Corse : la Fédération des conseils de parents d’élèves (extrême-gauche) contre le bilinguisme scolaire, une critique bretonne

L’opposition de la Fédération des conseils de parents d’élèves de Corse-du-Sud à la généralisation du bilinguisme en milieu scolaire, telle que rapportée par France Bleu, est une posture qui mérite une critique détaillée. Cette position, qui s’inscrit dans la logique de l’assimilation culturelle de l’État français et de la négation des identités ethniques de l’Hexagone, est fondamentalement contestable sur les plans juridique, historique, pédagogique et éthique.

Une entrave aux droits culturels et linguistiques

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Du point de vue juridique, l’opposition à la généralisation du bilinguisme scolaire en Corse, et par extension dans d’autres pays sous occupation et administration française comme la Bretagne, constitue une atteinte aux droits fondamentaux reconnus par des textes internationaux que la France a signés, bien qu’elle refuse de les appliquer. La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, adoptée par le Conseil de l’Europe en 1992, engage les États à promouvoir l’usage des langues régionales dans l’éducation (article 8). Bien que la France n’ait pas ratifié cette charte, invoquant l’article 2 de sa Constitution (« La langue de la République est le français »), cette posture est juridiquement discutable. En effet, l’article 75-1 de la Constitution française, introduit en 2008, reconnaît que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ». Refuser la généralisation du bilinguisme scolaire revient à vider cet article de sa substance, en contradiction avec l’esprit de la Constitution.

De plus, la Déclaration universelle des droits culturels (UNESCO, 2001) et la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales (1995) soulignent le droit des communautés à préserver leur identité linguistique. En s’opposant à la généralisation du bilinguisme, la FCPE de Corse-du-Sud contribue à marginaliser la langue corse, et par analogie les autres langues de l’Hexagone, en violation de ces principes. Cette position reflète une interprétation rigide et centralisatrice du droit français, qui recherche l’uniformisation linguistique au détriment de la diversité ethno-culturelle, un choix qui s’apparente à une forme de colonialisme interne.

Enfin, l’opposition à un enseignement bilingue obligatoire ignore les avancées juridiques locales, comme la loi de janvier 2002 relative à la Corse, qui encadre l’enseignement bilingue français-corse, ou encore les engagements de la Convention État-Collectivité territoriale de Corse (2003) pour promouvoir la langue corse. En Bretagne, des initiatives similaires, bien que moins ambitieuses, existent via les écoles Diwan et les filières bilingues publiques. L’opposition de la FCPE s’apparente donc à un frein à des dynamiques juridiquement légitimes et soutenues par des cadres institutionnels.

Une négation de l’histoire des peuples de l’Hexagone

Historiquement, l’opposition à la généralisation du bilinguisme scolaire s’inscrit dans une longue tradition d’assimilation forcée menée par l’État français depuis la Révolution. En Bretagne, comme en Corse, les langues ont été systématiquement marginalisées au profit du français, perçu comme le vecteur de l’unité nationale, mais aussi d’orthodoxie idéologique. Dès le décret du 17 novembre 1794, l’usage des « patois » dans l’administration et l’éducation fut interdit, une politique renforcée sous la IIIe République avec des mesures comme la circulaire de 1835 prohibant les langues dans les écoles. En Bretagne, les enfants bretonnants étaient humiliés par le « symbole » (un objet infamant porté par ceux qui parlaient breton) et soumis à une francisation brutale.

Cette politique a conduit à une rupture dans la transmission intergénérationnelle des langues régionales. En Corse, la langue corse, reléguée au statut de « patois », a vu son usage social décliner, tout comme le breton en Bretagne, où moins de 5 % de la population est aujourd’hui bretonnante. L’opposition de la FCPE à la généralisation du bilinguisme scolaire perpétue cette logique historique de négation culturelle, de remplacement linguistique. Elle ignore que l’école, en tant qu’institution, a été un outil de destruction des langues ethniques et qu’elle doit aujourd’hui devenir un levier de leur revitalisation. Refuser cette responsabilité, c’est cautionner un héritage d’oppression linguistique et culturelle.

Du point de vue breton, cette posture est d’autant plus choquante qu’elle contredit les luttes historiques menées en Bretagne et en Corse pour la reconnaissance des langues ethniques. Depuis les années 1970, les mouvements bretons comme Diwan ou les associations corses comme Scola Corsa ont milité pour un enseignement bilingue, souvent contre l’hostilité de l’État français. L’opposition de la FCPE s’apparente à une trahison des combats menés par des générations de militants.

