30 chefs bretons qui ont fait la Bretagne : Boudicca, figure emblématique de la résistance celtique (Chapitre 4)

Chapitre 3 : Prasutagos, le roi sage 

Boudicca, dont le nom signifie « victorieuse » en langue brittonique, naquit vers 30 après J.-C. au sein de la noblesse de la tribu des Iceni, installée dans l’est de l’actuelle Angleterre, principalement dans le Norfolk. Les Iceni formaient un peuple celte prospère, connu pour sa culture guerrière, son artisanat monétaire raffiné et ses traditions où les femmes pouvaient exercer une influence notable, y compris dans les sphères politique et militaire. Comme d’autres peuples celtiques, des Bretons aux Gaulois, les Iceni valorisaient la bravoure individuelle et la défense farouche de leur indépendance face aux menaces extérieures.

Épouse du roi Prasutagos, Boudicca partagea le pouvoir en tant que co-régente, donnant naissance à deux filles. Ce mariage renforça les liens au sein de la tribu et illustra les dynamiques égalitaires relatives dans les sociétés celtiques, où les femmes, formées au combat dès l’enfance, pouvaient aspirer à des rôles de leadership. Selon les historiens antiques Tacite et Dion Cassius, Prasutagos, roi client de Rome, maintint une autonomie relative en versant tribut, évitant ainsi une occupation directe. Cette période de relative paix permit aux Iceni de préserver leurs coutumes ancestrales, tout en intégrant certains échanges avec le monde romain.

Les outrages romains et le déclenchement de la révolte

L’empereur Néron

À la mort de Prasutagos vers 60 après J.-C., ce dernier légua son royaume conjointement à ses filles et à l’empereur Néron, espérant protéger sa lignée. Cependant, les autorités romaines, sous l’impulsion du procurateur Catus Decianus, ignorèrent ce testament. Elles annexèrent le territoire icénien, confisquèrent les biens royaux et traitèrent les Iceni comme un peuple conquis. Tacite, dans ses Annales (Livre XIV), relate que Boudicca fut fouettée publiquement, ses filles violées et les nobles réduits en esclavage – des actes d’une brutalité qui heurtèrent profondément les Bretons. Ces humiliations, combinées à des prêts usuraires imposés par des financiers romains comme Sénèque et à la pression croissante sur les tribus alliées, attisèrent un ressentiment général. Dion Cassius, dans son Histoire romaine, met l’accent sur les confiscations financières, mais les deux sources convergent sur l’avidité impériale comme catalyseur. Pour les peuples celtiques, habitués à une liberté farouche, ces abus représentèrent une profanation intolérable de leur terre et de leur sang, évoquant la résistance innée face à l’oppression étrangère.

La révolte et le leadership de Boudicca

En 60-61 après J.-C., Boudicca émergea comme cheffe incontestée de la rébellion. Unissant les Iceni aux Trinovantes et d’autres tribus opprimées, elle rassembla une armée massive, estimée à plus de 100 000 guerriers selon les sources antiques. Tacite la décrit haranguant ses troupes, invoquant la liberté ancestrale et la vengeance pour les outrages subis. Dion Cassius la dépeint comme une figure imposante : grande, à la voix rauque, aux cheveux roux cascadant jusqu’aux hanches, portant un torque d’or et une lance, symbole de l’autorité celtique. La révolte débuta par la destruction de Camulodunum (Colchester), colonie romaine et ancien centre trinobante, où les vétérans avaient spolié les terres locales. Les rebelles massacrèrent les colons romains et rasèrent la ville, y compris son temple dédié à l’empereur Claude. Puis, profitant de l’absence du gouverneur Suetonius Paulinus, en campagne contre les druides à Mona (Anglesey), Boudicca marcha sur Londinium (Londres) et Verulamium (St Albans), les incendiant et causant des milliers de morts. Ces victoires initiales démontrèrent la force cohésive des Bretons unis. Comme chez d’autres peuples celtiques, sa légitimité reposait sur son charisme et son lien avec les traditions spirituelles garanti par le soutien des druides.

La bataille finale et la défaite

La Watling Street

Suetonius Paulinus, rappelé en urgence, regroupa ses légions – environ 10 000 hommes – et choisit un terrain défavorable aux Bretons pour la bataille décisive, probablement sur la Watling Street, une voie bretonne traversant l’île de Bretagne depuis le Sud jusqu’au Nord. Malgré leur supériorité numérique, les rebelles, encombrés par leurs familles et chariots formant un cercle arrière, furent piégés. Les Romains, en formation serrée, lancèrent des javelots puis chargèrent en coin, massacrant des dizaines de milliers de personnes. Tacite rapporte que Boudicca, refusant la capture, s’empoisonna, tandis que Dion Cassius évoque une mort par maladie suivie d’un enterrement somptueux. Cette fin tragique scella la répression romaine, mais souligna le courage indéfectible d’une leader qui préféra la mort libre à l’humiliation.

Héritage et interprétations savantes

Statue de Boudicca, Londres

Boudicca incarne l’essence de la résistance bretonne face à l’invasion étrangère. Les sources primaires, limitées à Tacite (Annales XIV et Agricola) et Dion Cassius (Histoire romaine LXII), offrent des perspectives complémentaires : Tacite, plus proche des événements via son beau-père Agricola, insiste sur les violences personnelles ; Dion, plus tardif, accentue les aspects financiers et rhétoriques. L’archéologie confirme les destructions à Colchester, Londres et St Albans, validant l’ampleur de la révolte. L’épopée de Boudicca, bien que vaincue militairement, a marqué l’histoire par sa détermination face à l’oppression.

Olier Kerdrel

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By La rédaction

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