr\u00e8s du P.A.B.. Rennes 1929). Mais le vrai capital n\u2019\u00e9tait d\u2019argent : il \u00e9tait d\u2019id\u00e9es. d\u2019abn\u00e9gation, de patriotisme et d\u2019enthousiasme. D\u00e8s la fin de l\u2019ann\u00e9e (d\u00e9cembre 1919), une section de jeunes \u2014 de plus jeunes devrait-on dire \u2014 Unvaniez Yaouankiz Vreizh, est form\u00e9e, et l\u2019un de ses membres, qui devait devenir plus tard c\u00e9l\u00e8bre sous le nom de (Jeanne Coroller) Danio et tomber pour la Bretagne au champ d\u2019honneur, met en chantier une\u00a0<em>Histoire de Bretagne<\/em>, qu\u2019illustrera Jeanne Malivel et qui sera le br\u00e9viaire du patriotisme de toute une g\u00e9n\u00e9ration. Et de Rennes, la vieille citadelle haute-bretonne, s\u2019\u00e9l\u00e8ve en faveur de la langue nationale une protestation qui ne faiblira jamais. En douze mois c\u2019est vraiment du beau travail qui a \u00e9t\u00e9 fait et le bon Tiercelin, dans sa po\u00e9tique\u00a0<em>Hermine de Bretagne<\/em>, ne manque pas de signaler \u00e0 ses lecteurs \u2013 en termes tort sympathiques \u2013 l\u2019existence du G. R. B. : \u201cBien qu\u2019il n\u2019ait tenu de Congr\u00e8s, \u00e9crit Tiercelin, il me parait juste de signaler le Groupe R\u00e9gtonaliste Breton, parce que cette organisation fera parler d\u2019elle un jour. D\u00e8s maintenant les grandes lignes de sa propagande sont trac\u00e9es : conserver \u00e0 la Bretagne sa nationalit\u00e9 en intensifiant chez les Bretons le sentiment national ; intensifier ce sentiment par une propagande \u00e0 la fois sur la Langue, le Costume et l\u2019 Histoire ; retourner au g\u00e9nie celtique. seul compatible avec notre nationalit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Tiercelin, en terminant, mettait ces jeunes gens en garde contre les outrances. II n\u2019en avait pas besoin. Ils n\u2019\u00e9taient partis au combat amour de la bagarre ou scandaliser le bourgeois. Ils \u00e9taient r\u00e9gionalistes \u2014 politiquement du moins \u2014 et voulaient, esp\u00e9raient obtenir de la France ce qu\u2019il fallait de libert\u00e9 pour que la Bretagne ne meure pas. Donner \u00e0 la nationalit\u00e9 bretonne, disait B. A. dans son no 3, \u201cson plein d\u00e9veloppement, d\u00e9centraliser, sera le plus s\u00fbr d\u2019\u00e9viter que la Bretagne devienne pour notre ch\u00e8re patrie fran\u00e7aise une Irlande et une Vend\u00e9e.\u201d Si leur action prit une autre tournure, ce n\u2019est pas eux qu\u2019il faut incriminer, car il faut n\u00e9cessairement \u00eatre deux \u00e0 vouloir pour s\u2019entendre. Mais bient\u00f4t ces termes de \u201cBreiz Digabestr\u201d, de \u201cBretagne Libre\u201d,qui donnaient aux gentils po\u00e8tes de l\u2019\u00e9quipe de Tiercelin de bien agr\u00e9ables rimes, allaient devenir pour ces jeunes hommes devant lesquels l\u2019avenir s\u2019ouvrait des raisons de vivre \u2013 et de mourir !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">C&rsquo;est en janvier 1920 que Debauvais publie son premier article : <strong>dix-sept ans<\/strong>, il commen\u00e7ait jeune. Mais d\u00e9j\u00e0. dans ces premi\u00e8res lignes. on voit pindre l\u2019homme : \u00ab Les Bretons ddvent entreprendre la sauvegarde de leur patrimoine national une lutte ou tout int\u00e9r\u00eat particulier devra disparaitre devant Vint\u00e9r\u00e8t g\u00e9n\u00e9ral, celui de la Patrie Bretonne De telles paroles sont ais\u00e9es \u00e0 dix-sept ans. Ce qua est plus dilti- Cile est d\u2019y rester toujours fid\u00e8le. Jusqu\u2019\u00e0 sa mort. et m\u00e9me dans sa mort. Debauvais ne faillit pas. Sil les avait lues. je suis s\u00fbr qu\u2019il aurait mis en exergue \u00e0 son premter article les beaux vers de Fiac\u2019ha dans le vieux r\u00e9cit irlandais :<\/span><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"color: #000000;\"><strong>Et il appela les hommes du pays de Ros. Et il leur dit :<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"><strong>\u2014 Faites encore votre devoir.<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"><strong>\u2014 Nous ne pouvons faire plus.<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"><strong>Et il leur dit : -\u2014 Crachez dans la paume de ma main. Ce qu\u2019ils firent. Et leur salive \u00e9tait telle. que la moiti\u00e9 \u00e9tait de sang.<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"><strong>Alors il leur dit : Vous n\u2019avez pas fait votre devoir car votre salive n\u2019est pas toute enti\u00e8re de sang.<\/strong><\/span><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Ce Haut-Breton. qui apprendra vite la langue nationale \u2014 d\u00e9j\u00e0 on se r\u00e9unit \u00e0 quelques amis dans un grenier de la rue Saint-Malo apprendre les rudiments de la langue dans le vieux bouquin, si souvent r\u00e9\u00e9dit\u00e9, de Fransez Vall\u00e9e \u2014 n\u2019oublie pas qu\u2019il est fils du Pays Rennais. \u201cVous avez la langue, nous avons l\u2019histoire !\u201d dira plus tard, s\u2019adressant aux Bas-Bretons, Olier Mordrel, dans une de ces formules concises dont il avait le secret. Et si Debauvais insiste sur l\u2019unit\u00e9 profonde et vivante de la Bretagne, il demande qu\u2019on ne soit pas obnubil\u00e9 par la Basse-Bretagne, dont les calvaires et les costumes conduisent vite au folklorisme, et il pousse un cri d\u2019alarme en faveur des paysans aux vestes de toile noire qui, d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s et oubli\u00e9s, n\u2019en continuent pas moins, sur les Marches, \u00e0 se montrer toujours Bretons ! D\u00e9vouement total \u00e0 l\u2019id\u00e9al national, int\u00e9gration du g\u00e9nie politique haut-breton dans le mouvement de renaissance, voil\u00e0 les deux points principaux de la premi\u00e8re contribution de Debauvais \u00e0 l\u2019organe du nationalisme militant : quarante ans plus tard, ils sont <\/span><span style=\"color: #000000;\">toujours d\u2019actualit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">D\u00e8s ce moment, Debauvais fait figure de chef et, en 1920, ses amis l\u2019\u00e9lisent pr\u00e9sident de la section de Rennes de l\u2019U. Y. V. Ce gar\u00e7on, tout frais \u00e9moulu de l\u2019\u00e9cole primaire, a su s\u2019imposer aux \u00e9tudiants et intellectuels qui forment le gros des troupes de Breiz Atao : il a le sens de l\u2019organisation et une volont\u00e9 de fer. \u00ab Avant la guerre, \u00e9crit-il en mai 1920, les nationalistes bretons ont v\u00e9cu trop souvent dans le r\u00eave et ils se sont hypnotis\u00e9s la plus grande partie du temps sur des mots. Ce n\u2019est pas en criant \u201cBretagne debout, mort aux Francs\u201d que l\u2019on refera de notre patrie une nation celtique, mais en ayant sur la masse une action rationnelle, m\u00e9thodique, continue, pour faire du mouvement breton le mouvement de tout un peuple, un mouvement national. Sous l\u2019impulsion de Debauvais, le mouvement breton cessera d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0l\u2019apanage de vieux messieurs bien rang\u00e9s\u00a0\u00bb : directement. au champ ou au bistro, il ira, militant, au peuple.