En 60 ap. J.-C., la domination romaine en Bretagne provoqua une révolte légitime des Bretons. Le roi des Iceni, Prasutagos, avait conclu un traité d’alliance avec Rome et, à sa mort, désigna l’empereur Néron et ses deux filles comme héritiers conjoints pour protéger son royaume. Rome viola cet accord : le royaume fut annexé, les biens royaux confisqués, la reine Boudica fouettée publiquement et ses deux filles violées par des soldats romains. Ces actes d’humiliation et de violence extrême, combinés aux spoliations systématiques des terres, aux taxes écrasantes et à l’installation de colons vétérans sur les territoires conquis, constituèrent une injustice flagrante qui justifia la levée en armes.
Boudica, reine des Iceni, rallia les Iceni, les Trinovantes et d’autres tribus opprimées. Son armée, forte de dizaines de milliers de guerriers, visait à chasser l’occupant et à recouvrer la liberté. Première cible : Camulodunum (aujourd’hui Colchester), ancienne capitale des Trinovantes transformée en colonie romaine réservée aux vétérans de l’armée. Cette ville, centre administratif et religieux romain, symbolisait l’accaparement des terres bretonnes et l’imposition d’une culture étrangère.
La Situation à Camulodunum

La colonie comptait principalement des vétérans romains retraités, installés là depuis la conquête de 43 ap. J.-C. sous Claude. Ces colons avaient reçu des terres prises aux Bretons, souvent par confiscation directe, et vivaient aux dépens de la population locale. Le Temple de Claudius, grand édifice en pierre dédié à l’empereur divinisé, dominait la ville. Il servait à la fois de sanctuaire, de trésor et de refuge symbolique de la puissance romaine. La ville n’était pas fortifiée : pas de murailles solides, seulement des fossés et des palissades légères. La garnison se limitait à environ 200 hommes. Le procurateur Catus Decianus, responsable des finances, refusa d’envoyer des renforts malgré les avertissements. La Neuvième Légion, stationnée plus au nord, arriva trop tard.
Le Sac de la Ville
L’armée de Boudica, renforcée par les Trinovantes qui réclamaient la restitution de leurs terres ancestrales, attaqua Camulodunum. Les Bretons incendièrent les habitations, pillèrent les entrepôts et tuèrent les colons, les marchands et les soldats romains présents. La ville fut rasée par le feu. Les habitants romains, pris au dépourvu, ne purent organiser une défense cohérente. Des dizaines de milliers de personnes – civils et militaires – périrent dans le massacre initial. Les survivants, environ deux mille personnes (vétérans, femmes, enfants, esclaves), se réfugièrent dans le Temple de Claudius, le seul bâtiment en pierre capable de résister quelque temps. Ils barricadèrent les portes et tentèrent de tenir position avec leurs armes personnelles.
Le Siège du Temple
Le siège dura deux jours. Les Bretons assaillirent le temple avec des projectiles enflammés, des pierres et des béliers improvisés. Les défenseurs, vétérans aguerris mais en nombre très inférieur et à court de munitions, résistèrent en lançant des javelots et en défendant les accès. À l’intérieur, la faim, la soif et l’épuisement s’installèrent rapidement. Au soir du deuxième jour, les assaillants percèrent une brèche. Les Bretons entrèrent en masse. Le combat final fut très violent : les vétérans, acculés, se battirent jusqu’au dernier avec leurs glaives. Aucun quartier ne fut accordé. Tous les occupants du temple – hommes, femmes et enfants – furent tués. Le temple fut pillé, la statue de Claude décapitée et ses richesses emportées.
Bilan et Suites Immédiates
Le sac de Camulodunum constitua une victoire majeure pour les Bretons : destruction complète d’un des principaux centres romains de Bretagne orientale, élimination d’une colonie oppressive et démonstration de la capacité des peuples autochtones à riposter. Boudica poursuivit ensuite vers Londinium (Londres) puis Verulamium (St Albans), où des massacres similaires eurent lieu, portant le total des victimes romaines et romanisées à plusieurs dizaines de milliers selon les sources antiques.La révolte fut finalement écrasée par le gouverneur Suetonius Paulinus à la bataille de Watling Street (probablement en 61 ap. J.-C.). Boudica mourut peu après, probablement par suicide pour éviter la capture. Malgré l’échec militaire final, la révolte de 60-61 reste l’une des plus importantes résistances indigènes contre Rome en Occident, motivée par des griefs réels et des violences intolérables.
Olier Kerdrel
Sources
- Tacite, Annales, livres XIV, 29-39 (récit principal, description du sac et du temple).
- Cassius Dio, Histoire romaine, livre LXII, 1-12 (détails sur Boudica, les motivations et le déroulement).
- Études archéologiques sur Colchester (destructions par incendie datées de 60-61 ap. J.-C., British Museum et Colchester Archaeological Trust).
- Articles de synthèse : Historic UK, English Heritage (site de Colchester), Oxford Classical Dictionary (entrée « Boudica »).
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