Dans le cœur battant du Cap-Sizun, à Goulien, ce petit village de Cornouaille de 440 âmes niché entre océan et landes, les cloches de l’Angélus, ces gardiennes de notre héritage breton, ont été reléguées à un horaire matinal tardif par décision municipale d’après France 3 Bretagne. Ce qui n’était qu’une plainte isolée d’un « nouveau » habitant s’est mué en scandale : une pétition rassemble déjà 150 signatures pour restaurer l’ordre ancestral.
Une tradition sacrée
Depuis des siècles, l’Angélus rythme la vie des Bretons : trois coups solennels à 7h, 12h et 19h, suivis d’une volée joyeuse. À Goulien, comme dans tant de communes de Cornouaille, ces cloches ne sont pas un simple bruit : elles rappellent les moissons, les marées et les prières pour les pêcheurs. Historiquement ancrées dans notre terre de saints et de saints-patrons – pensez à Saint-Goulven, protecteur de cette église locale –, ces cloches sont l’écho de notre vieille Bretagne.
Mais voilà : depuis dix jours, le premier appel vespéral sonne à 8h au lieu de 7h. Décision unilatérale du maire Henri Goardon, qui refuse désormais de s’exprimer, épuisé par la « polémique ». Officiellement, c’est pour apaiser une riveraine exaspérée par le « bruit amplifié » après des travaux sur la cloche. Résultat ? Une fracture béante au cœur du village, où le café Daiquiri – ce bastion des discussions gouliennoises – bourdonne de colères contenues.
Les plaintes des doryphores
Au centre de cette tempête, une habitante installée à deux pas de l’église Saint-Goulven. Double vitrage, boules Quies : rien n’y fait, jure-t-elle, pour masquer les « nuisances » matinales. « J’étais très heureuse de la réponse rapide du maire », confie-t-elle, tout en admettant que « discuter ensemble aurait été mieux ». Cette logique effarante illustre le mal breton : l’arrivée massive de néo-ruraux français réfractaires aux réalités bretonnes. Ils veulent la campagne sans le coq, la mer sans les mouettes, l’Angélus sans ses cloches et, à l’évidence, une Bretagne sans Bretons.
Delphine Quillivic, co-autrice de la pétition qui afflue de signatures – y compris d’un marin en pleine mer, via son épouse –, ne mâche pas ses mots : « Les gens de l’extérieur qui veulent vivre à la campagne, ils doivent vivre comme nous. C’est tout. Il faut qu’ils s’adaptent. » Et d’ajouter, avec une lucidité prophétique : « Il y a des gens qui se lèvent avec l’Angélus, c’est un repère. Et si on laisse faire, on va bientôt sonner l’Angélus de midi à 13h parce que l’horaire ne convient pas à tel ou tel. »
Le maire, complice d’une érosion culturelle
Henri Goardon, maire de Goulien, porte une lourde responsabilité. Sans consultation publique, sans égard pour la voix des anciens, il a cédé à une plainte individuelle, ravivant les tensions entre Bretons et arrivistes. Dans un village où la tradition est le ciment social, cette décision unilatérale est un affront. Si certains habitants se réjouissent du décalage pour « dormir plus », ils sont minoritaires. La majorité bretonne plus si silencieuse, celle des pêcheurs, des agriculteurs et des familles ancrées dans le sol cornouaillais, gronde. Une rencontre avec le maire est prévue pour apaiser les esprits, mais sans retour en arrière, la discorde risque de s’enraciner.
Budig Gourmaelon
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