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3913\" src=\"https:\/\/partinationalbreton.com\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Capture-decran-1739.png\" alt=\"\" width=\"1061\" height=\"859\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><em>11 rue Saint-Malo, \u00e0 Rennes, o\u00f9 Fransez Debauvais installe le premier si\u00e8ge de Breiz Atao en janvier 1921<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">En janvier 1921, Debauvais devient administrateur de B. A., dont les bureaux s\u2019installent au 11 de la rue Saint-Malo, domicile de ses parents. En juillet, Morvan Marchal d\u00e9missionne, et Debauvais devient \u00e9galement r\u00e9dacteur en chef. Il inaugure sa prise de possession par un article cinglant sur Duguesclin, que le mar\u00e9chal Foch, appel\u00e9 \u00e0 Rennes par l\u2019Association Bretonne, venait justement c\u00e9l\u00e9brer : les papillons qui couvrirent les murs de la ville \u00e0 cette occasion mirent<\/span> <span style=\"color: #000000;\">quelque peu en question l\u2019unanimit\u00e9 (suppos\u00e9e) des Bretons sur la valeur du Conn\u00e9table. Breiz Atao a alors pris comme sous-titre \u201cLa Nation Bretonne\u201d. A sa t\u00eate il a un comit\u00e9 de r\u00e9daction o\u00f9 Debauvais et Mordrel jouent vite un r\u00f4le d\u00e9terminant. Si les bases historiques du nationalisme breton sont continuellement soulign\u00e9es, l\u2019\u00e9quipe dirigeante prend vite conscience de l\u2019importance du fait \u00e9conomique et gr\u00e2ce \u00e0 Debauvais, \u00e0 Bricler, \u00e0 Tassel et \u00e0 quelques autres, B. A. pourra faire un inventaire des richesses bretonnes, faire apparaitre les possibilit\u00e9s du pays, et justifier \u00e9conomiquement le nationalisme. Enfin, au point de vue culturel. B. A. s\u2019adjoignait la collaboration de Fransez Vall\u00e9e qui, lui aussi, restera toujours incorruptible. Bref, en peu de temps B. A. s\u2019est impos\u00e9 comme l\u2019organe le plus valable du mouvement breton et a r\u00e9ussi \u00e0 faire l\u2019union de toutes les bonnes volont\u00e9s : ses dirigeants peuvent donc, en 1922. afficher un r\u00e9el optimisme : \u201cNotre principal souci a \u00e9t\u00e9 de rendre B.A. plus propre \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer les Bretons instruits que vie notre propagande. Seules certaines id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues, certains pr\u00e9jug\u00e9s, bas\u00e9s sur l\u2019erreur ou l\u2019ignorance nous s\u00e9parent deux : nous avons entrepris de les abattre en pla\u00e7ant la question bretonne sur le terrain des faits. Nos id\u00e9es ont gagn\u00e9 en clart\u00e9 et en force de p\u00e9n\u00e9tration. Nous avons \u00e9galement entrepris de situer notre mouvement par rapport aux mouvements mondiaux qui l\u2019int\u00e9ressent afin d\u2019en faire mieux saisir le sens et la port\u00e9e. Par ailleurs, afin de permettre la diffusion de B. A. autrement que par la volont\u00e9 de nos lecteurs, nous avons poursuivi notre effort d\u2019organisation administrative et de propagande. La revue a \u00e9t\u00e9 mise en vente dans un grand nombre de villes bretonnes, en m\u00eame temps qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es des affiches.\u00a0 Nous avons d\u00e9velopp\u00e9 le service de propagande qui, tous les mois, envoie m\u00e9thodiquement des centaines de num\u00e9ros-sp\u00e9cimen dans les quatre coins de la Bretagne. Enfin nous avons commenc\u00e9 l\u2019organisation de centres de diffusion l\u00e0 ou l\u2019id\u00e9e nationale compte des amis d\u00e9vou\u00e9s. Les r\u00e9sultats sont sensibles. Depuis juin dernier le nombre de nos abonn\u00e9s a doubl\u00e9, notre tirage a plus que tripl\u00e9, nos d\u00e9penses et nos recettes ont augment\u00e9 de 400%.\u201d<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Au cours de l\u2019ann\u00e9e, Marchal revient \u00e0 la direction de B. A. et, son influence et celle de Mordrel, le journal se transforme, cessant en fait d\u2019\u00eatre journal devenir revue. C\u2019est le renouveau de l\u2019interceltisme : on veut s\u2019inspirer de la pens\u00e9e des Celtes, retourner aux sources de la puret\u00e9 primitive (ne pas oublier que les Sketla Segobrani paraissent en 1923) surtout renouer avec tous les nationalistes celtes. Marchal et Mordrel voyagent en Irlande, Meavenn ira bient\u00f4t y faire un s\u00e9jour prolong\u00e9, Millardet s\u2019y \u00e9tablir, on noue des relations avec l\u2019\u00c9cosse et surtout, en mars 1923, Bricler fait un m\u00e9morable voyage au Pays de Galles et jette les bases d\u2019une collaboration \u00e9troite et confiante avec les patriotes gallois qui, notons-le bien, n\u2019ont pas encore cr\u00e9\u00e9 de Parti National, et auxquels Breiz Atao va permettre de faire connaitre leur point de vue. B. A. devient donc alors une revue d\u2019\u00e9tudes interceltique, avec des articles en gallois et en anglais. C\u2019\u00e9tait une \u00e9volution en un soi int\u00e9ressante et loin d\u2019\u00eatre d\u00e9nu\u00e9e d\u2019int\u00e9r\u00eat pratique (comme on le r\u00e9alisera aux jours sombres de 44-45). mais aussi, \u00e0 un autre de vue, dangereuse : car B. A. cessait d\u2019\u00eatre une publication populaire et consacrait un assez grand nombre de ses pages \u00e0 des langues inconnues des trois quarts de ses lecteurs, alors qu\u2019il y avait un besoin urgent de propager le nationalisme dans les masses laborieuses de Bretagne. On s\u2019en rendit vite compte et la direction d\u00e9cida alors de faire deux \u00e9ditions. L\u2019une sp\u00e9cialement consacr\u00e9e aux questions celtiques. Mais les finances r\u00e9duites d\u2019un jeune journal ne pouvaient supporter longtemps pareil effort. D\u00e8s la fin de 1923 la caisse se trouve dangereusement vide et il faudra bien d\u00e9laisser l\u2019\u00e9dition interceltique. N\u00e9anmoins, un mouvement \u00e9tait lanc\u00e9 et les relations entre la Bretagne et la Celtie ne cess\u00e8rent plus d\u00e8s lors : l\u2019interceltisme s\u2019\u00e9tait affirm\u00e9 comme un \u00e9l\u00e9ment de base du nationalisme breton et son importance, nous l\u2019avons dit, est loin d\u2019\u00eatre toujours rest\u00e9e th\u00e9orique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Sur les d\u00e9buts h\u00e9ro\u00efque de Breiz Atao et la courageuse jeunesse de Debauvais, il nous faut donner la parole \u00e0 Olier Mordrel et reproduire le beau texte qu\u2019il a consacr\u00e9 \u00e0 son ami, en novembre 1938 :<\/span><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"color: #000000;\">Les d\u00e9buts de Breiz Atao furent modestes et pendant bien des ann\u00e9es notre existence resta pr\u00e9caire. De 1919 \u00e0 1921. le bureau du \u201ccanard\u201d et celui de l\u2019Union de la \u201cJeunesse Bretonne\u201d qui ne faisaient