À Lamballe, les parents élèves de l’établissement public Mathurin-Méheut ont eu la surprise de découvrir que l’État français avait désigné un professeur incapable de parler breton pour prendre en charge la troisième classe bilingue, arrachée à l’État français par une forte mobilisation. À Guingamp, une classe bilingue a été fermée à la rentrée en dépit de l’opposition des familles.
Dans le même temps, Diwan annonçait être en difficulté financière avec un manque de 500,000 euros pour assurer son fonctionnement.
Face à la pression de l’État français, Diwan a besoin de 500 000 € pour financer l’année
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— Stourm! (@Stourm39280) September 6, 2024
Ces récents développements reflètent non seulement la précarité de l’enseignement de la langue bretonne, mais surtout le sabotage tantôt actif, tantôt passif que poursuit l’État français contre la langue nationale.
Un retard colossal
La Bretagne accuse un grave retard dans la structuration de l’enseignement de la langue bretonne. Au Pays de Galles, l’enseignement du gallois en deuxième langue est obligatoire de 5 à 16 ans. Approximativement 100,000 élèves reçoivent un enseignement en gallois (25%) et on dénombre 400 écoles primaires par immersion (sur un peu plus de 1,200) qui accueillent 63,000 enfants. Dans l’enseignement secondaire (collèges et lycées), 15% des élèves gallois (37,000) reçoivent un enseignement par immersion tandis que 10% reçoivent un enseignement bilingue.
Une opposition idéologique irréductible
Comparativement, Diwan, qui pratique l’immersion, accueille 4,000 élèves et maintient 46 écoles primaires, 6 collèges et 2 lycées dans un environnement institutionnel hostile car dominé par le ministère français de l’Éducation nationale. Il ne s’agit pas d’une erreur, mais d’une opposition frontale entre un peuple, le peuple breton, et un système idéologique et étatique vieux de 235 ans. Le ministère de l’Éducation français, matrice idéologique du système républicain depuis Jules Ferry, poursuit en toute conscience une révolution culturelle censée accoucher d’un homme nouveau, coupée de son passé et de ses racines ethno-culturelles, qui passe par l’éradication de la langue bretonne en Bretagne.
Le régime français est parfaitement conscient de l’enjeu historique, puisqu’en 2021 Michel Blanquer, ancien ministre de l’Éducation Nationale et robespierriste orthodoxe, a fait déclarer inconstitutionnel l’enseignement par immersion dont Diwan, à l’image du système gallois, est l’organisateur dans le cadre de ses écoles sous contrat avec l’État français.
La dépolitisation, une erreur fatale
Jusqu’ici, la césure qui prévaut entre le front politique et le front culturel, notamment linguistique, a généré une approche désordonnée de la question de l’enseignement de la langue bretonne. C’est le résultat de la dépolitisation du combat linguistique, de sa séparation radicale d’avec la question nationale bretonne. Cette dépolitisation est le résultat de l’intériorisation du fait colonial français en Bretagne par le mouvement en faveur de la langue bretonne.
Sans cohésion idéologique d’ensemble, des revendications parcellaires sont portées par des individus et non par un mouvement organisé conscient de la confrontation fondamentale entre la nation bretonne et l’État français. La loi Molac, sanctionnée par le conseil constitutionnel français, illustre les limites de cette méthode opportuniste des « petits pas » dans le cadre de l’État français.
Pas de salut pour la langue bretonne sans l’État breton
Il ne peut pas y avoir de salut pour la langue nationale sans conception nationale de la langue. Une conception nationale est indissociable d’un état national, donc de la lutte pour la restauration de l’État breton. Or, aujourd’hui, nous en sommes encore au stade colonial comme l’illustre le terme « langues régionales », expression qui rappelle le rang des brittophones dans la hiérarchie politique arbitrairement décrétée par Paris. Il n’y a pas de langues « régionales », il n’y a que des langues. Tant que ce cadre colonial prévaut dans les esprits en Bretagne, la question linguistique ne pourra pas être posée dans son véritable cadre historique, celui de la volonté de l’État français de détruire le peuple breton comme nation, et ne trouvera en conséquence aucune réponse de nature à changer la dynamique actuelle.
C’est donc bien dans le domaine politique que se trouve la réponse à la question linguistique et non dans le domaine linguistique lui-même, contrairement à ce qu’entretiennent par naïveté ou lâcheté un bien trop grand nombre de Bretons. La réponse à cette question procède de l’émancipation de la nation bretonne et dépend concrètement de l’instrument de cette émancipation : l’État breton. C’est l’État breton et seulement lui qui mènera une politique linguistique à la hauteur de la langue bretonne comme langue nationale en rendant son enseignement obligatoire, à l’instar du Pays de Galles, et en investissant massivement dans un système d’enseignement public qui le place au centre de son architecture.
La langue bretonne ne pourra jamais vivre comme passager clandestin en Bretagne. C’est une illusion. Pour en finir avec la présente situation, il faut un front politique qui exprime l’enjeu national en termes clairs, se portant au devant des électeurs bretons sans faux semblants, dans une authentique démarche nationaliste. C’est toute la différence qu’il y a entre la mendicité plaintive et la lutte pour la liberté.
Ewen Broc’han
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