Quatre mois après le début de sa campagne de pacification coloniale en Kanaky, l’État français fait toujours face à la détermination de la population kanak. Dans un article publié par la presse loyaliste locale, on apprend que, parmi les scénarios à l’étude, l’armée française planifie un assaut contre la tribu de Saint-Louis afin de la soumettre et d’en déporter la population de la position stratégique qu’elle occupe.
« Lors des conflits, il n’est pas rare que des populations soient déplacées et ce afin d’assurer la sécurité du plus grand nombre. Car si 1420 personnes se disent appartenir à la tribu de St-Louis, elles ne sont en vérité que 800 à y vivre quotidiennement (la tribu ne comprenant, selon l’ISEE, qu’un peu plus de 400 ménages répartis dans 409 habitations). Reste qu’une telle opération nécessitera des moyens militaires conséquents et un coût en vie humaine important. Pour l’heure, l’Etat-major Français estime à 40 le nombre de morts causées par une reconquête militaire de la tribu (soit entre 20 et 60 morts, dont 80% de personnes originaires de la tribu et parmi elles la totalité des 35 individus déjà identifiés comme armés et dangereux. Les pertes chez les forces de l’ordre sont, elles, estimées à 10 à 20% soit une demi-douzaine de victimes) Si cette solution apparait comme la plus violente et la plus chère humainement, elle est aussi la plus économe pour les finances publiques puisqu’une balle coute beaucoup moins chère qu’un kilomètre de tunnel. Reste que, politiquement, comme lors de l’opération Victor à Ouvéa, seul le Président de la République peut prendre cette décision et en endosser la responsabilité ».
La déportation de populations civiles en lutte pour leur libération nationale n’ira pas sans retombées internationales. Qu’il s’agisse de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, des nations du Pacifique ou de la Chine, des mesures aussi brutales, en plus d’être illégales au regard du droit international, susciteront de vives réactions avec un coût politique très sérieux pour la France. Il reste que le parti colonial est aujourd’hui soutenu à outrance par Paris et que l’armée française, nostalgique de ses menées impérialistes du 20ème siècle, converge avec les colons pour mener une démonstration de force qui a tous les aspects d’un aveu de faiblesse.
Nous le voyons à nouveau, la France, comme état, est consubstantiellement impérialiste et ne cède que par la force.
Ewen Broc’han
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