qu\u2019un \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s p\u00fb un modeste cahier reposant sur une table et par un sous-main ou se trouvaient les lettres \u00e0 ent\u00eate. A partir de 1921, nous e\u00fbmes \u00ab notre \u00bb local dont nous devions la modicit\u00e9 du loyer \u00e0 la complaisance d\u2019un vieil ami de mon p\u00e8re, feu M. Lemonnier, qui tenait pharmacie au 11 de la rue Saint-Malo. Je n\u2019oublierai ni la rue ni le num\u00e9ro. Quand Debauvais me fit les honneurs de la pi\u00e8ce, situ\u00e9e dans l\u2019arri\u00e8re-cour, imm\u00e9diatement au-dessus du logement de ses parents, et que meublaient quelques \u201cimpedimentas\u201d administratifs rudimentaires, je fus pris d\u2019une mani\u00e8re de vertige. Le r\u00eave se mat\u00e9rialisait. Fanch allait et venait, toujours simple, cordial, m\u2019exposant ses projets d\u2019am\u00e9nagements. Il mit \u00e0 acheter notre premi\u00e8re machine \u00e0 \u00e9crire la m\u00eame somme d\u2019ardeur concentr\u00e9e et d\u2019obstination que le g\u00e9n\u00e9ral Joffre \u00e0 gagner la bataille de la Marne. II n\u2019\u00e9tait pas peu fier de son acquisition. Toute ma vie je me rappellerai cette vieille Oliver grin\u00e7ante o\u00f9, lui et moi, nous fimes nos premi\u00e8res armes de dactylographes amateurs. Elle me reste aussi ch\u00e8re que le bureau mansard\u00e9 du 11 de la rue Saint-Malo, aspect\u00e9 sur un jardinet bruissant d\u2019oiseaux, o\u00f9, petit soldat en permission tant\u00f4t r\u00e9guli\u00e8re, tant\u00f4t irr\u00e9guli\u00e8re, je fignolais laborieusement mes articles, tandis que Fanch faisait les comptes ou r\u00e9pondait aux lettres.\u2026De temps en temps, nous \u00e9tions assist\u00e9s par un camarade d\u00e9vou\u00e9, un Bricler, un Th\u00e9o, un Eli\u00e8s. un Drezen et d\u2019autres qui depuis ont parfors pris d\u2019autres routes. Le plus souvent nous \u00e9tions tous les deux, nous faisions alors ce qu\u2019il y avait \u00e0 faire, en commen\u00e7ant par le m\u00e9nage. Et il y avait beaucoup \u00e0 faire. Surprendrai-je quelqu\u2019un en disant que tous \u00e9tions totalement inconnus ? Vers l\u2019\u00e9t\u00e9 1921, notre r\u00e9capitulation avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 quelque 250 abonn\u00e9s \u00e0 la revue (mensuelle) dont pr\u00e8s de 200 de n\u2019\u00e9taient pas \u00e0 jour ! Aussi nous lancions-nous dans une propagande aussi effr\u00e9n\u00e9e que le permettaient nos moyens. Dans notre juv\u00e9nile impatience, nous aurions voulu conqu\u00e9rir d\u2019un seul coup toute la Bretagne. Le soir, sous la lampe \u00e0 p\u00e9trole, nous \u00e9tablissions des listes et faisions des bandes, encore des bandes et toujours des bandes. Et quand nous mettions le paquet dans la boite aux lettres, nous \u00e9tions remplis de satisfaction en pensant qu\u2019on faisait enfin quelque chose. Debauvais encore plus souvent restait seul. C\u2019est alors qu\u2019il nous \u00e9tonnait. Qu\u2019on s\u2019imagine ce gamin de dix-sept ou dix-huit ans, rentrant le soir chez lui, apr\u00e8s une dure journ\u00e9e de labeur, il exp\u00e9diait son souper et, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 ses camarades allaient se promener, il montait, solitaire, dans le petit bureau pour y \u00e9crire des adresses pendant la moiti\u00e9 de la nuit. Cette vie \u00e9tait celle de tous les jours et elle dura des ann\u00e9es.Quand Debauvais \u00e9migra au n\u00b0 86 de la rue Saint-Malo, commen\u00e7a pour lui la p\u00e9riode la plus dure et peut-\u00eatre la plus m\u00e9ritante de son existence. Son p\u00e8re \u00e9tant d\u00e9c\u00e9d\u00e9, il fallut bien vivre. Sa m\u00e8re se mit avec lui \u00e0 vendre des dentelles sur les march\u00e9s. Parti \u00e0 la gare, souvent avant le jour, avec les colis de marchandise, il arrivait \u00e0 Vitr\u00e9, \u00e0 Montfort, \u00e0 Dinan, \u00e0 Redon, o\u00f9 toute la journ\u00e9e s\u2019\u00e9coulait \u00e0 travailler debout sans un instant de r\u00e9pit. Et puis c\u2019\u00e9tait le retour avec l\u2019encombrant mat\u00e9riel. Souvent j\u2019allais le prendre \u00e0 la gare. Nous remontions vers la rue Saint-Malo, au pas de charge et tout en marchant, je presque dire en courant, je le mettais au fait des nouvelles et des \u00e9v\u00e8nements du bureau, bien entendu. Arriv\u00e9s chez lui, sa m\u00e8re nous faisait le souper ou des galettes. Fanch, en ce temps-l\u00e0, \u00e9tait tr\u00e8s f\u00e9ru de naturisme, de r\u00e9gimes alimentaireset de th\u00e9ories d\u2019organisation domestique\u2026 Tout en mangeant, Deb, lisait ou plut\u00f4t d\u00e9vorait. On aurait dit qu\u2019il voulait se venger de sa journ\u00e9e perdue. La derni\u00e8re bouch\u00e9e exp\u00e9di\u00e9e : \u201cAu travail !\u201d.\u201cN\u2019es-tu pas fatigu\u00e9 ?\u201d lui demandais-je parfois. Alors il riait de son rire silencieux et saluait sa m\u00e8re d\u2019un bref : \u201cA tout \u00e0 l\u2019heure\u201d. Cela voulait dire minuit ou deux ou trois heures du matin. L\u00e0, Deb, faisait simplement deux journ\u00e9es de travail, une pendant le jour pour gagner sa vie, l\u2019autre pendant la nuit pour le service de la patrie bretonne. Il n\u2019y avait alors ni dactylo, ni secr\u00e9taire, ni duplicateur.Ces soirs-l\u00e0, il m\u2019offrait la moiti\u00e9 de son lit. H\u00e9las, lui, le pauvre gar\u00e7on n\u2019y restait pas longtemps. Impitoyable le r\u00e9veil-matin nous crevait le tympan, \u00e0 peine, semble-t-il, avions-nous ferm\u00e9 les yeux ; Deb, sans une parole de r\u00e9crimination, sautait \u00e0 terre et allumait la lampe ; elle \u00e9clairait par en dessous son visage bouffi de fatigue. Il \u00e9tait cinq ou six heures du matin, parfois quatre heures et demie, car les trains des march\u00e9s partaient de bonne heure, et le cycle infernal reprenait. Il arrivait que nous ne couchions pas du tout. Nous vivions alors dans un tel \u00e9tat d\u2019exaltation que nous perdions facilement l\u2019id\u00e9e du sommeil. Et quand, allant prendre l\u2019air \u00e0 l\u2019aube, nous croisions une bande d\u2019\u00e9tudiants \u00e9m\u00e9ch\u00e9s qui avaient pass\u00e9 la nuit \u00e0 boire, leurs cris nous arrachaient douloureusement \u00e0 notre songe \u00e9veill\u00e9. Nous nous demandions comment il \u00e9tait possible de vivre ainsi, lors que Breiz Atao existait !D\u00e9j\u00e0 \u00e0 cette \u00e9poque ses amis mettaient en garde Deb, qui avait une sant\u00e9 de fer, contre les fatigues qu\u2019il s\u2019imposait. Il le savait aussi, mais il riait et marchait quand m\u00eame. Il a su ce que cela lui a co\u00fbt\u00e9 depuis. Mais s\u2019il avait pens\u00e9 \u00e0 sa propre vie, s\u2019il s\u2019\u00e9tait m\u00e9nag\u00e9, B. A. aurait-il franchi le cap des ann\u00e9es 22-24 ? Je ne le crois pas\u2026 Je n\u2019ignore pas qu\u2019il n\u2019aime gu\u00e8re parler de cette \u00e9poque difficile, qu\u2019il me permette cependant de le faire pour lui, car c\u2019est la plus glorieuse. Je n\u2019ai qu\u2019\u00e0 y songer pour qu\u2019une insurmontable \u00e9motion m\u2019envahisse.