La langue cornique, le Kernewek, vient de franchir une étape historique. Le Conseil de l’Europe a officiellement reconnu, le 22 janvier 2026, que cette langue mérite désormais le même niveau de protection que le gallois, le gaélique écossais et le gaélique irlandais indique le Cornish Times. Cette décision place le cornique sous la Partie III de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, un cadre beaucoup plus exigeant que celui dont il bénéficiait depuis 2002.
Jusqu’ici, le Kernewek n’était couvert que par la Partie II, un niveau léger qui se limitait surtout à une reconnaissance symbolique et à une obligation de tolérance. Avec la Partie III, le gouvernement britannique s’engage à mettre en place au moins 35 mesures concrètes pour développer l’usage de la langue dans la vie quotidienne. Cela concerne l’éducation, les médias, la justice, l’administration publique, la culture et même certains aspects de la vie économique.
La langue cornique avait été considérée comme éteinte à la fin du XVIIIe siècle. La dernière locutrice traditionnelle, Dolly Pentreath, est morte en 1777. Pourtant, elle n’a jamais complètement disparu. Dès le début du XXe siècle, un mouvement de renaissance a commencé, et il s’est accéléré ces dernières décennies. En 1997, des députés ont prononcé les premiers discours en cornique au Parlement britannique. En 2002, la langue a obtenu une première reconnaissance officielle. En 2005, certains élus ont prêté serment en Kernewek. En 2014, le peuple cornique a obtenu le statut officiel de minorité nationale.Aujourd’hui, même si le nombre de locuteurs fluides reste modeste, entre quelques centaines et quelques milliers selon les estimations, la langue est de plus en plus présente. On la voit sur les panneaux bilingues dans les rues, on l’entend dans les écoles, lors des événements culturels et même dans les réunions du Cornwall Council.
Les réactions en Cornouailles sont enthousiastes. Leigh Frost, leader du Cornwall Council, parle d’une nouvelle fantastique qui récompense des années de travail acharné pour faire revivre la langue et l’intégrer dans la vie de tous les jours. Il voit dans l’année 2026 une grande célébration de l’identité cornouaillaise, notamment avec le Festival interceltique de Lorient qui mettra la culture cornique à l’honneur.
Andrew George, député de St Ives et figure de longue date du mouvement, s’exclame « Pur da ! Spladn ! » et insiste sur le fait que défendre le cornique n’est pas un repli sur soi, mais une façon de célébrer la diversité dans le monde entier.
Perran Moon, député de Camborne et Redruth, rappelle que beaucoup de Cornouaillais rêvaient depuis longtemps de ce statut Part III, qui place enfin leur langue au même rang que les autres langues celtiques.Cette reconnaissance ouvre des perspectives concrètes : un meilleur enseignement du cornique à l’école, plus de facilité pour l’apprendre, davantage de contenu dans les médias publics comme la BBC, une visibilité renforcée lors du recensement de 2031 et des opportunités accrues pour les festivals et les événements culturels.
Au-delà de la langue elle-même, c’est toute l’identité cornique distincte qui sort renforcée au sein du Royaume-Uni. La langue bretonne reste la dernière langue celtique d’Europe non reconnue, résultat de la politique d’éradication menée par l’État français contre elle en 2026.
Budig Gourmaelon
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