Une nouvelle étude confirme que les Anciens Bretons étaient bien des Celtes

Une étude récente vient trancher un débat séculaire sur l’identité des premiers habitants de la Grande-Bretagne, ancêtres des Bretons de Petite Bretagne. Selon une recherche menée par Patrick Sims-Williams, expert en études celtiques, les anciens Bretons étaient bel et bien des Celtes, ou « Keltoi » comme les appelaient les Grecs anciens. Cette découverte s’appuie sur les écrits perdus de l’explorateur grec Pythéas, datant du IVe siècle avant J.-C., et remet en lumière une controverse qui opposait linguistes et historiens depuis des décennies.

Un Débat Historique aux Racines Profondes

Longtemps, les manuels scolaires et les ouvrages populaires ont présenté les anciens Bretons comme des Celtes, ces peuples fiers et mystiques associés à des langues comme le gallois, le cornique ou le breton continental. Pourtant, au cours de la seconde moitié du XXe siècle, certains chercheurs ont contesté cette vision. Ils arguaient qu’aucune source antique ne qualifiait explicitement les Britons de Celtes. Le terme « Celtes » pour désigner les habitants de la Bretagne insulaire serait en réalité, selon eux, une invention du XVIIe siècle, créditée au linguiste Edward Lhuyd. Ce dernier avait démontré que les langues non anglaises des îles britanniques dérivent des langues celtiques continentales, forgeant ainsi une classification basée sur des critères linguistiques plutôt qu’ethnographiques.

Mais qu’en était-il vraiment à l’époque antique ? C’est ici qu’intervient Pythéas de Massalia, un géographe et explorateur grec audacieux qui, au IVe siècle avant J.-C., entreprit un voyage épique vers les confins du monde connu. Parti de Marseille, il atteignit les côtes de l’ancienne Albion (l’actuelle Grande-Bretagne), devenant ainsi le premier auteur connu à en décrire les habitants et les phénomènes naturels de visu. Malheureusement, ses écrits originaux ont disparu, ne subsistant que par le biais de citations fragmentaires chez des auteurs ultérieurs comme Strabon et Hipparque.

Les Preuves Irréfutables de Pythéas

Pythéas

L’étude de Sims-Williams, publiée en 2025, se penche précisément sur ces fragments pour reconstruire le témoignage de Pythéas. En analysant les références d’Hipparque – astronome et géographe du IIe siècle avant J.-C. –, l’auteur démontre que les habitants de la Bretagne étaient désignés comme « Keltoi », le terme grec antique pour les Celtes. Hipparque, citant Pythéas, situait ces peuples à environ 6 300 stades (une unité de mesure grecque équivalente à une distance considérable) de Marseille. Il décrivait même des phénomènes solaires spécifiques à cette latitude, comme un soleil d’hiver ne s’élevant que de 6 coudées au-dessus de l’horizon – une observation précise qui valide la fiabilité des données.

Strabon, géographe du Ier siècle avant J.-C., contredisait partiellement cette vision. Il qualifiait les Bretons de « Bretannoi » et les distinguait des Keltoi, les plaçant 2 500 stades plus au nord de la « Keltikè » (la région celtique continentale). Strabon, sceptique envers les explorations septentrionales qu’il jugeait invivables en raison du froid extrême, préférait ses propres théories aux récits de Pythéas. Pourtant, Sims-Williams insiste : c’est bien Pythéas, et non Hipparque, qui est la source originelle. « Pythéas est le seul auteur connu à avoir visité la Bretagne avant Jules César », souligne l’expert, soulignant la valeur exceptionnelle de son témoignage direct.

La méthodologie de l’étude est rigoureuse : elle croise les textes antiques, en tenant compte des rôles doubles d’Hipparque (astronome et géographe), souvent sous-estimés par les historiens modernes. En évaluant les latitudes, les angles solaires et les descriptions territoriales, Sims-Williams réfute les rejets antérieurs des affirmations ethnographiques d’Hipparque, trop souvent balayées au profit de sa réputation astronomique.

Implications pour Notre Compréhension de l’Histoire

Cette recherche ne se contente pas de régler un point technique ; elle éclaire notre vision des peuples pré-romains d’Europe du Nord. En confirmant que les Bretons étaient des Celtes selon les critères antiques eux-mêmes, elle renforce l’idée que l’identité celtique transcende les frontières pour inclure des éléments culturels et ethnographiques. Cela pourrait même influencer les débats actuels sur l’héritage celte en Europe, des festivals irlandais aux revendications culturelles galloises. Des voix pourraient encore contester cette réalité, mais avec des preuves aussi solides issues des écrits de Pythéas – préservés comme des trésors dans les fragments d’Hipparque et Strabon –, l’étude de Sims-Williams marque un tournant.

Olier Kerdrel

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By La rédaction

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