\u00ab De l\u00e0 mon admiration pour cet homme qui a donn\u00e9 \u00e0 la Bretagne, en chevalier, le plus pr\u00e9cieux des biens : sa sant\u00e9. Nous n\u2019avions pas un budget d\u2019un millier de francs par mois et d\u00e9j\u00e0 on nous accusait d\u2019\u00eatre \u00e0 la solde de l\u2019Allemagne. La revue se d\u00e9veloppait r\u00e9guli\u00e8rement, notre effort portait ses fruits, mais nous manquions surtout d\u2019argent. Ce n\u2019\u00e9tait pas de l\u2019administration que faisait Deb, mais de la corde raide. Il \u00e9tait extraordinaire de ressources et de sang-froid. Des hommes de quarante ans n\u2019auraient pas tenu mieux que lui. On n\u2019en sut jamais rien. mais que de fois, devant un tiroir vide, des factures empil\u00e9es sur la table, fatigu\u00e9s, abandonn\u00e9s de\u00a0tous, nous nous regardions tristement les yeux dans les yeux. Au fond de nous, montait la question : \u201cOn continue ?\u201d. Mais nous la refoulions dans notre gorge \u2013 \u201cNaturellement\u201d -r\u00e9pondaient le regard durci et les l\u00e8vres serr\u00e9es de Deb. Et nous arrivions quand m\u00eame \u00e0 \u201cpasser\u201d.\u00a0Je crois que c\u2019est cela qui fait le Chef. Quand tout s\u2019\u00e9croule, quand tout le monde se d\u00e9file et que la partie semble perdue, celui qui occupe le terrain le dernier et qui dit : moi je reste et je continue, celui-l\u00e0 est le chef. Deb l\u2019a \u00e9t\u00e9\u2026<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Deb l\u2019a \u00e9t\u00e9, chaque fois que l\u2019existence de B. A. fut en jeu. En mars 1924. Debauvais part \u00e0 la caserne : deux longues ann\u00e9es \u00e0 distraire du service de la Bretagne. Mais deux ann\u00e9es, aussi, dont Debauvais, infatigable, saura tirer profit : il \u00e9tudiera l\u2019\u00e9conomie politique, l\u2019histoire de Bretagne, l\u2019histoire de Rennes (dont il deviendra un tr\u00e8s bon sp\u00e9cialiste et sur laquelle il projettera, vers la fin de sa vie, d\u2019\u00e9crire un volume), il maitrisera enfin la langue bretonne. N \u2018est-ce pas un signe des temps que cet enfant du Haut-Pays put arriver \u00e0 \u00e9crire un breton parfaitement naturel et, plus tard, \u00e0 en faire la langue quotidienne de son foyer ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Le premier article en breton de F. Debauvais parut dans le n\u00b0 84-85 de Breiz Atao (Janvier 1926). C\u2019est un \u00e9loge du journal populaire War-Zao, lanc\u00e9 par le courageux Loeiz Derrien, de Guingamp.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">1926 : Debauvais est d\u00e9mobilis\u00e9, il lui faut trouver un emploi. Il quitte sa bonne vieille ville de Rennes et va travailler comme comptable \u00e0 Guingamp. En d\u00e9cembre, l\u2019administration du journal s\u2019y transporte \u00e9galement, et malgr\u00e9 une sant\u00e9 d\u00e9ficiente, Debauvais se consacre plus que jamais \u00e0 la propagande, \u00e9dite une brochure r\u00e9dig\u00e9e durant son s\u00e9jour \u00e0 la caserne (L\u2019int\u00e9r\u00eat breton et l\u2019Avenir de la Bretagne), fait une nouvelle \u00e9dition de la plaquette\u00a0<strong>\u201cLe Nationalisme breton : aper\u00e7u doctrinal\u201d<\/strong>\u00a0et surtout s\u2019att\u00e8le \u00e0 la r\u00e9alisation du programme \u00e9tabli \u00e0 son retour de caserne : transformation de la revue mensuelle Breiz Atao en journal bi-mensuel, transformation du groupe Unvaniezh Yaouankiz Vreizh en Parti Autonomiste Breton (le nom de Parti Nationaliste avait tout d\u2019abord \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9) et pr\u00e9paration du premier congr\u00e8s nationaliste.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">C\u2019est \u00e0 Rosporden, les 10, 11 et 12 septembre 1927 que se tint ce premier Congr\u00e8s qui restera c\u00e9l\u00e8bre, \u00e0 juste titre, dans les annales du Mouvement. \u201cLe Congr\u00e8s de Rosporden s\u2019av\u00e8re comme un succ\u00e8s\u201d pouvait \u00e9crire Marchal dans B. A. du 1er octobre. \u201cNon comme un succ\u00e8s relatif comme nous pouvions sans t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 l\u2019escompter, mais un succ\u00e8s tout court\u2026 Nos amis de tous \u00e2ges, de toutes situations sociales, venus de tout le pays breton, certains au prix de sacrifices tr\u00e8s lourds. Nous avons \u00e9t\u00e9 \u00e0 Rosporden nombreux. unis et forts. Aux s\u00e9ances de travail, aux meetings, \u00e0 l\u2019\u00e9mouvant cort\u00e8ge du dimanche, derri\u00e8re le grave drapeau ray\u00e9 de noir et blanc. Ils \u00e9taient l\u00e0, les gars de Breiz Atao. Hauts et Bas-Bretons, m\u00eal\u00e9s, vibrants d\u2019enthousiasme, le c\u0153ur tendu par le m\u00eame espoir. Ils \u00e9taient beaucoup : c\u2019\u00e9tait toute une g\u00e9n\u00e9ration nouvelle, comme la Bretagne n\u2019en a pas connu depuis des si\u00e8cles, les hommes nouveaux d\u2019un peuple en r\u00e9veil.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">A la s\u00e9ance du samedi matin, Morvan Marchal devait rappeler les d\u00e9buts h\u00e9ro\u00efques de Breiz Atao : un capital de 7 francs 50, une petite feuille de choux de quatre pages, cinquante abonn\u00e9s, dix militants, un r\u00e9dacteur en chef de dix-neuf ans qui, un an plus tard, s\u2019adjoignit un administrateur de quinze ans. Et Mordrel ajoutait :<strong>\u00a0\u201cQuand les premiers adh\u00e9rents de B. A. se donn\u00e8rent rendez-vous au Folgo\u00ebt en septembre 1919, ils furent huit au rendez-vous, et encore ne parvinrent-ils pas \u00e0 se retrouver dans la foule. A Kemper, en 1924, ils \u00e9taient trente-cinq\u201d<\/strong>. Au Congr\u00e8s de Rosporden, c\u2019\u00e9tait plus d\u2019une centaine de militants qui venaient affirmer la tradition irr\u00e9ductible de la Bretagne nationale, et des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s flamands, alsaciens-lorrains corses, gallois, irlandais qui leur apportaient le t\u00e9moignage de leur active sympathie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-4064 aligncenter\" src=\"https:\/\/partinationalbreton.com\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Capture-decran-1767.png\" alt=\"\" width=\"608\" height=\"595\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><em><strong>Le cort\u00e8ge des congressistes nationalistes, rue nationale, Rosporden, 12 septembre 1927.<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-4065\" src=\"https:\/\/partinationalbreton.com\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Capture-decran-1766.png\" alt=\"\" width=\"1125\" height=\"865\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong><em>Rue nationale, Rosporden, avril 2022. L\u2019histoire n\u2019a pas encore dit de quelle nation la rue porte le nom.