Découverte exceptionnelle d’une chambre funéraire celte en Allemagne

Dans les plaines du Danube, près de la petite ville de Riedlingen en Bade-Wurtemberg, au sud-ouest de l’Allemagne, les archéologues ont mis au jour une découverte qui défie le temps : une chambre funéraire en bois datant de l’époque celte précoce, parfaitement préservée après plus de 2 600 ans. Ce site, révélé lors de fouilles archéologiques en 2024, se trouve au cœur d’un tumulus monumental, un monticule funéraire de 65 mètres de diamètre et d’environ 2 mètres de hauteur actuelle – autrefois plus imposant, culminant à plus de 6 mètres. Cette tombe, destinée à un individu de haut rang, offre un aperçu rare sur les pratiques funéraires et la société des Celtes au VIe siècle avant J.-C.

Contrairement à la plupart des sépultures celtiques pillées ou dégradées, celle-ci a survécu grâce à des conditions environnementales uniques, permettant aux scientifiques d’étudier une structure en bois intacte. Cette trouvaille, qualifiée de « coup de chance archéologique » par les experts, enrichit notre compréhension de l’élite celte. Elle met en lumière des rituels sophistiqués, une hiérarchie sociale marquée et des techniques de construction avancées, tout en reliant ce site à d’autres centres celtiques majeurs comme la forteresse de Heuneburg, située à proximité.

Le Contexte Historique des Celtes en Europe Centrale

Les Celtes, un ensemble de peuples indo-européens, émergèrent en Europe centrale vers la fin de l’Âge du Bronze, évoluant vers une culture distincte au début de l’Âge du Fer, connue sous le nom de période de Hallstatt (environ 800-450 av. J.-C.), suivie de La Tène. En Allemagne du Sud et dans les régions environnantes, les Celtes formaient des sociétés hiérarchisées, avec des chefs et une aristocratie guerrière qui contrôlaient le commerce, l’agriculture et l’artisanat. Leurs tumuli « princiers », réservés aux élites, étaient des monuments imposants symbolisant le pouvoir et le statut social.

Ces monticules, souvent dotés de chambres funéraires en bois, abritaient des offrandes riches : chars, armes, bijoux et céramiques. Cependant, la plupart ont été pillés dès l’Antiquité en raison de leur visibilité sur le paysage. Le site de Riedlingen s’inscrit dans cette tradition, datant de la transition entre Hallstatt et La Tène, une ère de prospérité marquée par des échanges avec les civilisations méditerranéennes, comme les Grecs et les Étrusques. À proximité de Heuneburg, une oppidum celte décrite par Hérodote comme « Pyrène », cette région était un hub économique et culturel. Les Celtes y pratiquaient des rites funéraires complexes, incluant inhumations et crémations, reflétant des croyances en l’au-delà et une vénération des ancêtres.

La Découverte du Site

Les fouilles ont débuté en 2023, menées par le Landesamt für Denkmalpflege du Bade-Wurtemberg, sous la direction de l’archéologue Roberto Tarpini. Le tumulus, repéré par des prospections aériennes et géophysiques, a révélé sa chambre funéraire à seulement 70 centimètres sous la surface, une profondeur inhabituelle qui a facilité l’accès mais aussi exposé le site aux intempéries passées.

Les archéologues ont identifié deux tunnels creusés par des pilleurs antiques, entrant par le coin sud-est et endommageant partiellement le plafond. Malgré cela, la structure principale est restée intacte. Une sépulture secondaire, plus superficielle, a été trouvée à la périphérie du monticule, contenant un squelette masculin et des objets personnels. Sous le tumulus, deux urnes céramiques avec des restes crématisés datent d’environ 600 av. J.-C., suggérant une utilisation du site avant la construction principale. Cette découverte est la deuxième chambre funéraire celte bien préservée en Allemagne depuis celle de 1890, qui fut mal documentée et partiellement détruite. Les méthodes modernes, incluant la photogrammétrie et l’analyse 3D, ont permis une excavation précise, évitant les erreurs du passé.

Description de la Chambre Funéraire

La chambre mesure 3,4 mètres de largeur sur 4,05 mètres de longueur, avec des murs d’environ 1 mètre de hauteur composés de planches de chêne massives, imbriquées aux coins pour une stabilité optimale.

Le sol et les murs sont faits de planches épaisses, tandis que le plafond, en deux couches de planches fendues, était soutenu par une poutre centrale transversale et quatre poteaux enfoncés dans le sol. Ce plafond s’est effondré sous le poids de la terre, mais sans altérer l’intégrité globale. Des renforts transversaux au milieu des murs longs renforçaient la structure contre la pression du tumulus.

À l’intérieur, les restes d’un jeune homme de 15-20 ans, mesurant 160-168 cm, ont été trouvés, indiquant une inhumation d’un membre de l’élite juvénile. La conception reflète une ingénierie avancée, avec des bois sélectionnés pour leur durabilité, témoignant du savoir-faire celte en charpenterie.

Datation et Préservation Exceptionnelle

La datation repose sur la dendrochronologie, analysant les cernes des arbres. Un outil en bois, semblable à une massue ou une bêche inachevée, laissé par les constructeurs, a été daté à 585 av. J.-C., fixant la construction de la chambre à cette année précise.

Cette précision est rare pour l’Âge du Fer. La préservation s’explique par les conditions anaérobies du sol, imprégné d’eau souterraine limitant l’oxygène et empêchant la décomposition microbienne. Habituellement, le bois se dégrade en décennies, mais ici, l’humidité a agi comme un conservateur naturel.

Artefacts et Restes Humains

Les pilleurs ont emporté la plupart des biens précieux, mais des clous en bronze décoratifs et en fer, probablement d’un char à quatre roues – un symbole d’élite celte – ont été retrouvés dans les tunnels.

Dans la sépulture secondaire, un homme de 25-35 ans était accompagné de fermoirs en bronze et d’un cristal de roche, possible amulette. Les urnes inférieures contiennent des restes crématisés d’environ 600 av. J.-C. Le squelette principal montre un jeune homme sans signes évidents de violence, suggérant une mort naturelle ou rituelle.

Importance Scientifique et Culturelle

Cette découverte transcende les frontières régionales, offrant un regard sur la hiérarchie celte et ses rituels. Elle permet d’étudier les techniques de construction et les croyances funéraires avec des méthodes modernes, comme l’analyse ADN et isotopique.

Dirk Krausse, archéologue en chef, la qualifie de « coup de chance » pour sa portée scientifique. Comparée à des sites comme Hochdorf ou Glauberg, elle comble des lacunes sur les tombes précoces. Le bois sera conservé et exposé dans un musée, favorisant l’éducation publique sur l’héritage celte.

La chambre de Riedlingen illumine un chapitre obscur de l’histoire celte, rappelant la richesse d’une civilisation oubliée. Elle invite à de futures recherches pour dévoiler plus de secrets enfouis.

Olier Kerdrel

Sources

  • 2,600-year-old Celtic wooden burial chamber of ‘outstanding scientific importance’ uncovered by archaeologists in Germany, 12 novembre 2024.
  • Early Celtic burial chamber from the 6th century BCE discovered in Germany, 23 octobre 2024.
  • Early Celtic wood chamber tomb found preserved, 22 octobre 2024.

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By La rédaction

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