Éditorial : « Détruire la famille traditionnelle : stratégie consciente du capitalisme libéral mondialisé » Par Ronan Morvan.

Le démantèlement de la famille traditionnelle n’est ni une dérive spontanée des sociétés modernes, ni une simple conséquence de l’évolution des mœurs. Il s’agit d’un processus délibéré, fonctionnel, instrumentalisé par le capitalisme libéral mondialisé dans son projet de société. Ce système, qui ne connaît ni peuple, ni limite, ni racine, a compris depuis longtemps que pour régner sans partage, il fallait affaiblir, voire éradiquer toutes les formes d’organisation humaine qui ne lui sont pas soumises. La famille traditionnelle, cellule de solidarité autonome, en est la première cible.

I. La famille, obstacle à l’individualisme marchand.

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Le capitalisme libéral ne prospère que dans des sociétés où l’individu est isolé, déconnecté des structures sociales primaires. La famille traditionnelle — c’est-à-dire une organisation stable, intergénérationnelle, fondée sur la solidarité interne et la transmission — freine cette logique.

Dans une famille forte, les individus sont moins dépendants du marché :

– Les enfants sont élevés par leurs parents, pas par des structures privées payantes.

– Les personnes âgées sont prises en charge au sein du foyer, pas dans des institutions marchandes.

– La solidarité joue contre la précarité, le besoin d’endettement, ou l’obsession de « réussite individuelle ».

C’est précisément cette autonomie relative que le système veut abolir. L’individu doit être seul, sans attache, sans soutien autre que l’État ou le marché. Il devient alors une cible parfaite pour la consommation, la mobilité forcée, l’endettement chronique.

Comme l’expliquait déjà en 1978 le sociologue Christopher Lasch dans La culture du narcissisme :

« La décomposition de la famille n’est pas une conséquence du capitalisme avancé, elle en est une condition. »

II. Une stratégie mise en œuvre par l’État français et les multinationales.

Contrairement à l’illusion entretenue par certains discours progressistes, ce ne sont pas les conquêtes sociales ou les luttes individuelles qui ont érodé la famille traditionnelle, mais des politiques systématiques d’ingénierie sociale. Depuis les années 1980, sous l’influence du néolibéralisme de Reagan et Thatcher, les politiques publiques ont favorisé l’indépendance économique absolue des individus, au détriment de toute forme d’interdépendance familiale.

Le tournant libéral initié par Mitterrand en 1983 a été accompagné d’une transformation profonde de l’État social en État gestionnaire, instrumentalisant les politiques sociales pour faire de chaque citoyen un « acteur autonome », mais seul. Le développement massif de la garde d’enfants, non comme un choix mais comme une norme obligatoire pour permettre aux deux parents de travailler à plein temps, a été vendu comme une « libération », mais a surtout alimenté l’économie de service et permis une mise au travail maximale de la population.

Selon l’INSEE, 63 % des enfants naissent aujourd’hui hors mariage en France (+ nations occupées), contre 6 % en 1965. Le taux de divorce y a doublé depuis 1980. Ces chiffres ne sont pas des preuves d’émancipation : ils sont les symptômes d’un isolement social généralisé. Résultat : en 2023, selon Eurostat, près de 41 % des foyers européens sont constitués d’une seule personne. Une aubaine pour les marchés : une personne seule consomme plus, se déplace plus, change de logement plus souvent, travaille plus d’heures.

La famille devient alors une marchandise :

– La parentalité est sous-traitée aux crèches, aux écrans, aux algorithmes.

– Les liens affectifs sont conditionnés par les logiques du marché (applications de rencontres, tourisme familial, soins aux personnes âgées privatisés).

– L’éducation est uniformisée, désidéologisée, déracinée : elle forme des « citoyens du monde » interchangeables, pas des héritiers d’une culture.

III. Le déracinement comme condition du marché total
L’objectif du capitalisme libéral n’est pas simplement économique : il est anthropologique. Il ne veut pas seulement des consommateurs, il veut créer un type humain nouveau : délié de toute appartenance, sans fidélité autre que celle à ses désirs, sans mémoire autre que celle des réseaux sociaux, sans avenir autre que celui de la croissance infinie.

Le philosophe italien Diego Fusaro l’exprimait ainsi :

« Le capitalisme veut la fin des communautés pour mieux imposer la dictature de la marchandise. »

La famille traditionnelle — avec sa hiérarchie, sa durée, sa transmission — est un rempart. Elle enseigne la patience, la responsabilité, la loyauté, l’enracinement. Elle forme des individus capables de résister à l’immédiateté, au consumérisme, à l’idéologie du présent perpétuel. Elle protège contre la tyrannie de l’instant. C’est pourquoi le capitalisme doit la casser : non pas parce qu’elle serait patriarcale ou dépassée, mais parce qu’elle est trop stable, trop durable, trop humaine.

Reconstruire des communautés contre le marché.

Résister à la destruction de la famille traditionnelle, ce n’est pas sombrer dans la nostalgie ou le conservatisme stérile. C’est prendre acte d’un fait brutal : le marché total a besoin de l’atomisation des individus. Il faut donc reconstruire — à l’échelle locale, communautaire, populaire — des formes de vie qui permettent l’autonomie réelle.

Cela passe par :

– La revalorisation du foyer comme lieu de production sociale, culturelle et affective.

– La sortie de la logique de double travail obligatoire, au profit du temps long familial.

– Le soutien à une éducation enracinée, contre l’uniformisation des valeurs marchandes.

– Une redéfinition politique de l’économie : elle doit servir les communautés humaines, pas les détruire.

La famille traditionnelle est l’un des derniers bastions contre la marchandisation intégrale de l’humain. Sa défense ne relève pas d’un passé idéalisé, mais d’un futur à réinventer — hors du capitalisme.

Ronan Morvan

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By La rédaction

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