<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">C\u2019est encore le m\u00eame orateur, O. Mordrel, qui rendait hommage \u201cau tout jeune homme pench\u00e9 sous une lampe fumeuse, qui \u00e9crit des bandes de journaux, r\u00e9pond \u00e0 des lettres, fait des comptes. Il est deux heures du matin. Il ira se coucher tout \u00e0 l\u2019heure pour se relever \u00e0 cinq heures. Toute la journ\u00e9e il travaillera dehors pour gagner sa vie\u2026 Et cela dure des ann\u00e9es.\u201d<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Ce tout jeune homme \u2014 dont l\u2019histoire. dit B. A., fit c\u2019est monter les larmes aux yeux de plus d\u2019un, c\u2019est Fanch Debauvais qui va maintenant adresser la parole aux congressistes en tant qu\u2019administrateur du journal. Il donne en pourcentage la progression du budget (1920 : 15.19 % ; 1921 : 12.76% : 1922: 37.55 % ; 1923:17% : 1924 : 23,94% ; 1925 : 25,94 % ; 1926 : 14,04%), il annonce l\u2019\u00e9mission d\u2019un emprunt (150 actions de francs) pour assurer au Mouvement la base financi\u00e8re indispensable, et appelle tous militants \u00e0 redoubler d\u2019efforts diffuser le journal bi-rnensuel que le parti va imprimer. Le soir, les personnes assistent \u00e0 un meeting enthousiaste pr\u00e9sid\u00e9 par Maitre Feillet, Yann Bricler et Yann Sohier, au cours duquel des saboteurs seront mis en fuite par un service d\u2019ordre h\u00e2tivement constitu\u00e9 sous la direction du champion de lutte bretonne, Deyrolle, et \u00e0 l\u2019issue duquel une motion de confiance aux nationalistes sera vot\u00e9e, en pr\u00e9sence d\u2019observateurs envoy\u00e9s par le Parti D\u00e9mocrate, l\u2019Action Fran\u00e7aise, la S.F.I.O. et les syndicats.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium\" src=\"https:\/\/books.openedition.org\/cdf\/docannexe\/image\/8958\/img-1.jpg\" width=\"1500\" height=\"1099\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><em><strong>D\u00e9p\u00f4t de gerbe au pied du monument aux morts de Rosporden<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Le lendemain, une gerbe sera d\u00e9pos\u00e9e au monument aux morts en hommage aux Bretons victimes de la guerre et un banquet aura lieu sous la pr\u00e9sidence de Fransez Vall\u00e9e, avec la participation de tous les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des pays amis. Le Pr\u00e9sident De Valera s\u2019\u00e9tait excus\u00e9, mais de nombreuses personnalit\u00e9s irlandaises, galloises, flamandes, alsaciennes et corses \u00e9taient pr\u00e9sentes, et c\u2019est au chant du Vlaamse Leeuw, du Soldier\u2019s Song, de O. Strassburg et du Bro-Goz que le congr\u00e8s se terminera.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><iframe title=\"&quot;De Vlaamse Leeuw&quot; - Regional Anthem of Flanders [Belgium]\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/dR39TqvMP6w?feature=oembed\" width=\"1170\" height=\"658\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><iframe title=\"The Soldiers Song (Amhr\u00e1n Na Bhfiann)\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/ecn1tGj2EdQ?feature=oembed\" width=\"1170\" height=\"878\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Le Congr\u00e8s de Rosporden prouva indubitablement le s\u00e9rieux et l\u2019importance du mouvement national en Bretagne. Trois faits marquants semblent s\u2019en d\u00e9gager. C\u2019est, tout d\u2019abord, l\u2019affirmation d\u2019une communaut\u00e9 et d\u2019une fraternit\u00e9 celtiques, par la pr\u00e9sence de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s repr\u00e9sentatifs des pays celtes et leurs remarquables interventions. Le Congr\u00e8s Celtique existant depuis longtemps, il fut sans doute jug\u00e9 inutile de cr\u00e9er une organisation celtique \u00e0 caract\u00e8re politique (dont pourtant le besoin se faisait et se fait toujours sentir), mais une fois de plus \u00e9tait affirm\u00e9e runit\u00e9 du monde celte. Le deuxi\u00e8me fait marquant fut la cr\u00e9ation du Comit\u00e9 Central des Minorit\u00e9s Nationales de France. C\u2019\u00e9tait ou les autonomistes alsaciens-lorrains \u00e9taient soumis aux attaques du gouvernement centraliste de Paris, et B. A. s\u2019\u00e9tait lanc\u00e9 \u00e0 leur secours, tout comme \u00e0 celui des patriotes catalans du proc\u00e8s Macia, en janvier. En date du 12 septembre, la solidarit\u00e9 des Bretons, Flamands, Alsaciens, Basques, Catalans, Corses et Occitans \u00e9tait proclam\u00e9e par la cr\u00e9ation du Comit\u00e9 Central des minorit\u00e9s et par la d\u00e9claration sign\u00e9es de Mordrel et Marchal au nom du P. A. B., Paul Schall au nom du Hettmatbund alsacien et du Elsass-Lothringisch Autonomisten Partei, et Petru Rocca au nom du Partita Corsu Autonomtista. La pr\u00e9sence de Frans Wielders \u00e9tait une garantie de la future adh\u00e9sion des Flamands de France. Plus tard, le Comit\u00e9 \u00e9ditera un bulletin, transform\u00e9 ensuite en \u201cPeuple et Fronti\u00e8res\u201d, qui fut l\u2019une des premi\u00e8res revues interdites par le gouvernement Daladier en 1939. Enfin, c\u2022est \u00e0 Rosporden que fut d\u00e9finitivement annonc\u00e9e la cr\u00e9ation du Parti Autonomiste Breton, qui rempla\u00e7a et \u00e9largit l\u2019U. Y. V. pr\u00e9sid\u00e9e par Mordrel, et dont les Vice-pr\u00e9sident et secr\u00e9taire \u00e9taient Debauvais et Bricler. L\u2019U. Y. V. ne subsiste plus que comme mouvement de jeunes et. en fait, disparut assez rapidement. Le P. A. B. se donnait une large base populaire et une intelligente organisation : \u00e0 la t\u00eate du Parti, un Comit\u00e9 Directeur assist\u00e9 d\u2019un Conseil Politique ; \u00e0 la t\u00eate du journal, un Comit\u00e9 de r\u00e9daction ; dans chaque section, un Cercle d\u2019Etudes Celtiques dirig\u00e9 par Gwalarn, un groupe f\u00e9minin et un groupe de d\u00e9fense entrain\u00e9 militairement et sportivement. Quant aux buts du Parti ils \u00e9taient ainsi d\u00e9finis : le P. A. B. r\u00e9clame la Bretagne un gouvernement particulier dou\u00e9 de toute la souverainet\u00e9 compatible avec le maintien de la Bretagne dans les fronti\u00e8res de l\u2019Etat fran\u00e7ais ou, dans l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019une F\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne, avec la discipline f\u00e9d\u00e9raliste.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-4066 aligncenter\" src=\"https:\/\/partinationalbreton.com\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Capture-decran-1768.png\" alt=\"\" width=\"784\" height=\"587\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><em><strong>C\u00e9lestin Lain\u00e9 en compagnie de congressistes, \u00e0 l\u2019ombre de la banni\u00e8re nationale, Rosporden<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Le Congr\u00e8s de Rosporden avait consacr\u00e9 le Mouvement, tant sur le plan breton que sur le plan international. L\u2019humble enfant du Pays de Rennes, F. Debauvais, pouvait se dire avec fiert\u00e9 qu\u2019il en avait \u00e9t\u00e9 le principal artisan, et que ni les privations, ni les sacrifices, ni les in\u00e9vitables d\u00e9ceptions des ann\u00e9es de jeunesse n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 vains.