Le 17 juin 2025, le Parlement écossais a franchi une étape majeure dans la préservation de son patrimoine culturel en adoptant à l’unanimité le Scottish Languages Bill. Cette loi, qui élève le gaélique (Gàidhlig) et le scots au rang de langues officielles aux côtés de l’anglais, marque un tournant pour ces deux langues indigènes, longtemps marginalisées par la domination de l’anglais. Pour les militants linguistiques, c’est une victoire historique, mais aussi un défi : transformer une reconnaissance légale en un renouveau vivant, dans un contexte socio-économique tendu. Cet élan écossais résonne avec les combats menés ailleurs, notamment pour le breton en Bretagne, et invite à réfléchir à la revitalisation des langues celtiques dans un monde globalisé.
Une reconnaissance attendue depuis des décennies
Le Scottish Languages Bill n’est pas une simple formalité législative : il donne au gaélique une place officielle dans la société écossaise, une reconnaissance que les militants attendaient depuis des générations. Le gaélique, langue celtique parlée principalement dans les Highlands et les Hébrides extérieures, a vu son usage décliner au fil des siècles, supplanté par l’anglais. Avec environ 57 000 locuteurs fluides selon le recensement de 2011, mais plus de 130 000 personnes déclarant des compétences en 2021, la langue montre des signes de reprise, notamment grâce à l’éducation en immersion (Gaelic Medium Education), qui célèbre ses 40 ans en 2025.
La ministre Kate Forbes, également secrétaire à l’Économie et au Gaélique, a porté ce projet avec conviction, affirmant qu’il « accélérera la croissance » de la langue. Mais au-delà de la symbolique, la loi propose des mesures concrètes pour ancrer gaélique dans le tissu social écossais.
Les piliers du Scottish Languages Bill
Le texte repose sur plusieurs axes stratégiques pour revitaliser cette langue. D’abord, il consacre son statut officiel, lui offrant une visibilité juridique équivalente à celle de l’anglais. Ensuite, il renforce l’accès à l’éducation en gaélique, en permettant aux parents de demander la création d’écoles ou de crèches en immersion. Des normes pédagogiques seront également établies pour la langue.
Un autre aspect clé est la création de « zones de signification linguistique », des régions où le gaélique est encore une langue communautaire, comme les Hébrides extérieures. Ces zones bénéficieront de subventions ciblées pour préserver et promouvoir la langue là où elle est la plus vulnérable. Enfin, la loi fixe des objectifs mesurables, comme l’augmentation du nombre de locuteurs et des qualifications en gaélique, soutenus par un budget de 5,7 millions de livres pour 2025.
Ces mesures s’inscrivent dans une logique de revitalisation active, inspirée par des modèles comme le gallois au Pays de Galles, où des politiques linguistiques ont permis de doubler le nombre de locuteurs en quelques décennies. Mais en Écosse, le chemin reste semé d’embûches.
Un élan célébré, des critiques persistantes
L’adoption du projet a suscité un vif enthousiasme parmi les militants. Les initiatives culturelles, comme les fresques murales en gaélique à Glasgow devraient bénéficier de ce nouvel élan. Pourtant, des voix discordantes se font entendre. Le député travailliste Michael Marra a critiqué une loi qu’il juge « insuffisamment ambitieuse » pour sauver le gaélique, malgré des amendements renforçant certains aspects, comme l’éducation.
Ces critiques reflètent un contexte écossais tendu. L’Écosse fait face à des défis budgétaires et sociaux croissants. La crise du coût de la vie, les listes d’attente dans le système de santé et les pénuries de logements dominent le débat public. Pour certains, investir 5,7 millions de livres dans la langue gaélique semble malvenu, même si ce montant reste modeste comparé à d’autres dépenses publiques.
Un parallèle breton : une lutte universelle
Le combat écossais pour le gaélique fait écho à la lutte pour le breton. Les deux nations partagent une histoire de marginalisation linguistique, où les langues celtiques ont été reléguées au second plan par la langue dominante de l’État occupant. En Bretagne, les écoles Diwan rappellent les efforts écossais pour l’éducation en immersion ou les médias gaéliques, comme BBC Alba.
Mais les défis sont similaires : manque d’enseignants formés, ressources limitées, et nécessité de convaincre les jeunes générations de l’importance de leur langue. Les deux pays pourraient s’inspirer mutuellement, notamment dans l’usage des nouvelles technologies, comme les applications d’apprentissage ou les réseaux sociaux, pour rendre les langues attractives.
Les défis de la mise en œuvre
Le succès du Scottish Languages Bill dépendra de sa mise en œuvre. Les 5,7 millions de livres, bien qu’importants, devront être utilisés efficacement pour financer des enseignants, des supports pédagogiques et des projets culturels. Les autorités locales, souvent sous pression budgétaire, auront la lourde tâche de répondre à la demande croissante pour l’éducation en gaélique.
Un autre enjeu est de maintenir l’élan communautaire. Les initiatives locales, comme les clubs de langue ou les festivals, jouent un rôle clé pour ancrer gaélique dans le quotidien. Mais la revitalisation ne peut réussir sans un engagement des jeunes, souvent plus attirés par l’anglais et la culture globalisée.
Un appel à l’action
Le Scottish Languages Bill est une victoire, mais aussi un point de départ. Pour les Écossais, il s’agit de transformer une reconnaissance légale en une réalité quotidienne. Pour nous, en Bretagne, c’est une source d’inspiration. Le combat pour le brezhoneg, comme pour le gaélique, est une lutte pour l’identité, la mémoire et l’avenir de la nation bretonne.
Tudual Riwanon
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