Un déni des bénéfices du bilinguisme

Sur le plan pédagogique, l’opposition à la généralisation du bilinguisme scolaire est incompréhensible à la lumière des nombreuses études démontrant les avantages cognitifs et éducatifs de l’enseignement bilingue. Des recherches internationales, comme celles de Jim Cummins (1979) ou de Nancy Hornberger (2003), montrent que le bilinguisme précoce favorise la flexibilité cognitive, la résolution de problèmes et l’apprentissage d’autres langues. En Bretagne, les élèves des écoles immersives Diwan obtiennent des résultats au baccalauréat supérieurs à la moyenne hexagonale, prouvant que l’enseignement bilingue n’entrave pas la maîtrise du français, mais l’enrichit.

En Corse, les données disponibles confirment cette tendance : les élèves des filières bilingues affichent des performances en français équivalentes, voire supérieures, à celles des filières monolingues, dès le CP. Refuser la généralisation du bilinguisme, c’est priver les élèves d’un atout pédagogique majeur, tout en renforçant les inégalités. En effet, comme le souligne Sébastien Quenot (2009), le caractère facultatif du bilinguisme scolaire conduit à des stratégies d’évitement social, où les filières bilingues deviennent des espaces élitistes, réservés à des familles déjà sensibilisées à la langue. Une généralisation permettrait, au contraire, de démocratiser l’accès à cet enseignement et de garantir l’équité.
Du point de vue breton, l’opposition de la FCPE est d’autant plus absurde qu’elle ignore l’exemple des écoles Diwan, qui, depuis 1977, ont démontré l’efficacité de l’enseignement immersif. Ces écoles, bien que sous-financées par l’État, prouvent que l’apprentissage bilingue est non seulement viable, mais bénéfique pour la réussite scolaire. En s’opposant à la généralisation, la FCPE contribue à maintenir un système éducatif discriminatoire, où l’accès à la langue ethnique du peuple reste un privilège plutôt qu’un droit universel.

Une atteinte à l’équité et à la diversité culturelle

Éthiquement, l’opposition de la FCPE de Corse-du-Sud à la généralisation du bilinguisme scolaire est indéfendable. Elle perpetue une vision jacobine, impérialiste, qui impose l’uniformité culturelle dictée par Paris au détriment de la diversité ethno-culturelle de l’Hexagone, en contradiction avec les principes d’une société libre. La langue corse, comme le breton, est un pilier de l’identité culturelle et un vecteur de cohésion sociale. En limiter l’enseignement à une option facultative, c’est reléguer ces langues au statut de curiosités folkloriques, niant leur valeur intrinsèque.

Cette posture est particulièrement problématique dans un contexte où les langues ethniques sont menacées de disparition. Selon l’UNESCO, le breton et le corse sont classés comme des langues « en danger ». Refuser de généraliser leur enseignement, c’est contribuer à leur extinction, un acte que l’on peut qualifier de « linguicide » éthique. La FCPE, en tant qu’association de parents d’élèves, devrait défendre l’intérêt des enfants, y compris leur droit à accéder à leur patrimoine linguistique. En s’y opposant, elle trahit sa mission et favorise une forme d’injustice culturelle, où seuls les élèves des filières bilingues, souvent issus de milieux favorisés, bénéficient de cet enrichissement.

De plus, cette opposition reflète une méfiance infondée envers le bilinguisme, souvent perçue comme une menace à l’unité de l’État français. En Bretagne, où les filières bilingues ne concernent que 3 % des élèves, la généralisation du bilinguisme serait un acte de justice sociale, permettant à tous les enfants, quelle que soit leur origine, d’accéder à la langue bretonne.

Une posture anti-progressiste et anti-démocratique

En somme, l’opposition de la FCPE de Corse-du-Sud à la généralisation du bilinguisme scolaire est une position rétrograde qui s’inscrit dans une logique d’assimilation héritée de l’impérialisme français. Elle ignore les cadres juridiques internationaux et nationaux qui reconnaissent les langues ethniques, méprise l’histoire des peuples corses et bretons marquée par la répression linguistique, rejette les preuves pédagogiques des bénéfices du bilinguisme et bafoue les principes éthiques d’équité et de liberté culturelle.

Du point de vue breton, cette posture est non seulement une insulte aux combats menés pour la survie du breton et du corse, mais aussi une entrave à la construction d’une société ethniquement forte. La Bretagne, comme la Corse, mérite une éducation qui valorise son identité linguistique. La généralisation du bilinguisme n’est pas une option, mais une nécessité pour réparer les injustices historiques, enrichir les parcours éducatifs et garantir une société plus équitable. La FCPE de Corse-du-Sud, en s’opposant à cette ambition, se place du mauvais côté de l’histoire.

Tudual Riwanon

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By La rédaction

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