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Dans son premier num\u00e9ro de l\u2019ann\u00e9e 1935, Breiz Atao fait le point :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00ab Le soleil p\u00e2le de l\u2019an nouveau se l\u00e8ve sur notre vieille terre bretonne. Encore une ann\u00e9e de lutte qui s\u2019ach\u00e8ve pour allonger derri\u00e8re nous tes annales de notre effort ! Les jeunes gens de 1919 sont devenus des hommes. Mais d\u2019autres jeunes gens sont venus depuis, plus nombreux, plus instruits des choses de leur pays, et surtout mieux arm\u00e9s le d\u00e9tendre et le conduire. Ceux qui parlent da rel\u00e8vement breton comme d\u2019une tentative st\u00e9rile et comme d\u2019un \u00ab mouvement immobile \u00bb ferment volontairement les yeux sur les r\u00e9sultats prodigieux de nos seize ann\u00e9es de travail. Rarement, on peut m\u00eame dire jamais, aucun mouvement de r\u00e9veil national n\u2019a, comme le n\u00f4tre, en si peu de temps, r\u00e9ussi \u00e0 modifier aussi profond\u00e9ment que nous l\u2019avons fait l\u2019\u00e2me peuple. Aucun n\u2019a, en seize ans, b\u00e2ti une doctrine politique d\u2019affranchissement et jet\u00e9 les bases d\u2019une culture nationale, fix\u00e9 une langue et donn\u00e9 naissance \u00e0 une litt\u00e9rature renouvel\u00e9e. Aucun, en quelques ann\u00e9es, n\u2019est pass\u00e9 des r\u00eaves impr\u00e9cis des po\u00e8tes aux dramatiques r\u00e9alisations des soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes. Ces consid\u00e9rations doivent nous remplir de fiert\u00e9 et de confiance. Ceux qui se plaignent de la pr\u00e9tendue maigreur des r\u00e9sultats obtenus ne se font aucune id\u00e9e des choses. Voudraient-ils voir en 1935 des bataillons autonomistes d\u00e9filer dans les rues, alors qu\u2019en 1915 il n\u2019existait peut-\u00eatre pas dix Bretons assez conscients de leur personnalit\u00e9 nationale pour mettre en doute la l\u00e9gimit\u00e9 des services militaires qu\u2019ils rendaient \u00e0 ta France ? En r\u00e9alit\u00e9. le mouvement breton progresse aussi vite qu\u2019il peut le faire sans danger. D\u00e9j\u00e0 la distance qui s\u00e9pare la jeune g\u00e9n\u00e9ration de celle qui, il y a trente ans, a men\u00e9 de son mieux le bon combat, se met \u00e0 ressembler \u00e0 un foss\u00e9.\u00a0La Bretagne, qui a besoin de tous ses fils, n\u2019a aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que ce foss\u00e9 s\u2019\u00e9largisse. Pour que les anciens maintiennent le contact, pour que le peuple suive, il ne faut pas pr\u00e9tendre, en Bretagne, faire en vingt ans ce que les Flamands ont tait en cent ans et les Tch\u00e8ques en deux cents ans. Le mouvement breton marche, et marche bien, un certain travail de classement des id\u00e9es, des programmes et des personnalit\u00e9s s\u2019est accompli depuis 1932. Nous arrivons \u00e0 une sorte de stabilisation des groupes : nationalistes purs, f\u00e9d\u00e9ralistes, r\u00e9gionalistes, catholiques, laics, d\u00e9fenseurs de la langue en dehors de toute politique, releveurs des arts bretons, tous s\u2019efforcent sur leur terrain particulier et avec leurs m\u00e9thodes propres \u00e0 atteindre les buts qu\u2019ils se sont fix\u00e9s. Nous avons ici assez conscience des int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de la Bretagne. Nous nous sentons assez s\u00fbrs, assez torts pour envisager cet \u00e9tat de choses avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, et m\u00eame nous en\u00a0rejouir.\u00a0Le rel\u00e8vement de la Bretagne sera sans doute stimul\u00e9, conduit, pris en main par une minorit\u00e9 d\u2019\u00e9lites, capable et fanatis\u00e9e. Mais il sera l\u2019\u0153uvre de tous les Bretons, de tous les bons Bretons, directement ou indirectement. Chacun de ceux qui sent dans sa poitrine un c\u0153ur breton, sans plus, fera sa pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice. Car, malgr\u00e9 nos divergences, nous sommes tous solidaires. Tous nous aimons ta Bretagne passionn\u00e9ment ; tous nous sommes pr\u00eats \u00e0 lui sacrifier quelque chose. Et si. par malheur, l\u2019aveuglement des passions partisanes nous taisait oublier que nous sommes les soldats d\u2019une m\u00eame cause, l\u2019adversaire se chargerait bient\u00f4t de nous le rappeler. A ses yeux, il n\u2019est ni r\u00e9gionalistes, ni f\u00e9d\u00e9ralistes, ni s\u00e9paratistes, ni blancs, ni bleus, ni rouges, ni jeunes, ni vieux, il n\u2019est que des sales caboches de Bretons qui ne veulent pas\u00a0s\u2019incliner\u2026 II n\u2019est, comme le dit la voix populaire, que des \u201cBreiz Atao !\u201d.\u201d<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">La politique fondamentale du P. N. B. va rester la \u00ab politique irlandaise L\u2019exemple du \u00ab premier peuple celte \u00e0 avoir recouvr\u00e9 sa libert\u00e9 ne pouvait manquer d\u2019inspirer les patriotes des nations-s\u0153urs et B. A. c\u00e9l\u00e8bre l\u2019anniversaire de l\u2019insurrection de 1916 avec autant de pi\u00e9t\u00e9 et de flamme que les v\u00e9t\u00e9rans qui d\u00e9filent. \u00e0 Dublin, devant le General Post Office pour les c\u00e9r\u00e9monies du Lundi de P\u00e2ques. Le num\u00e9ro sp\u00e9cial de B. A. du 12 mai 1935 (no 223). imprim\u00e9 sur six pages et totalement consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019exemple irlandais, contient, sous le titre Commandements de P\u00e2ques, un texte sign\u00e9 J. La B.. qui indique la voie que suivra, sans d\u00e9semparer, le mouvement des ann\u00e9es d\u2019avant-guerre. Il doit \u00eatre largement cit\u00e9 :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00ab Il faut, d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent, songer o\u00f9 peut nous mener Breiz Atao. Aucun peuple n\u2019est parvenu \u00e0 se d\u00e9barrasser de la domination \u00e9trang\u00e8re sans souffrances et sans morts. La valeur de la foi patriotique d un homme se mesure \u00e0 sa volont\u00e9 de sacrifice. Le mouvement breton a longtemps pi\u00e9tin\u00e9 parce qu\u2019il jamais eu recours aux actes de courage lib\u00e9rateurs. La semaine de P\u00e2ques 1916 a tait en Irlande la rupture morale n\u00e9cessaire. Le mouvement breton a trop longtemps recul\u00e9 devant les ruptures morales n\u00e9cessaires. Que vaut donc notre cause ? O\u00f9 sont nos proc\u00e8s, nos prisons, nos blessures ? De toutes les le\u00e7ons dont nous avons besoin en Bretagne, les le\u00e7ons de courage nous font le plus d\u00e9faut. Le premier bonheur, pour un peuple, c\u2019est la libert\u00e9 nationale, elle vaut d\u2019\u00eatre pay\u00e9e. La peur ne m\u00e8ne a aucune victoire. L\u2019id\u00e9e de mourir pour la Bretagne doit nous \u00eatre aussi famili\u00e8re qu\u2019\u00e0 d\u2019autres celle de mourir pour la France, l\u2019Italie ou l\u2019Irlande, un