En Bretagne, il n’est pas peu dire que les fédéralistes ont contribué à ralentir l’émergence de la conscience nationale bretonne. Si aujourd’hui ce courant n’a plus guère d’existence, ni d’activité, il refait de temps à autre surface avec l’éternelle position consistant à ménager la chèvre et le chou propre à ce courant. L’Association des Fédéralistes Bretons vient de publier un manifeste qui mérite à ce titre une critique.
Les fédéralistes de Bretagne aiment à se poser en « réalistes » par opposition aux nationalistes bretons dont l’engagement pour l’État breton serait la preuve d’un sérieux manque de sens politique. Ainsi, au nom de ce sage « réalisme », les fédéralistes bretons, comme les autonomistes du reste, se donnent pour objectif plus mesuré de réformer la France du sol au plafond – depuis Brest ou Rennes – sans se soucier de ce que les Français en pensent. Il n’effleure jamais l’esprit de ces fédéralistes que les Français, dans leur immense majorité, refusent avec véhémence toute atteinte à l’architecture de l’État moderne français hérité de Louis XIV, de Robespierre et de Bonaparte.
On peut ainsi lire dans ledit manifeste que « les Bretons décident d’être à la pointe d’une union des autres peuples et territoires qui partout sur l’hexagone s’engagent pour une République refondée d’inspiration fédéraliste ». « Peuple » et « territoire » sont deux choses distinctes que l’on ne saurait amalgamer au risque de réduire les droits des nations de l’Hexagone à une question de pure administration d’ordre géographique. Nous voyons ici l’implicite du fédéralisme en Bretagne : réduire la Bretagne à une « région » et tenter de faire passer la nationalité bretonne en contrebande sous couvert de « réformer » la France. C’est une grave faute morale et politique que de ne pas affirmer notre nationalité. C’est l’enchâsser dans le statu quo de la francisation. Faire respecter la Bretagne comme une nation d’Europe à part entière est la pré-condition à toute changement radical de l’ordre existant.
Nous relevons ici et là dans ce manifeste quelques propositions qui, prises en elles-mêmes, pourraient avoir une utilité de court ou moyen terme. Le principe de la souveraineté de la Bretagne quant à la collecte de l’impôt est certainement une mesure essentielle dans le cadre de l’accession progressive à l’indépendance. La souveraineté en matière linguistique et culturelle également. La suppression des préfets et des départements au profit du Conseil « régional » de Bretagne contribuerait à renforcer le poids politique de la nation bretonne face à l’État français. Ces revendications figurent d’ailleurs toutes dans le programme intermédiaire du Parti National Breton.
Mais les nationalistes ne croient pas aux demi-causes, ni aux demi-mesures. Si la nation bretonne existe, elle a des droits nationaux. Dès lors, elle doit lutter pour ces droits sans se soucier de ce que les Français en pensent et encore moins en alimentant cette illusion qu’est la « refondation » miraculeuse d’un vieil état impérialiste comme l’État français. L’État français est irréformable car sa nature et sa légitimité historique procèdent d’une idéologie absolue, l’égalitarisme révolutionnaire hérité de la Convention de 1793. Si bien sûr le pragmatisme impose une lutte pied à pied pour arracher une reconnaissance concrète de nos droits, il ne faut pas réduire la cause de la nation bretonne avec le réformisme. La nation bretonne se suffit à elle-même et elle ne peut pas se subordonner à une idée comme le fédéralisme qui n’est qu’une technique d’administration, voire une philosophie politique, et non pas une réalité vivante, à la différence d’une nation.
Le 21e siècle pour la Bretagne est le siècle de l’État, mais pas de l’étatisme. Les Bretons doivent opérer le saut historique dont la France les a privés au 16e siècle en annexant notre pays. Ce saut implique d’avoir une conscience claire de ce que nous sommes, une nation, et de ne pas tergiverser quant à ce qui nous revient : la liberté nationale et son instrument, l’État. Les personnes qui croient au pragmatisme verront que la marche vers l’indépendance par l’État breton telle que proposée par le Parti National Breton est la seule possible, la seule réaliste. Une marche qui associe notre droit inaliénable à l’autodétermination avec un programme progressif d’accession à l’indépendance en passant par l’autonomie.
Ewen Broch’an
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