Emsav : 14 septembre 1899, naissance de l’écrivain Youenn Drezen

EMSAV – Le 14 septembre 1899 Youenn Drezen, « plus grand prosateur en langue bretonne du XXe siècle » (Larousse) naît à Pont l’Abbé.

Il naît dans une famille modeste, son père est couvreur. Sa langue maternelle est le breton. Entre 1906 et 1911, il fréquente l’école Saint-Gabriel à Pont-l’Abbé. Son père décède en 1911, laissant huit enfants à élever par sa jeune veuve. Remarqué par les pères missionnaires du Sacré-Cœur de Picpus, il part pour leur collège de Hondarribia (Fontarrabie) au Pays basque espagnol. En septembre 1916 il rejoint le séminaire de Miranda de Ebro en Castille où il se lie d’amitié avec Jakez Riou et Jakez Kerrien.

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Jakez Derrien

Tout en menant des études théologiques, littéraires et scientifiques, ces exilés redécouvrent la langue bretonne à l’instigation du Père Müller, le supérieur du couvent, qui les prépare ainsi à la prédication dans leur milieu d’origine. Persuadé de n’avoir pas la vocation missionnaire, Drezen revient en Bretagne en 1917 (ultérieurement, sa nouvelle Sizhun ar Breur Arturo évoquera de façon romancée son renoncement à la vocation6). Employé chez un marchand de vin du Guilvinec, il se réapproprie sa langue maternelle.

Breiz Atao

En 1920, il rencontre, à l’occasion de son service militaire à Rennes dans le 505e régiment de chars, les jeunes responsables de l’Union de la Jeunesse Bretonne (Unvaniez Yaouankiz Breiz). Ce groupe régionaliste dirigé par Morvan Marchal (20 ans) devient clairement nationaliste quand le tandem Olier Mordrel et Fransez Debeauvais lui succède en 1922. Drezen adhère au groupe autonomiste. Rentré à Pont-l’Abbé au printemps 1922, il devient photographe au studio Pierre. Il s’investit dans une coopérative pour diffuser les livres catholiques en breton, Emgleo sant Ildut, (Entente de Saint Ildut).

Journaliste

Sa carrière de journaliste débute en 1924, il entre à la rédaction brestoise de l’hebdomadaire bilingue Le Courrier du Finistère. Le rédacteur en chef Corentin le Nours lui fait clairement comprendre qu’il lui faut prendre des distances avec le mouvement autonomiste. Son ami Jakez Riou le rejoignit en 1928 où ils firent tandem dans la rédaction des articles en breton. L’essentiel de ces articles relate les grands évènements de la vie religieuse dans le Finistère. Drezen cependant signe plusieurs articles sur la vie internationale. États-Unis, Pologne, Allemagne, Russie où il dénonce les massacres des paysans par Staline. En 1931, congédié, il passe à la presse quotidienne en rejoignant la rédaction de Vannes de l’Ouest-Journal, journal républicain qui venait d’être créé pour concurrencer L’Ouest-Éclair. Correspondant local du journal, Il écrit uniquement en français sur des sujets très divers. Le Journal arrête sa publication en novembre 1936. Youenn Drezen est licencié et se consacre à l’écriture en breton.

Parallèlement, il donne des traductions et des textes littéraires à Gwalarn, l’emblématique revue littéraire bretonnante fondée par Roparz Hemon dont le premier numéro paraît en mars 1925 et dont il fut un collaborateur fidèle pendant près de vingt ans. Dans les années 1930, il diversifie ses collaborations littéraires : il publie dans La Bretagne Fédérale, dans Ar Falz, dans SAV, trois périodiques de gauche. Il marque sa solidarité avec les Républicains espagnols en traduisant Iru Gudari de l’écrivain basque Manuel de la Sota.

L’Heure bretonne

Démobilisé en 1940, Youenn Drezen, ardent patriote breton, écrit des chroniques littéraires ou politiques dans le journal du Parti National Breton, L’Heure Bretonne, que l’on peut se procurer auprès du Kuzul ar Brezhoneg ou, en ligne, sur Amazon.