certain \u00e9tat d\u2019esprit doit naitre chez nous, tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, tr\u00e8s pur, tr\u00e8s ardent, tr\u00e8s mystique. Nous nous l\u00e8verons pour d\u00e9tendre nos m\u00e9tiers et nos champs. Mais nous risquerons le principal dans une autre pens\u00e9e. On offre sa vie par amour ou par orgueil. jamais par int\u00e9r\u00eat. Il nous est \u00e9gal de passer pour des tous, des criminels aupr\u00e9s de rieux hommes l\u00e2ches qui sous le couvert de l\u2019Etat organisent er inutiles massacres de jeunes gens. Notre devoir est de pr\u00e9parer le peuple breton aux \u00e9v\u00e9nements in\u00e9vitables. Il n\u2019y a ni une ann\u00e9e, ni une heure \u00e0 perdre, si nous ne voulons pas qu\u2019un jour se renouvelle la honte de 1914. Les Irlandais, de 1916 \u00e0 1922, ont pay\u00e9 leur ind\u00e9pendance d\u2019un millier de morts. Les Bretons ont pay\u00e9 avec deux cent quarante mille cadavres le renouvellement de leur bail de servitude. Qui sont les fous ? Qui sont les sages ? Et le peuple breton nous suivra parce que nous savons ce que nous voulons. On a dit asse: aux Bretons que leur pays se mettrait et que c\u2019\u00e9tait dommage. Ils le savent tr\u00e8s bien, jusque dans la derni\u00e8re chaumi\u00e8re. C\u2019est un plan d\u2019action qui les int\u00e9resse, un but id\u00e9al n\u2019est jamais qu\u2019un beau r\u00eave. Le s\u00e9rieux du mouvement breton r\u00e9side uniquement dans les possibilit\u00e9s de r\u00e9alisation qu\u2019il offre. Nous. nous avons tout pes\u00e9, tout examin\u00e9, nous offrons une voie, le peuple le sent bien. Les notions de droit et de justice ne sont que des clauses de style quand elles ne sont pas appuy\u00e9es sur la force. Le peuple rit des \u00ab mod\u00e9r\u00e9s \u00bb qui comptent sur la moralit\u00e9 des \u00e9tats pour obtenir justice. Notre seul argument valable est la force. Si nous ne pouvons disposer de la force, nous comptons pour rien. Si, disposant de la force, nous assurons notre adversaire que. quoiqu\u2019il arrive, nous ne tirerons jamais un coup de fusil, c\u2019est comme si nous lui disions ; ne c\u00e9dez rien. vous ne courez aucun danger. Seule une pr\u00e9paration visible et r\u00e9elle \u00e0 l\u2019action de force peut donner un poids \u00e0 la menace que nous repr\u00e9sentons. Seules, en tin de compte, les grenades et les balles ont fourni aux Irlandais l\u2019\u00e9tat, c\u2019est-\u00e0-dire le moyen de sauver leur langue et d\u2019organiser leur vie nationale. Il ne s\u2019agit pas de nous soulever demain, ou apr\u00e8s-demain, mais de savoir clairement o\u00f9 nous allons. De ne pas nous tromper nous-m\u00eames. Il s\u2019agit d\u2019\u00e9tre pr\u00eats et d\u2019inspirer confiance au peuple, parce qu\u2019il nous sentira pr\u00eats. Et nous triompherons. Nous triompherons parce que nous serons toujours les plus forts en Bretagne, tant qu\u2019il n\u2019y aura pas au moins 3,300,000 Fran\u00e7ais install\u00e9s sur notre sol \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des 3,300,000 Bretons. Nous triompherons. parce que nous avons retrouv\u00e9 le sens de la mission h\u00e9ro\u00efque de notre race. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">On ne peut \u00eatre plus clair.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">En Octobre. P. G. annonce dans B. A. qu\u2019une section de Bagado\u00f9-Stourm sera cr\u00e9\u00e9e pendant l\u2019hiver \u00e0 Rennes, et le 29 d\u00e9cembre le journal fait connaitre que la section vient de faire sa premi\u00e8re sortie d\u2019entra\u00eenement dans la campagne rennaise.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Il est \u00e9vident que l\u2019action nationaliste ne pouvait manquer de mettre bien des personnes, officielles ou non, en \u00e9moi, une campagne de presse va bient\u00f4t \u00eatre d\u00e9clench\u00e9e contre B. A.. dont les deux principaux protagonistes seront les journaux rennais La Province et Les Nouvelles Rennaises. La Province, journal de droite dirig\u00e9 par Delahaye, affiche des sympathies royalistes, tandis que Les Nouvelles Rennaises,<\/span> <span style=\"color: #000000;\">dirig\u00e9es par Etienne Nicol, sont la\u00efques et r\u00e9publicaines, mais toutes deux se retrouvent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te pour lutter contre les autonomistes. Il faut d\u2019ailleurs dire que M. Delahaye ne se d\u00e9cida \u00e0 passer \u00e0 l\u2019attaque que lorsque tous ses efforts pour embarquer les nationalistes dans la gal\u00e8re provincialiste de la Restauration eurent \u00e9chou\u00e9 : B. A. parlera m\u00eame de ses premi\u00e8res attaques comme de la \u00ab fin d\u2019une encombrante sympathie (17 f\u00e9vrier 1935)\u201d. L\u2019occasion. sinon la raison. de la campagne fut l\u2019affaire du Monument. On sait que le 7 ao\u00fbt 1932. Gwenn-ha-Du avait fait sauter le monument qui, dans la niche de l\u2019H\u00f4tel de Ville, pr\u00e9tendait c\u00e9l\u00e9brer l\u2019 Union de la Bretagne \u00e0 la France attentat dont Breiz Atao faisait c\u00e9l\u00e9brer, et continuera \u00e0 faire c\u00e9l\u00e9brer, l\u2019anniversaire par des feux de joie sur les sommets de Bretagne. Au d\u00e9but de 1935, \u00e0\u00a0l\u2019instigation, dit B. A., des services officiels, certains membres de la municipalit\u00e9 rennaise se mirent en t\u00eate de refaire un monument et firent attribuer une subvention de francs, pour \u00e9tudes. \u00e0 l\u2019auteur du bronze d\u00e9truit. Jean Boucher : Breiz Atao dit clairement ce qui allait se passer : \u00ab Peut-\u00eatre (le monument) pourra-t-il \u00e9tre inaugur\u00e9. Peut-\u00e9tre pourra-t-il demeurer quelque temps. mais nous savons que tout monument de l\u2019union, f\u00fbt-il gard\u00e9 de jour et de nuit par une garde arm\u00e9e, sera d\u00e9truit. Il est encore temps pour le Gouvernement fran\u00e7ais et pour la Municipalit\u00e9 de Rennes de ne pas transformer la place de l\u2019H\u00f4tel de Ville en camp retranch\u00e9. