La France s’entête. En pleine décomposition de son influence mondiale, alors que sa dette publique dépasse les 3 300 milliards d’euros et que son déficit budgétaire annuel reste structurellement supérieur à 5 % du PIB, le pouvoir central annonce la construction du Porte-Avions Nouvelle Génération (PA-NG), successeur officiel du Charles de Gaulle, pour une mise en service prévue autour de 2038-2040. Coût officiel communiqué en 2024 par le ministère des Armées : 8 à 10 milliards d’euros pour le bâtiment seul, hors groupe aérien, hors escorte, hors adaptation des ports, hors cycle de vie. Les auditions au Sénat français et à la commission défense de l’Assemblée nationale, ainsi que le dernier rapport de la Cour des comptes sur les grands programmes navals (2023-2024), convergent tous vers une fourchette plus réaliste : entre 18 et 25 milliards d’euros en euros courants pour l’ensemble du programme sur trente-cinq ans.
Depuis 2022, la France a été expulsée militairement de presque toute l’Afrique subsaharienne francophone. Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad, Centrafrique ont successivement dénoncé les accords de défense et exigé le départ immédiat des forces françaises. La dernière base opérationnelle à Niamey a été vidée en janvier 2024. Barkhane, cette opération qui coûtait plus d’un milliard d’euros par an, a politiquement échoué. La présence résiduelle à Djibouti, sous pression chinoise permanente, ne sert plus qu’à entretenir une fiction de rayonnement. Dans le Pacifique, la France n’a jamais été une puissance navale sérieuse. Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna représentent ensemble moins de 0,3 % de la surface maritime contrôlée par les États-Unis, la Chine, l’Australie et le Japon dans le Pacifique. La dissuasion nucléaire repose quasi exclusivement sur les sous-marins illégalement stationnés en Bretagne à l’Île Longue, notre territoire national ; le porte-avions n’y joue aucun rôle opérationnel. Quant au Charles de Gaulle lui-même, vingt-quatre ans après sa mise en service en 2001, il cumule moins de 4 000 jours de mer opérationnels. Sa disponibilité réelle moyenne, selon les chiffres officiels de la Marine nationale et le rapport de la Cour des comptes de 2023, tourne autour de 55 à 60 % — très loin des standards américains (85-90 % sur les classes Nimitz puis Ford). Ses déploiements les plus marquants (Libye 2011, Golfe persique 2015-2016, coalition contre Daech 2015-2021) ont tous eu lieu dans des théâtres où la supériorité aérienne était déjà établie avant son arrivée. Le porte-avions français sert surtout à poser pour la photo.
Dans ce contexte, lancer un nouveau programme de 20 milliards d’euros relève du pathétique. La dette publique absorbe déjà plus de 55 milliards d’euros par an en intérêts — davantage que le budget de l’Éducation nationale, en augmentation constante. Construire un porte-avions dans ces conditions, c’est demander à un ménage surendetté de s’acheter une Ferrari alors qu’il ne peut plus payer l’électricité. Ce qui frappe le plus, c’est que cette folie est de plus en plus critiquée à l’étranger. Le magazine américain The National Interest, dans un article du 30 mai 2025 intitulé « Pourquoi la France gaspille-t-elle son budget militaire sur un porte-avions ? », qualifie le projet de gaspillage anachronique : « Le porte-avions nouvelle génération proposé par Macron arrive trop tard et sera obsolète avant même d’être construit. L’ère du porte-avions est déjà terminée, et elle le sera encore davantage d’ici le milieu des années 2030 lorsque la France mettra enfin le PA-NG en service. » Le site américain 19FortyFive, dans un article du 30 juin 2025, insiste sur les contraintes budgétaires écrasantes : « Les coûts initiaux très élevés de la construction du nouveau porte-avions PA-NG vont imposer des arbitrages budgétaires extrêmement douloureux, qui pourraient s’aggraver en cas de dépassements ou de dépenses imprévues. »
Le maintien d’un unique porte-avions, dans un pays qui ne peut plus projeter une force aéronavale crédible plus de trois mois sans dépendre entièrement des Américains, ne relève plus d’une politique de défense, mais du fétichisme symbolique. C’est le dernier spasme d’un impérialisme français devenu impotent : l’illusion qu’on reste une grande puissance globale alors qu’on est redevenu une puissance régionale moyenne, endettée, démographiquement déclinante et stratégiquement marginalisée.
Budig Gourmaelon
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