Le 13 juillet 1944, dans la forêt de La Hardouinais à Merdrignac, s’éteignait tragiquement Jeanne Chassin du Guerny, née Jeanne Coroller, figure éminente du nationalisme breton et femme de lettres d’exception. Née le 25 mai 1892 à Mordelles, en Ille-et-Vilaine, elle consacra sa vie à la défense de l’identité bretonne, à travers ses écrits, son militantisme et son engagement indéfectible pour la cause d’une Bretagne libre et fière.
Une enfance ancrée dans la tradition bretonne
Jeanne Coroller voit le jour dans une famille profondément attachée à la culture bretonne. Son père, Eugène Coroller (1857-1923), connu sous le pseudonyme de Gweltaz, est un écrivain de langue bretonne, cofondateur de la revue Feiz ha Breiz et président du Breuriez ar Brezonneg, une organisation dédiée à la promotion de la langue bretonne. Descendant du colonel Coroller, membre de l’état-major du chouan Georges Cadoudal, Eugène transmet à sa fille un amour viscéral pour la Bretagne, ses traditions et son histoire. Sa mère, Pauline de Farcy de Beaumont (1858-1932), également bretonne, renforce cet héritage culturel.
Dès son plus jeune âge, Jeanne baigne dans un milieu où la langue, la littérature et l’histoire bretonnes sont célébrées. Cette éducation forge son identité et son engagement, qui s’exprimeront à travers une carrière littéraire prolifique et un militantisme fervent.
Un mariage et une famille au service de la Bretagne
En 1924, à Trédaniel, Jeanne épouse René Chassin du Guerny (1877-1948), un érudit breton, veuf de Cécile Loir-Mongazon, connu pour ses travaux sur la généalogie et l’héraldique bretonnes, notamment son Armorial général de France (1930). De cette union naissent sept enfants : Rozenn, François, Armelle, Marie-Hélène, Yvonne-Jeanne (dite Vonig), Yannick et une autre fille non précisée dans certaines sources.

Château de La Saudraye
La famille Chassin du Guerny s’installe au château de La Saudraye, à Penguily, un lieu qui deviendra un foyer de réflexion nationaliste et un refuge pour les militants bretons.
Une plume au service de l’identité bretonne
Jeanne Coroller, connue sous son nom de plume Jeanne Danio, mais également sous d’autres pseudonymes comme J.C. Danio, Gilles Gautrel, Jeanne de Coatgourc’han ou Gilesse Penguilly, s’impose comme une autrice de talent, particulièrement dans la littérature jeunesse. Fervente catholique, elle mêle dans ses écrits une spiritualité profonde à un nationalisme breton affirmé, cherchant à transmettre aux jeunes générations l’amour de leur terre et de leur histoire.

Dès 1922, elle publie Histoire de notre Bretagne, illustrée par Jeanne Malivel, une œuvre fondatrice qui inspire la création du mouvement artistique et nationaliste Seiz Breur. Cet ouvrage, empreint d’autonomisme, célèbre l’histoire et l’identité bretonnes. En 1929, Jeanne publie Le Mystère de Bretagne, une pièce scénique adaptée en breton par l’abbé Perrot et représentée devant près de 10 000 spectateurs lors du festival Bleun-Brug à Douarnenez, témoignant de son rayonnement culturel.

