Breizh n’a pas de frontières, elle n’a qu’un front ! (Éditorial)

La Bretagne historique est une notion qui est généralement opposée à la Bretagne « administrative » actuelle composée de ses quatre départements. Elle intègre en plus de la « Bretagne administrative » le département de Loire-Atlantique et sa capitale, Naoned. Cette expression est pourtant insatisfaisante : les frontières de la Bretagne ont bougé à travers l’histoire, si bien que l’essence de la Bretagne ne saurait être cantonnée à une frontière fixe.

L’Emsav, une conception dynamique de la Bretagne

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La conception fondamentale de la Bretagne que développe l’Emsav ne saurait être figée sans trahir l’impulsion qui est à l’origine de la formation de l’État breton. Dès le départ, Breizh est le fruit d’un effort de libération des territoires et populations celtiques, bretonnes et continentales, sous la direction de l’élite guerrière bretonne.  Lorsqu’elle est finalement unifiée politiquement par Nominoë puis Erispoë au 9e siècle, la Bretagne entreprend immédiatement une poussée vers l’Est afin de libérer les territoires qui sont encore sous le joug des barbares francs. Les succès fulgurants des rois bretons aboutissent à la libération des pays rennais et nantais, puis à la pénétration en profondeur en Anjou, en Vendée, et dans l’actuelle Normandie alors menacée par les barbares scandinaves.

L’Emsav ne doit pas raisonner en termes aussi limitatifs que ceux développés par le régionalisme à propos de la « réunification ». Si celle-ci est nécessaire, l’Emsav doit conserver la dynamique de civilisation celtique que la Bretagne porte depuis 15 siècles et dont les Bretons sont les bâtisseurs. Concrètement, nous devons regarder bien au delà des frontières actuellement admises par la vulgate provincialiste et penser Breizh comme force de réorganisation et de renaissance des territoires celtiques qui avoisinent notre péninsule.

Une politique de puissance

À cette quête de puissance régénératrice doit correspondre une politique. Il est essentiel pour la Bretagne de renouer avec une des parties constitutives de la grande nation brittonique qu’est la Cornouailles de Grande-Bretagne actuelle. Les Bretons doivent à nouveau exercer leur souveraineté sur les deux rives de la Manche (Mor Breizh), voie maritime majeure d’Europe. Cette légitime nécessité débouche naturellement sur le développement de relations étroites avec les nationalistes cornouaillais afin de raviver la mémoire nationale commune, prélude à une politique stratégique coordonnée ultérieure.

Ceci est un exemple de la façon dont nous devons conserver le rapport fondamental à notre espace géographique et politique qu’en avaient les rois de Bretagne. Nous devons raisonner en terme d’expansion de notre culture, par opposition à une conception exclusivement défensive qui ne saurait susciter l’attrait des masses bretonnes. Une telle approche, marquée par l’admission d’une faiblesse fondamentale, ne confère pas le prestige indispensable à la force d’une culture. Si les Bretons acceptent la francisation, ce n’est pas seulement par habitude, mais aussi par la force d’attraction globale de l’État français et de sa politique de domination. Une politique de domination identique doit lui être opposée. À travers l’histoire, les cultures dynamiques sont expansionnistes et renforcent par là-même leur propre coeur. La vue des frontières atteintes par le royaume de Bretagne au 10e siècle remplit les Bretons d’un sentiment de puissance endormi qui leur fait cruellement défaut d’ordinaire.

Renaissance culturelle et prestige

La langue bretonne, bien que concentrée en Bretagne occidentale à notre époque, a autrefois couvert une bien plus grande partie du territoire, avant de reculer sous l’effet de l’occupation française. Aujourd’hui, des Bretons promeuvent son enseignement à Roazhon ou Naoned. Demain, le breton doit être enseigné au delà de ces frontières comme vecteur de l’éveil celtique des populations de souche celtique qui vivent à nos marches. Cela s’inscrit non seulement dans la dynamique historique que poursuivaient les monarques bretons, mais impulse également l’indispensable influence que l’État breton doit rechercher dans ses périphéries pour se renforcer.

L’élargissement des frontières donnerait à la Bretagne et à son état une assise économique et géographique renforcée. En incluant Naoned, la Bretagne retrouverait déjà son principal port, essentiel pour son développement économique et commercial. Par une relation stratégique avec la Cornouailles, celle-ci offrirait un accès aux peuples celtiques des îles britanniques dont la Bretagne est le flan continental. En structurant ses marches (Cotentin, Anjou, Vendée) grâce à diverses initiatives, tant économiques que culturelles, la Bretagne formerait un glacis protecteur et une zone où sa culture pourrait s’enraciner.

L’expansion de la Bretagne dans sa zone d’influence maximale redonnerait le sentiment de son rôle historique à notre peuple dont les traditions et les droits ont été effacés ou marginalisés par la France. Dans la lutte entre les peuples et les cultures pour la survie qui demeure la règle, le fort doit constamment affirmer son influence. Pour Breizh, survivre passe par une volonté de domination affirmée et une rupture avec l’attitude prostrée qui l’a trop longtemps paralysée.

Ewen Broc’han

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By La rédaction

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