Samedi, le parvis de la gare de Guingamp a résonné des cris de plus de 1300 personnes venues manifester pour l’accès aux soins dans le Trégor. La crise dans le système de santé breton reflète une politique centralisatrice dictée par Paris et le gouvernement français qui privilégie de plus en plus les économies d’échelle et les grandes agglomérations, au détriment des services locaux et ruraux. La fermeture ou la réduction des services dans des hôpitaux comme ceux de Guingamp, Lannion, et Carhaix témoigne d’une gestion qui ignore délibérément les besoins spécifiques des populations rurales de Bretagne.
La réduction des budgets alloués à la santé, ou leur mauvaise répartition, entraîne une baisse du personnel médical disponible, aggravée par des conditions de travail souvent difficiles dans les zones rurales, ce qui décourage les professionnels de la santé de s’y installer. Ajoutant l’insulte à l’injure, les reports de rendez-vous ministériels, comme celui mentionné pour Carhaix, montrent un mépris et un désengagement assumés qui laisse les populations sans solutions immédiates.
Un système de santé breton autonome
La crise est profonde, systémique, sur fond de défaillance de l’État français. Pour changer de paradigme, la Bretagne doit disposer d’un gouvernement autonome en mesure de gérer son propre budget de santé, en fonction des besoins spécifiques de ses habitants. C’est seulement ainsi qu’elle pourra penser sa stratégie de soins sur l’ensemble du territoire breton et réallouer les fonds vers les zones où ils sont le plus nécessaires.
Éducation et formation
Dans le domaine de l’éducation et de la formation médicale, les facultés de médecine de Brest, Rennes et Nantes devraient créer des antennes de formation dans plusieurs villes bretonnes pour fixer et former les étudiants localement. Il s’agirait de couvrir non seulement les premières années mais aussi des stages cliniques avancés ainsi que des formations complètes en médecine générale, en particulier, focalisée sur les besoins spécifiques des communautés rurales.
Incitations à l’Installation
Plutôt que des primes, le gouvernement autonome devrait proposer des avantages comme des logements à loyer modéré ou un mécanisme d’accession à la propriété préférentiel, des crèches pour les enfants des professionnels de santé, et des services pour faciliter l’installation des familles (emplois pour les conjoints, éducation pour les enfants).
Il faudrait également revenir à un système d’internat pour encourager les jeunes médecins à s’installer près des zones où ils ont été formés, évitant ainsi la concentration dans les grandes agglomérations.
Fiscalité et Conditions de Travail
Pour attirer les médecins généralistes ou spécialistes dans les zones sous tension, il faudrait drastiquement réduire ou supprimer les cotisations sociales et la CSG (Contribution sociale généralisée). Cette mesure pourrait s’appliquer tant qu’ils restent dans ces zones.
Pour l’Infrastructure Médicale, le gouvernement autonome breton devrait offrir un crédit d’impôt pour chaque euro investi dans l’infrastructure médicale locale (achat de matériel, rénovation ou construction de cabinet). Par exemple, un crédit d’impôt de 50% sur tous les investissements jusqu’à un plafond élevé.
Une exonération de taxe foncière et taxe d’habitation permettrait aux médecins de s’installer plus facilement dans des zones rurales.
De telles incitations devraient s’étendre aux conjoints des médecins. Par exemple en leur offrant des avantages fiscaux supplémentaires, comme des réductions d’impôts sur les salaires.
Il serait également souhaitable d’exonérer les actes médicaux réalisés en zone rurale de la TVA, ce qui pourrait rendre les pratiques en zones rurales financièrement plus attrayantes et d’offrir des crédits d’impôt pour les dépenses en formation continue, afin d’inciter les médecins à maintenir et à améliorer leurs compétences tout en travaillant dans des zones rurales.
La prise en charge des frais de déplacement doit figurer parmi les mesures incitatives avec des déductions fiscales importantes dans le cadre de l’exercice médical, y compris les visites à domicile, les déplacements pour des formations ou des réunions professionnelles.
Les médecins travaillant dans des maisons de santé ou des structures de soins coordonnées en zones rurales pourraient bénéficier de taux d’imposition réduits sur les revenus générés par ces structures, encourageant ainsi le travail en équipe.
Télémédecine
Le gouvernement breton devrait aussi développer et financer des infrastructures de télémédecine, non seulement comme solution temporaire mais comme un élément permanent du système de santé breton, en s’assurant d’inclure les zones rurales et isolées.
Délégation
Enfin, il faudrait permettre aux pharmaciens, infirmiers, et autres professionnels paramédicales d’assumer davantage de responsabilités médicales sous supervision, améliorant ainsi la couverture de soins primaires.
La Bretagne autonome doit prouver qu’elle peut être une alternative à l’État français et poser ainsi les bases d’un processus d’indépendance plein et entier. La crise de la santé est un des domaines où elle devrait agir. Un tel programme viserait à transformer la démographie médicale par des stratégies locales adaptées, en mettant l’accent sur l’éducation, l’incitation et l’innovation dans l’organisation des soins. Avec une approche holistique et nationale, la Bretagne peut non seulement résoudre ses problèmes actuels de déserts médicaux mais aussi devenir un modèle d’accès aux soins pour d’autres régions aspirant à l’autonomie ou à l’indépendance.
Yann ar Gall
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