Quel sentiment d’exaspération en lisant la réaction d’Isabelle Le Callennec, cité par Le Télégramme, qui dénonce le « double discours » d’Emmanuel Macron après son à l’Académie française dans lequel il affirme :
« Notre nation a été constituée par l’État et par la langue… elle a été la fabrique d’une Nation qui, sinon, s’échappait entre ses langues vernaculaires, ses patois, ses différentes langues régionales qui, pour nombre d’entre elles, existent encore mais qui étaient un instrument, au fond, de division de la Nation. À travers votre rôle, votre travail, notre langue, c’est bien l’unité du pays et la création de la Nation qui était à l’œuvre. »
Il n’y a aucun « double discours » de la part de M. Macron. Celui-ci s’inscrit dans la longue tradition centralisatrice de l’État français. Ce que Macron dit, ce n’est pas nouveau : c’est la continuité d’une politique qui cherche depuis des siècles à éradiquer les langues et cultures des peuples soumis à l’administration du gouvernement de Paris sous prétexte d’unité nationale.
Ce n’est pas Macron en tant que personne qui est à blâmer ici, mais bien l’État qu’il incarne, celui qui, depuis 1789, n’a cessé de nier la diversité culturelle et linguistique au sein de ses frontières agrandies par la force des armes. La Bretagne, comme tant d’autres nations, a été victime de cette machine impérialiste et centralisatrice qui a imposé une langue unique, écrasé les langues et marginalisé des nationalités. Macron, dans son discours, ne fait que réaffirmer cette idéologie expansionniste.
Ce qui est particulièrement ironique, c’est que les mêmes politiciens qui dénoncent aujourd’hui ces propos, comme Isabelle Le Callennec, ont eux-mêmes servi et continuent de servir cet État qui détruit cultures et nationalités et le revendique. La droite loyaliste au pouvoir à Rennes, à laquelle Madame Le Callennec appartient, a toujours été complice de cette politique. Ce « double discours » qu’elle reproche à Macron, elle en est elle-même le parfait exemple : critiquer superficiellement le président de l’État français, mais rester loyale à cet État qui perpétue la politique de destruction ethnique et linguistique.
L’État français ne veut pas sauver les langues qu’il détruit depuis que le conventionnel Grégoire a fixé la ligne en la matière. La censure récente de la loi Molac par le Conseil constitutionnel l’a prouvé. Les associations qui luttent pour préserver ces langues n’ont que peu de soutien. Pendant ce temps, le nombre de locuteurs du breton diminue dramatiquement. La survie de cette langue et des autres langues repose uniquement sur des efforts et des initiatives privés, souvent contre les politiques de l’État français. Et tant que l’État français administrera la Bretagne en puissance occupée, avec ou sans Macron, nous perdrons une part essentielle de notre patrimoine collectif.
Konomor Penhouët
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