Il écrit également dans La Bretagne (Yann Fouéré) et dans Arvor, hebdomadaire qu’il dirige en 1943-1944. Il crée plusieurs pièces radiophoniques comiques pour la radio bilingue Radio Rennes-Bretagne.

Après la guerre, il tient un café à Nantes. Il revient au journalisme en 1961 à Lorient au quotidien La Liberté du Morbihan. Retraité en 1964, il décède le 15 février 1972. Il repose au cimetière de Pont-l’Abbé.

Écrivain

L’œuvre littéraire de Youenn Drezen est marquée par plusieurs étapes. Dès 1921, il écrit : « J’ai dans l’idée de devenir un écrivain dans ma langue nationale ». Il s’exerce dans un premier temps à la traduction : il publie une nouvelle de l’Américain Hawthorne dans le premier numéro de Gwalarn, une revue créée en 1925 qui veut ouvrir la littérature bretonne sur le monde. Il traduit ensuite l’Irlandais Synge, le Grec Eschyle, la Britannique B.Potter, l’Espagnol Calderón, le Néerlandais G.T. Rotman (nl), le Juif-Yougoslave Isak Samokovlija, le basque Manuel de la Sota.

C’est en 1932 qu’il publie ses premières œuvres. Un long poème Kan da Gornog (Chant à l’occident), qui raconte l’épopée d’un guerrier celte antique et surtout An Dour en-dro d’an inizi (L’eau autour des îles), une histoire d’amour dans le golfe du Morbihan ou pour la première fois est abordé le thème des relations charnelles entre garçon et fille, ce qui est une révolution dans les lettres bretonnes qui se démarquent ainsi du poids de l’Église.

En 1936, il publie le premier chapitre de son roman social Itron Varia Garmez (Notre Dame des Carmes) qui paraitra en 1941. Sur fond des gréves des années 1930 à Pont l’Abbé, il raconte la soif d’absolu d’un jeune sculpteur qui veut créer son œuvre maitresse, une statue dédiée à la Sainte patronne du lieu.

La publication du roman Itron Varia Garmez est retardée par le décès de Jakez Riou, véritable frère de Drezen en littérature. Il lui consacre un numéro entier de Gwalarn et un long poème Nosvezh arkuz war beg an enezenn (Nuit de veille à la pointe de l’île).

En 1947 il publie cinq pièces de théâtre créées pour la radio pendant la guerre sous le titre Youenn vras hag e leue et il signe une nouvelle considérée comme son chef-d’œuvre Sizhun ar Breur Arturo (La semaine du frère Arthur)24 où il raconte les émois d’un jeune moine qui perd sa vocation à la vue d’une jeune femme qui vient prier dans la chapelle dont il a la charge.

Youenn Drezen termine son cycle littéraire par l’édition de Skol Louarn Veig Trebern (L’école buissonnière de Veig Trebern) en 1972, l’année de sa disparition. Ce dernier roman est comparé par sa verve et sa truculence aux aventures de Tom Sawyer. Préfacé par Pierre-Jakez Hélias, il est publié en français sous le titre L’école du Renard en 1986.

Figure nationale combattue par les ennemis de la Bretagne

Sépulture de Youenn Drezen à Pont l’Abbé

Reconnu en Bretagne comme un de ses écrivains majeurs, Youenn Drezen compte des rues à son nom, comme à Rennes. En 2020, la rue portant le nom de Youenn Drezen à Pont l’Abbé est débaptisée au terme d’une cabale fomentée par une poignée de trotskistes français avec l’aide du maire loyaliste de Pont l’Abbé, Doaré.  Il en va de même en 2022 à Saint-Jean-Trollimon, près de Pont l’Abbé, dans les mêmes conditions. L’Emsav proteste avec énergie et s’engage à y remédier en temps et en heure, afin de donner une visibilité renouvelée à l’écrivain breton dans la capitale du Pays bigouden. Désormais très âgée et sans relève, l’opposition rouge ne pourra plus guère nuire à la cause nationale, ni à ses figures. Ce zèle épurateur, à 80 ans de distance, a tous les aspects du chant du cygne pour le résistantialisme.

Olwen Kerdrel

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By La rédaction

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