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Ce fut alors que La Province et Les Nouvelles Rennaises lanc\u00e8rent une campagne qui ne devait cesser qu\u2019avec l\u2019interdiction de B. A.. et encore ! \u2014 campagne d\u2019une violence inou\u00efe qui ne reculait devant rien : La Province n\u2019\u00e9crivait-elle pas que Breiz Atao aurait la pens\u00e9e folle de rattacher la Bretagne l\u2019Allemagne, comme la Sarre \u00bb (f\u00e9vrier 35). Car le trait distinctif de cette campagne fut bien qu\u2019elle se refusa toujours \u00e0 discuter honn\u00eatement et s\u00e9rieusement de la position nationaliste, mais n\u2019eut d\u2019autre but, ni d\u2019autres moyens, que de repr\u00e9senter les nationalistes comme d\u2019inf\u00e2mes traitres vendus \u00e0 une puissance \u00e9trang\u00e8re. La sollicitude des services pr\u00e9fectoraux de M. Bod\u00e9nan fait que la campagne s\u2019\u00e9tend et s\u2019amplifie : Le Nouvelliste, le journal catholique imprim\u00e9 \u00e0<\/span> <span style=\"color: #000000;\">Rennes, y va de son petit couplet sur les agents de l\u2019Allemagne (mars), puis les t\u00e9nors de la \u201cgrande presse\u201d s\u2019en m\u00ealent : Marianne, Le Miroir du Monde, Le Temps avec Wladimir d\u2019Ormesson ; M. Bouilloux-Lafont, dans son journal Le Finist\u00e8re, ne souffre d\u2019ailleurs pas d\u2019\u00eatre en reste, pas plus que La D\u00e9p\u00eache de Brest avec M. Dupouy. Les attaques sont d\u2019une telle violence que Debauvais, r\u00e9pondant \u00e0 un article de E. Nicol, peut d\u00e9clarer (29 mars 35) qu\u2019il ne s\u2019agit rien moins que d\u2019un \u201cappel \u00e0 l\u2019assassinat\u201d. Puis les services de police interviennent : en Octobre la vente de B. A. est interdite \u00e0 Paris sur la voie publique et le journal, not\u00e9 parmi les publications\u2026pornographiques, est \u00e9galement interdit dans les biblioth\u00e8ques des gares : les vendeurs de B. A. \u00e0 la cri\u00e9e se voient menac\u00e9s de s\u00e9vices. Dans le 6e arrondissement. il y a m\u00eame une interdiction de vente et d\u2019exposition dans tous les d\u00e9p\u00f4ts de journaux. La gendarmerie, en Bretagne, intervient pour emp\u00eacher des r\u00e9unions publiques et en d\u00e9cembre. au projet de loi contre les Ligues, on adjoint une phrase r\u00e9primant les \u00ab atteintes \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du territoire national phrase qui n\u2019est \u00e9videmment pas faite pour les ligues, quelles qu\u2019elles soient ! En f\u00e9vrier 36, la vente, distribution, etc\u2026. de B. A. sont interdites au Maroc par le Commandant des troupes fran\u00e7aises, le g\u00e9n\u00e9ral d\u2019arm\u00e9e Corap, auquel il fut \u00e9videmment plus facile de chasser un journal autonomiste des kiosques marocains que d\u2019arr\u00eater les Allemands \u00e0 Sedan en 1940 : c\u2019est en effet ce m\u00eame g\u00e9n\u00e9ral Corap qui fut relev\u00e9 de son commandement en pleine bataille (15 mai 1940) et publiquement fl\u00e9tri par M. Paul Reynaud au S\u00e9nat (21 mai).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Rien ne peut blesser autant les leaders nationalistes que ces accusations de trahison qu\u2019on leur jette au visage, eux dont toute la vie, dont toute la lutte au milieu d\u2019une atroce pauvret\u00e9, sont inspir\u00e9es par une loyaut\u00e9 sans d\u00e9faillance, par le patriotisme le plus pur. Que des journalistes \u00ab alimentaires \u00bb les salissent ainsi, peut, au fond, leur chaut : ce qui leur fait mal c\u2019est que des Bretons, de ces Bretons auxquels ils sacrifient leur vie, puissent, de bonne foi, penser d\u2019eux qu\u2019ils sont des traitres, et non pas les plus fid\u00e8les des hommes. Brython, inspir\u00e9 par le calvaire de Roger Casement, aura. pour les\u00a0drames qui viennent, un tr\u00e8s beau po\u00e8me ( 12 mai 1935) :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/7\/75\/Casement_Roger.jpg\" width=\"410\" height=\"545\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><em><strong>Roger Casement<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">LE FELON<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">D\u00e9di\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire de Roger Casement, h\u00e9ros de l\u2019ind\u00e9pendance irlandaise, pendu comme traitre par les Anglais.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">La mer en s\u2019en allant<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">M\u2019a laiss\u00e9 sur le sable.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Par devant moi, nuit,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Le vent,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Et les trous noirs des fusils.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Je suis le grand f\u00e9lon port\u00e9 par les flots gris.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Je n\u2019aurai ni mon heure, ni mon jour.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">J\u2019ai choisi de tomber comme un chien qu\u2019on abat.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Mon corps dans les orties, les ronces, et soUs les mouches.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Apr\u00e8s, un tas de sable jaune, avec une croix de bois sans nom.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Il n\u2019y aura pas de fleurs, jamais.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Et ma m\u00e8re ne viendra pas.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Mes pieds RUS sur le sable froid<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Comme le ciment qui m\u2019attend, derri\u00e8re la grille,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">O\u00f9 de mes plaies tombera goutte goutte<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Mon sang,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Quand je lirai ma joie<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Dans Vaube rouge de mes yeux clos.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Seul, face au fer, j\u2019ai lanc\u00e9 mon cri d\u2019homme traqu\u00e9.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">B\u00e9te accul\u00e9e.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">J\u2019ai des fr\u00e8res : ils ont chant\u00e9 pour ne pas m\u2019entendre<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Et mis leur t\u00eate entre leurs mains.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Cherchez dans les taillis avec vos lanternes,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Battez les branches de vos fusils,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Tirez !<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">D\u2019autres viendront, port\u00e9s par les flots gris,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Et mettront leurs pieds nus sur le sable,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Pour tomber eux aussi.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Tout est fini.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Mon corps est all\u00e9 \u00e0 la terre.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">On se donnera bien du mal pour en retrouver les d\u00e9bris,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Dans des tamis,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Plus tard, quand on viendra le chercher avec des drapeaux<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Et des fanfares.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">La gloire !<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>EMSAV &#8211; De tous les serviteurs de la Bretagne \u2014 de tous ceux qui consacr\u00e8rent \u00e0 la Bretagne chaque minute de leur vie et surent encore. tout simplement mourir pour elle \u2014 Fransez DEBAUVAIS restera parmi les meilleurs, et sur la tapisserie parfois terne de notre histoire. 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