Dans les années 1940, elle contribue à la revue pour enfants Ôlolé, dirigée par Herry Caouissin, où elle publie Les Loups de Coatmenez (1941) et sa suite, La Croisade des Loups (1943), illustrées par Étienne Le Rallic. Ces récits d’aventure, ancrés dans un imaginaire breton, rencontrent un vif succès. Elle signe également Histoire de ma Bretagne et Le Trésor des douze (1935, sous le pseudonyme Gilles Gautrel), un roman policier publié par les Nouvelles Éditions Bretonnes. Ces œuvres, souvent rééditées, reflètent son talent pour captiver un jeune public tout en insufflant un message patriotique.
Un engagement nationaliste sans compromis
Jeanne Coroller s’engage activement dans le mouvement breton, rejoignant des organisations comme Gwenn-ha-Du, le Parti Autonomiste Breton (PAB), le Parti National Breton (PNB) et le Kuzul Meur. Elle soutient financièrement le PNB de Fransez Debauvais et le journal Breiz Atao, piliers du nationalisme breton. En août 1943, son château de La Saudraye accueille les hommes de la Kadervenn, une milice nationaliste dirigée par Célestin Lainé.
En mai 1944, Jeanne participe à la création du Comité National Breton (CNB) aux côtés de Lainé, un groupement formé par des dissidents du PNB. Ce choix place Jeanne dans le camp des nationalistes les plus purs. Cette position, bien que motivée par un idéal breton, la rend suspecte aux yeux des bandes communistes, dans un contexte de guerre où les alliances sont scrutées avec méfiance.
Assassinée par les communistes pour son engagement nationaliste
Le 12 juillet 1944, la vie de Jeanne bascule. Vers 10 heures, deux hommes armés se présentent au château de La Saudraye pour réquisitionner son automobile. Informée que son voisin, le commandant Christian Le Mintier de La Motte-Basse, sa famille et leur domestique Gertrude Baumgarten ont été capturés, Jeanne, accompagnée de son fils François et de sa sœur Charlotte Coroller, se rend à pied au Gouray, probablement dans l’espoir de plaider leur cause. Cependant, en raison de son engagement connu au sein du PNB et de sa proximité avec Lainé, elle est arrêtée avec son fils et sa sœur.
Hélène de Montaignac (arrière-petite-fille de Christian Le Mintier de la Motte Basse et enseigne de vaisseau), René Stephan, président d’Aux Marins, Henri Le Mintier (fils de Christian), Anne-Marie de Boishebert (fille de Christian), Xavière de Petigny, Monique de Montaignac (fille de Christian), Ivan et Aymerik Le Mintier
Les captifs, à l’exception de François, qui sera épargné, sont conduits dans la forêt de La Hardouinais, à Merdrignac. Là, un prétendu « tribunal militaire » du maquis de Boquen, composé notamment de deux parachutistes des Forces Françaises Libres, André Coquette et Francis Serville, ainsi que de Michel Carrier, membre du maquis FTP (communiste) de Seilla, prononce leur condamnation. Jeanne, Christian Le Mintier, son épouse Henriette et sa sœur Alberte sont exécutés par balle dans la tête. Les corps, jetés dans une fosse commune à La Fenderie, ne sont découverts que le 26 juillet 1944 et identifiés le 30 juillet.
Gertrude Baumgarten, la domestique (alsacienne), subit un sort tout aussi cruel. Emmenée à Saint-Gilles-du-Mené par la « bande à Mimile », un groupe de résistants FTP (communiste) connu pour ses méthodes expéditives, elle est violée et abattue après usage le 24 juillet. Michel Carrier, dit « Mimile », chef de ce groupe, est accusé après la Libération d’avoir orchestré plusieurs assassinats, mais il s’évade de prison à Saint-Brieuc avant son procès et nie toute responsabilité lors d’interrogatoires ultérieurs en 1952 et dans les années 1980.
Les auteurs de l’assassinat : une ombre sur la Résistance
L’assassinat de Jeanne Chassin du Guerny s’inscrit dans le contexte des assassinats politiques qui marquent l’année 1944 en Bretagne. Les exécutions sommaires visaient souvent des personnes soupçonnées de pouvoir constituer une opposition anti-communiste alors que l’Armée rouge déferlait sur l’Europe et que le Parti communiste préparait l’instauration d’une république soviétique en France et en Bretagne. Jeanne, par son engagement nationaliste breton, devient une cible pour les bandes rouges, qui y voient une menace pour leurs objectifs politiques locaux. Breton intégrale et intransigeante, son martyre illustre la haine que vouent les marxistes à la Bretagne bretonne.
Un héritage breton à honorer
Jeanne Chassin du Guerny laisse derrière elle un héritage littéraire et militant qui continue d’inspirer les défenseurs de l’identité bretonne. Ses œuvres, malgré les controverses liées à certaines publications aux accents antisémites (notamment dans Les Loups de Coatmenez), témoignent d’un amour profond pour la Bretagne, sa langue et son histoire. Son engagement, bien que marqué par des choix radicaux dans un contexte de guerre, reflète une volonté farouche de préserver une identité menacée.
Sa mort tragique, dans des circonstances marquées par la violence et l’injustice, rappelle la sauvagerie communiste en Bretagne. En rendant hommage à Jeanne, nous ne célébrons pas seulement une écrivaine et une militante bretonne, mais une femme qui, jusqu’à son dernier souffle, a porté haut les couleurs de la Bretagne.
Budig Gourmaelon
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