Ni gauche, ni droite : l’ennemi de la nation bretonne, c’est l’Etat français ! (Editorial)

Hier, nous diffusions sur Stourm! une vidéo portant sur le traitement médiatique français de la situation en Kanaky du commentateur français Usul, d’orientation trotskiste et proche, quoique critique, de la France Insoumise. Cette vidéo offrait le seul point de vue critique du déferlement de propagande contre les Kanaks et leur lutte. En arrière-fond, les tentatives désespérés de l’impérialisme français de se maintenir dans le Pacifique.

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Quelques commentateurs  d’extrême-droite, français d’origine ou culturellement aliénés, ont vivement réagi. Usul, en tant que militant d’extrême-gauche, serait « anti-Blancs ». Partant, ce qu’il a à dire ne doit pas être écouté. Telle n’est pas la fonction d’un média comme le notre dont l’objectif est de défendre le point de vue national breton sur l’actualité. Une information doit être évaluée pour sa qualité dans un contexte donnée, pas en fonction de l’identité du messager qui la communique.

Quoi que l’on pense de l’extrême-gauche française en général ou d’Usul, en particulier, un point de vue anticolonial n’allait pas apparaitre spontanément au sein de l’extrême-droite française qui, au contraire et sans surprise, a appelé à maintenir coûte que coûte l’impérialisme français en Kanaky afin de préserver sur place le système français et sa société. Les Bretons conscients de leur nationalité, sujets eux-mêmes d’une politique coloniale dictée par Paris, ont pu trouver dans cette analyse des éléments de comparaison pertinents avec leur situation politique et historique.

Soulever les contradictions internes

Il y a plus. La position d’Usul est en réalité très en décalage avec le discours de la gauche hexagonale. Officiellement, les Kanaks sont des citoyens français qui disposent de l’égalité de droits. Usul admet que la seule égalité de droits ne suffit pas à rendre légitime l’occupation française, car il existe une légitimité qui précède la légalité, à savoir la légitimité historique et culturelle d’un peuple sur sa terre. Cette position identitaire est très loin des positions actuelles de la gauche hexagonale, surtout dès lors que cela concerne la Bretagne : c’est bien au nom de cette égalité légale « de tous les Français » que la gauche française a justifié et justifierait le maintien de la présence française, donc des colons et de leurs structures en Bretagne.

Utiliser cette critique venue de l’extrême-gauche française pour l’appliquer à la Bretagne permet de souligner les contradictions de celle-ci dès lors qu’on étend ce raisonnement à notre pays, un pays européen. On verrait l’impossibilité de cette gauche hexagonale, foncièrement impérialiste depuis 1789, de penser le colonialisme entre peuples blancs dans ce qui reste considéré comme le « pré carré » hexagonal, tout comme nous serions fondés à le faire du discours sur la « solidarité blanche » portée par une certaine extrême-droite hexagonale qui, en fait, se résumerait à une solidarité des Français contre les Bretons.

Démonter les impostures de l’extrême-droite française

Nous avons pu entrevoir ce que serait l’attitude de l’Etat français si les Bretons se mobilisaient contre l’occupation française de leur pays. Nous subirions la même propagande, la même justification de la répression, la même invisibilisation médiatique, les mêmes appels à écraser notre patrie et notre peuple par la force. Nous verrions que la « solidarité blanche » invoquée par cette extrême-droite hexagonale serait à sens unique et ne s’exercerait que par les Français, pour les Français établis chez nous et qu’en réalité elle ne vaudrait par pour des Bretons.

Les motivations des uns et des autres ne détermine pas la position objective de l’Etat français qui seul produit du politique, le seul acteur historique qui importe pour des nationalistes bretons confrontés à cet état. Ce qui pousse certains individus proches de l’extrême-droite hexagonale à souhaiter la répression étatique des Kanaks à 17,000 kilomètres, principalement par frustration devant leur propre impuissance en mêlant confusément immigration afro-maghrébine et résistance anticoloniale, n’a pas de pertinence en soi.

Leur rôle objectif consiste à soutenir la politique de l’Etat français sur place. Le racialisme opportuniste de certains Français chez nous ne vaut pas mieux politiquement que l’internationalisme des marxistes. Les deux nient notre nationalité et prétextent de leur cause pour la déclarer sans objet, voire illégitime. Que ce soit par racisme pour ce qui les concerne, ou au nom d’un légalisme de façade pour ce qui concerne le gouvernement français et les macronistes, en Kanaky le résultat objectif est identique : maintenir l’impérialisme français dans le Pacifique. Demain, il serait identique en Bretagne.

Rappeler qui est l’ennemi principal

Le nationalisme breton n’a pour seule mission que de défendre les intérêts de son peuple, ce qui suppose de combattre la présence française sur notre terre et d’en chasser l’Etat français. Toute force qui combat cet état, a fortiori dans des termes séparatistes, contribue à l’avancement de notre propre lutte pour l’indépendance et la survie de notre peuple, aujourd’hui gravement menacé par la politique de l’Etat français. Tout le reste n’a aucune valeur politique pour l’Emsav.

L’ennemi suprême de la nation bretonne est l’Etat français. Ainsi en a-t-il décidé en nous envahissant, nous annexant, nous colonisant. Sur ce point, sa politique est constante. La tâche politique principale qui nous incombe, parallèlement à l’éveil de la nationalité bretonne dans les masses qui la conditionne, est de désigner constamment cet ennemi et de travailler à sa défaite finale. Tout ce qui s’oppose à notre lutte contre l’Etat français, fondamentalement ou conjoncturellement, doit être confronté par les nationalistes bretons.

Il faut toujours revenir à cette définition historique de la lutte nationale dans chaque situation : pour ou contre l’Etat français ? Nous répondons contre, partout et tout le temps, en toute cohérence.

Ewen Broc’han

 

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By La rédaction

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