Nous avons eu connaissance d’un « appel » à la constitution d’un « front breton » initié par l’association Bretagne Majeure. Sa lecture mérite l’attention tant les erreurs d’analyse expliquent, justement, l’inutilité d’un tel « front ».
Le texte est victime de la mégalomanie atavique de l’impuissant régionalisme en Bretagne. L’objectif : réformer la France contre elle-même… depuis la Bretagne.
Qu’on en juge :
Pourtant la France n’est riche que dans sa diversité, le respect de ses différences constitutives, le lien équilibré villes/campagnes, toutes questions qui, dans son histoire, ont alimenté les crises politiques de cet État.
Le modèle jacobin dominant est mort.
La France après plus de quatre siècles d’organisation centralisée, doit se reconstruire différemment.
Car c’est bien à un rejet de ce modèle centraliste que nous avons assisté dimanche soir.
Pour les auteurs, la victoire nette d’un parti néo-jacobin, le RN, serait la marque d’un jacobinisme « mort ». Et de ce constat pour le moins cocasse, il faudrait « reconstruire différemment la France »… depuis la Bretagne. Ils ne manquent certainement pas d’ambition, à défaut du sens des réalités politiques.
S’en suit un autre présupposé : cette France ultra-centralisée et bureaucratisée souffrirait de « l’ultra-libéralisme », c’est-à-dire, au sens strict, d’une liberté économique excessive.
C’est bien aussi la mise en cause d’une politique ultra libérale développée par l’Union Européenne et retranscrite par nos gouvernements qui fractionne la société, abandonne les territoires périphériques, oublie le lien commun en abandonnant les services publics élémentaires : santé, école, communications, énergie notamment et spéculations de tout genre.
Rappelons quelques réalités : la France est un état-providence, centralisé et bureaucratique, qui emploie un tiers de fonctionnaires de plus que l’Allemagne fédérale et dont le niveau de prélèvements obligatoires est le deuxième plus élevé d’Europe, à 47%.
Ce n’est pas une crise de « l’ultra-libéralisme », mais du stato-socialisme hexagonal et de sa gabegie à laquelle nous assistons, système sclérosé et surendetté où se mêle fiscalité spoliatrice, corruption, faillite de la bureaucratie, congestion des mécanismes sociaux par l’immigration massive du tiers-monde, éléphant au milieu du salon dont, curieusement, cet « appel » ne parle pas.
Avec un diagnostic aussi grossièrement erroné, résolument marqué par les poncifs de la gauche hexagonale les plus éculés, aucune solution pertinente ne peut être proposée pour la nation bretonne et c’est justement ce que prouve la conclusion de cet « appel ».
Pour cela une union des forces régionalistes doit pouvoir s’opposer aux logiques nationales et européennes qui ne voient en la Bretagne qu’un territoire de villégiature, tout juste bon à accueillir les populations et retraités fuyant les métropoles, de productions primaires à bas prix et de place stratégique sur un plan militaire.
Affirmons notre différence au sein d’une République refondée accordant à ces entités constitutives autonomie et respect.
En premier lieu, la Bretagne, Breizh, n’est pas une « région », mais une nation. Affirmer qu’elle n’est qu’une subdivision de l’Hexagone revient à ignorer les causes mêmes de la présente situation, celle de la sujétion des Bretons à un état étranger, foncièrement hostile à leurs intérêts nationaux depuis l’annexion totale de notre pays en 1789. Aucune alternative ne peut être proposée sans partir de cette réalité historique et politique.
Ensuite, il n’existe pas de « forces régionalistes » et il ne pourrait en être autrement puisque le régionalisme n’est pas une force, mais l’aveu de faiblesse d’une nation qui a honte de s’affirmer, caractéristique du « régionalisme breton » depuis qu’il existe. C’est parce que la Bretagne, Breizh, n’est qu’une « région » qu’elle est traitée comme tel par l’État français. C’est en éveillant la fierté nationale des Bretons qu’ils prendront conscience de leurs droits nationaux et, partant, voudront une alternative globale pour leur pays en opposition aux diktats de Paris.
Enfin, un appel illusoire à « refonder » la république de Robespierre, Marat, Danton, Saint-Just, Barrère convient peut-être à des Français, mais pas à des Bretons dont la lutte pour la liberté a été entamée contre elle, dès 1789, par leurs parlementaires nationaux, dont René-Jean de Botherel du Plessis. C’est une négation de leur histoire comme de leurs droits de nation.
Comme on le voit, un tel « front » n’a rien de breton, mais tout de français, et même de républicain, expression des contradictions internes de la Bretagne intégrée dans l’État français et sa société.
Le seul front breton qui existe est déjà connu : le Parti National Breton. Lui seul pose la question de l’indépendance nationale de la Bretagne dans son cadre politique et historique, sans faux semblants. La république française agonise, notre tâche, à nous patriotes bretons, n’est pas de la guérir, encore moins de nous perdre en lubies réformatrices, mais de l’achever en Bretagne et de restaurer notre état national, indépendant, à égalité avec les autres nations d’Europe. C’est cet appel au courage et à la cohérence que nous lançons aux Bretons.
Budig Gourmaeon
Recevez notre newsletter par e-mail !
