Nous voyons se cristalliser chez certains partisans de l’extrême-droite française dite « identitaire » l’accusation de « tiers-mondisme » jetée au hasard, ici et là, contre ceux qui contestent les injustices qui leur sont faites par le système français, l’Etat français. La fonction d’une telle accusation n’est pas de répondre à une réalité objective, mais d’associer au « tiers monde », comprendre au barbare étranger, toute opposition à l’ordre en place que défend consciemment ou inconsciemment l’extrême-droite hexagonale.
« La soumission comme force »
Un exemple de la subversion identitaire française se retrouve en Corse. Le média Breizh-Info, qui diffuse en Bretagne ces thèses insanes, donnait hier encore la parole à l’un des tenants de ce verbiage :
L’indépendantisme avait une motivation identitaire. L’indépendance était pensée pour sauvegarder l’identité culturelle des Corses, menacée dans ce narratif par la France et ses politiques. Or, face à l’islamisme et au wokisme, l’indépendantisme se rend. Structuré qu’il est autour d’un postulat tiers-mondiste sanctifiant les peuples du Sud, il interdit tout positionnement vis-à-vis de ce qui en émane. Il court-circuite en amont le refus de l’islamisation de la Corse et de l’Europe. D’où la nécessité de rompre et de développer une doctrine nationaliste, plus modérée sur la question institutionnelle, qui permet d’armer conceptuellement les Corses face à ces grands périls.
La lutte pour l’indépendance de la Corse dénaturée par des partisans du « tiers-mondisme » ? Que la Corse affirme sa force en se soumettant à l’Etat français et acte de la sujétion de la nation corse à la France !
Qui peut donner du crédit à pareil syllogisme ? L’Etat français et ses factions, toujours friandes de supplétifs ! Si l’immigration met en péril la Corse, elle est mise en œuvre par l’Etat français qui dispose des pouvoirs régaliens sur le territoire corse. Conforter l’autorité de cet état étranger ne fait que nourrir les causes qui rendent possible cette immigration, donc la dilution de la personnalité corse. Une telle politique n’est pas politique de force, mais de soumission. Tant psychologiquement que politiquement, l’immigration de masse imposée par l’Etat français impose de se libérer de cet état, d’affirmer la nationalité corse avec une énergie redoublée et de porter ce sentiment national à sa conclusion historique logique : l’indépendance.
Nietzschéisme du dimanche
Ainsi, au nom de cette accusation brouillonne de « tiers-mondisme », un peuple ne devrait plus se révolter contre l’Etat français car il ne serait alors plus qu’une « victime » qui se lamente aux côtés des immigrés. S’en suit, selon cette bouillie pseudo intellectuelle, l’ordre de se contenter de l’existant puisque contester l’injustice, voire l’oppression, reviendrait à revendiquer sa propre faiblesse, antichambre du « tiers-monde » allogène.
Arrêtons-nous sur le caractère impraticable de cette absurdité : à chaque injustice subie, une personne devrait réprimer son envie de dénoncer ce qu’il endure, renoncer à défier celui qui l’écrase, bref, à accepter docilement et en silence sa subordination, car il vaudrait mieux demeurer faible en pratique que de le reconnaître pour mieux y mettre fin. Appliquée à une nation, face à l’Etat français et sa répression, un peuple devrait baisser les yeux et lui obéir. Cette curieuse école nietzschéenne reprend à son compte le mot du Christ : « Si l’on vous frappe, tendez l’autre joue ! ».
Qui accepterait de subir en silence les abus d’un individu sans y mettre fin et sans obtenir réparation pour le préjudice subi ? De même, quelle révolution n’est pas née d’un sentiment de profonde injustice devenu intolérable à l’honneur d’un peuple ? C’est bien à la perte de tout honneur national et personnel, à une humiliante soumission face à l’intolérable, qu’invite cette sommation quasiment bouddhiste à ne pas dénoncer l’injustice à laquelle font face les peuples écrasés par l’Etat français.
Hypocrisie française
Heureusement pour l’Irlande révolutionnaire, les nationalistes irlandais ont d’abord dénoncé dans leur presse l’injustice historique infligée à leur nation par l’impérialisme britannique, avant de rallier à eux tous les fils de l’Irlande prêts à lutter pour renverser le tyran anglais. Sans ce cri de ralliement contre l’oppression, jamais les Irlandais ne seraient redevenus maîtres de leur patrie après avoir vaincu, les armes à la main, le premier empire colonial du monde. Heureusement aussi pour les révolutionnaires d’Indochine qui ne se sont pas contentés de méditer comme des moines sur l’oppression française qui les frappait, préférant secouer le joug de l’ennemi honni en enflammant les masses contre lui.
Quand les hypocrites phraseurs de l’extrême-droite française agitent ce terme de « tiers-mondisme » pour dénigrer ceux qui s’opposent à l’impérialisme français, c’est concrètement pour culpabiliser les forces de résistance afin qu’elles restent docilement soumises à l’ordre français en place. Cette accusation bourgeoise, idéaliste et dépolitisante, vise à délégitimer ceux qui ont une action révolutionnaire effective contre l’Etat français. Loin d’être un appel à la force, c’est l’acceptation docile de la faiblesse que cette logorrhée tente de susciter.
La position qui est celle des nationalistes bretons sur la situation en Kanaky le prouve : tandis que les littérateurs hexagonaux se victimisent en dénonçant le « racisme antiblanc » des indépendantistes kanaks, le parti colonial se disant à présent victimes des colonisés, ils dénoncent les nationalistes bretons qui, dans le même temps et en cohérence, soutiennent le soulèvement kanak contre l’ennemi commun qu’est l’Etat français. Un soulèvement que seraient bien incapables de mener les mêmes littérateurs qui parlent de « guerre civile » quotidiennement en croyant incarner, sur Twitter, le Surhomme nietzschéen.
Domestiques dociles de la bourgeoise française
Nous voyons ici que ces Français n’ont qu’une activité individuelle narcissique que les réseaux sociaux permettent d’agglomérer en une horde hurlante d’impuissance. Voilà ce qu’est l’extrême-droite « identitaire » hexagonale.
C’est l’engagement révolutionnaire pratique qui est preuve de force. Lorsqu’ils voient des forces animées d’une volonté révolutionnaire tournée contre leur état et la société qu’il leur impose, ces domestiques dociles de l’ordre français ont pour réflexe de s’en prendre à ceux qui attaquent leurs propres maîtres avec l’arme des faibles : la culpabilisation.
Ne soyons pas dupes et agissons en nationalistes et en fermes militants de l’Etat breton. L’Etat français est l’ennemi, c’est lui que les révolutionnaires bretons ont le devoir d’abattre, que cela plaise ou pas à ses domestiques. Pour y parvenir, ils tendront la main à tous ses ennemis, jusqu’à la victoire finale et la proclamation de l’Etat breton. Voilà notre politique de force.
Ewen Broc’han
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