19 février 1602 : mort du Duc de Penthièvre, restaurateur du duché indépendant de Bretagne (1589-1598)

Le 19 février 1602, Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur et de Penthièvre, meurt à Nuremberg. Le 12 juillet 1576, le mariage du duc avec Marie de Luxembourg, duchesse d’Étampes et de Penthièvre, héritière de la vicomté de Martigues, lui procura un important patrimoine, notamment en Bretagne. Il affirma, en représentation de son épouse, les séculaires prétentions de sa famille des Penthièvre au duché de Bretagne, que renforça l’extinction de Valois en 1589 (malgré l’union perpétuelle du duché avec le royaume édictée en 1532), et devint à son tour chef de lignage.

Lorsque Henri IV devint roi de France, le duc de Mercœur se mit à la tête de la ligue bretonne, songeant même à rétablir la souveraineté de cet ancien duché du chef de son épouse, descendante de Jeanne de Penthièvre. L’extinction des Valois, avec lesquels la dynastie bretonne était en union personnelle depuis le mariage de la reine Claude avec le roi François Ier, rendait caduc l’édit d’union de 1532 : Henri IV et les Bourbon, parents des Valois avant le rattachement de la Bretagne à la France, n’avaient aucun droit sur la Bretagne. Mercoeur se proclama aussi « Protecteur de l’Église catholique et romaine » dans cette province, contre un prince protestant.

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À la mort d’Henri III (1589), invoquant les droits héréditaires de son épouse, « la belle Nantaise », sur la Bretagne, il établit donc un gouvernement indépendant à Nantes et titra son fils « prince et duc de Bretagne ». Il tenait sa cour à l’hôtel de Briord situé dans la rue de ce nom et fit fortifier le quartier du Marchix autour de l’actuelle rue homonyme. Les croix de Lorraine du château de Nantes, comme à Dinan, furent sculptées sur les fortifications qu’il faisait renforcer.

Le roi Philippe II d’Espagne, qui soutenait et finançait la Ligue, envoya des troupes en Bretagne sous le commandement de Don Juan d’Aguila, qui occupèrent la presqu’île de Crozon, Blavet et la rivière d’Auray. Les Espagnols battirent à Craon (1592) le duc de Montpensier qu’Henri IV avait envoyé contre lui, mais les troupes royales, renforcées par des contingents anglais, récupérèrent l’avantage. Depuis, il n’eut de cesse de renforcer ses liens avec les Espagnols, allant jusqu’à prêter serment de fidélité à Philippe II le 20 novembre 1594 et en juin 1595, s’engageant à reconnaître les droits de l’infante Isabelle sur la couronne de France et le duché de Bretagne, malgré ses propres prétentions. Il y fut contraint par sa position fragilisée en Bretagne dont il ne gouvernait qu’une partie. Le pays était alors soumis à deux administrations en guerre l’une contre l’autre, avec chacune leurs états (siégeant à Nantes et Rennes), gouverneurs, juges, collecteurs d’impôts.

Libéré de la menace de la Ligue vaincue partout ailleurs en France, les quelques troupes espagnoles encore présentes en Bretagne ne pesant plus guère, Henri IV marcha en personne contre Mercœur qui dut venir lui faire sa soumission à Angers le 20 mars 1598 en échange des fiançailles de sa fille et héritière Françoise de Mercœur (6 ans) avec César de Bourbon (4 ans), bâtard qu’Henri IV avait eu de Gabrielle d’Estrées. Mercœur renonçait à gouverner la Bretagne, la quittait, mais obtenait la somme exorbitante de 4 293 350 livres et gardait le douaire des Penthièvre avec les villes de Guingamp, Moncontour, Lamballe et l’île de Bréhat. Tout ça passerait à terme en héritage à César de Vendôme, époux de sa fille Françoise.

Olwen Kerdrel

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By La rédaction

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