Projet de massacre d’un village breton par des Musulmans de Brest : un procès entre fanfaronnades et djihadisme chevronné

Le plus jeune et le plus âgé, le plus bavard et le moins crédible le matin, le plus silencieux et le plus troublant l’après-midi : la journée du vendredi 4 avril a été marquée par les contrastes au procès de la boucherie « conspirative » de Brest. Cette audience, relatée par Christophe Ayad dans Le Monde du 5 avril 2025, a permis d’examiner les cas de deux des six accusés de ce procès hors norme, qui progresse laborieusement au fil des auditions des enquêteurs de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et des interrogatoires des prévenus.

Le matin, l’enquêteur anonymisé SI043, membre du contre-terrorisme, a détaillé les charges pesant sur Mehdi (prénom modifié), un adolescent de 16 ans au moment des faits, mais le plus enthousiaste des six accusés. Ces derniers se retrouvaient régulièrement dans la boucherie halal Chez Wahid, à Brest, où les discussions portaient sur le djihad, les mérites respectifs de l’organisation État islamique et d’Al-Qaïda, l’acquisition d’armes et, parfois, des projets d’attentats. Entre sérieux, vantardises, plaisanteries et idées inquiétantes, leurs échanges étaient intégralement enregistrés à leur insu par la DGSI, aboutissant à des accusations d’association de malfaiteurs terroriste.

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Les propos retranscrits sur papier sont glaçants, mais la frontière entre fanfaronnade entre radicalisés et véritable conspiration reste floue. Pour trancher, les enregistrements originaux sont indispensables. Pourtant, malgré cinq ans d’instruction et de recours, la défense n’a jamais eu accès aux 1 500 heures de bande, dont seules 40 à 50 conversations sur 5 680 ont été retenues comme incriminantes. Ce n’est qu’au bout d’une semaine d’audience que la cour d’assises spéciale, présidée par Charles-Andor Fogarassy, a enfin accepté la demande unanime des avocats de diffuser certains extraits.

Ces écoutes, contestées à l’audience, ont parfois fragilisé les thèses de la DGSI. Ainsi, Me Raphaël Kempf, avocat de Marwan Tahmed, a démontré que son client était absent de la boucherie lors d’une discussion sur un projet d’attentat, contredisant les rapports initiaux. Entre extraits tronqués, propos mal retranscrits ou interprétés littéralement malgré leur ton ironique, la défense a souvent mis l’enquête en difficulté.

Pour Mehdi, SI043 semble plus solide. Très loquace sur les enregistrements comme en garde à vue, le jeune homme est un pilier de l’accusation contre ses coaccusés. Son adhésion à l’idéologie djihadiste est étayée par la propagande trouvée sur ses appareils électroniques et par ses tentatives de contacter, via Telegram, un inconnu à Idlib, en Syrie, pour rejoindre le combat – appels passés directement depuis son portable. Cependant, les projets concrets restent ténus : une capture d’écran d’un poignard tactique, une expédition de six minutes dans le quartier sensible de Kerourien à Brest pour chercher des armes – soldée par un échec piteux –, et une vague idée d’attaque pour le Nouvel An chinois à Paris. « Quels sont les actes préparatoires ? », interroge Me Louise Hennon, avocate de Mehdi. L’enquêteur, embarrassé, cite la virée à Kerourien et une recherche Google. Maigre. Quant à l’âge de Mehdi – 16 ans à l’époque, 21 aujourd’hui –, SI043 élude : « Je ne vois pas en quoi cela a une importance », une réponse qui laisse perplexe.

L’après-midi, Mohamad Darwich, un réfugié syrien de 39 ans, a pris la parole, mais l’échange a vite tourné court. Après avoir lu une déclaration dénonçant une enquête truffée de « falsifications » et de « mensonges », il a contesté les accusations, notamment sa fiche d’enrôlement dans une brigade de l’État islamique et ses propos incitant au djihad. Selon lui, ces derniers visaient à tester Wahid Bouraya, le boucher, avec qui il envisageait une affaire commerciale. « On me reproche des actes que je n’ai pas commis et des paroles que je n’ai pas prononcées », a-t-il affirmé, réclamant la diffusion intégrale des enregistrements le concernant. Face aux questions du président, puis des avocates générales du Parquet national antiterroriste, il s’est muré dans un « Je ne souhaite pas répondre » systématique. Son avocat, Me Khankan, qui avait demandé un supplément d’information et un ajournement refusés, s’est retiré mais reste présent, silencieux, commis d’office. Défendre Darwich est ardu : son passé dans une katiba brutale en Syrie en 2014, les documents accablants en sa possession (fabrication d’explosifs, vidéos d’exécutions, discours de Baghdadi) et son projet de massacrer un village près de Brest pèsent lourd.

Entre Mehdi, apprenti radicalisé bavard, et Darwich, djihadiste aguerri et mutique, le fossé est immense – un dossier étrange mêlant vantards et vétéran du terrorisme.

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By La rédaction

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