La Bretagne, sous la direction du duc François II, était en lutte constante pour maintenir son indépendance face à l’appétit expansionniste du royaume de France. Après la défaite des forces bretonnes à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier le 28 juillet 1488, la situation de la Bretagne devenait critique, avec le jeune duc François II mourant peu après, laissant le duché en proie à l’incertitude.
À la mort de François II, le 9 septembre 1488, quelques jours seulement après sa défaite, s’ouvre une nouvelle période de crise qui mène à une dernière guerre franco-bretonne – le duc, sur son lit de mort, ayant fait promettre à sa fille de ne jamais consentir à l’assujettissement à son voisin le royaume de France, et au roi son ennemi. Avant de mourir, François II a nommé le maréchal de Rieux tuteur de sa fille, avec pour mission de la marier.
Le roi de France réclame la tutelle d’Anne et d’Isabeau, qui lui est refusée par Jean de Rieux, si bien que Charles VIII entre officiellement en guerre contre le duché de Bretagne le 7 janvier 1489. Le 7 février 1489, Anne est attendue par la population rennaise, elle va alors habiter sur la rive droite de la Vilaine, face au manoir de la Salle verte. Le soir du 9 février, en costume de grande duchesse, à la lueur des flambeaux, elle se rend jusqu’aux portes Mordelaises où le pont-levis est levé. Anne est alors seule face à la fosse et prononce le serment des ducs : « Maintenir les privilèges, libertés et immunités de l’église, de la noblesse et du peuple de Bretagne ». S’ensuit une immense clameur de la foule, suivie du bruit des chaînes qui retenaient jusqu’à présent le pont-levis, alors en train de descendre. Anne d’un pas ferme monte vers la cathédrale Saint-Pierre qui se trouve en face d’elle. Comme le veut la tradition, le nouveau duc ou la nouvelle duchesse doit y passer la dernière nuit avant son couronnement en prière.
Mardi 10 février 1489, c’est le grand jour, les cloches sonnent à toute volée, la foule est là pour l’acclamer. Anne entre dans la cathédrale où bientôt elle prête serment. A 12 ans et 16 jours, Anne devient Duchesse de Bretagne, « souveraine de la terre et de la mer, maîtresse du sol et des gens, sur l’étendue du Duché aux neuf évêchés ». Le parti breton s’empresse alors, le 15 février 1489, de proclamer Anne duchesse souveraine légitime de Bretagne. Le 4 janvier 1490, la duchesse publie que seront reconnus coupables du crime de lèse-majesté ceux de ses sujets qui la trahiraient et qui rallieraient le camp du roi de France.
Le 15 février 1489, Anne est officiellement reconnue comme Duchesse de Bretagne. Cependant, sa jeunesse et son sexe dans un monde dominé par les hommes rendaient sa position particulièrement fragile. Le parti national oeuvre à la création d’un large front contre les tentatives d’annexion françaises. Cette grande manoeuvre diplomatique aboutit à l’alliance britto-autrichienne qui est scellée dans la cathédrale de Rennes le 19 décembre 1490. Anne épouse en premières noces et par procuration le roi des Romains, Maximilien Ier, veuf de Marie de Bourgogne, héritier de la couronne impériale. Ce faisant, elle devient reine, conformément à la politique de son père.
Ewen Broc’han
Recevez notre newsletter par e-mail !
