EMSAV – Gweltaz ar Fur, de son vrai nom Gildas Le Fur, est un auteur-compositeur-interprète et militant breton né le 25 avril 1950 à Hennebont, en pays vannetais. Figure emblématique du renouveau culturel breton des années 1970, il a marqué la scène musicale et militante par son engagement pour la langue, la culture et les luttes sociales en Bretagne.
Jeunesse et prise de conscience
Gweltaz ar Fur grandit dans un contexte où l’identité bretonne est marginalisée par l’État français. En 1964, à l’âge de 14 ans, il accompagne sa famille à Metz, en Lorraine, pour des raisons professionnelles. Ce séjour d’un an, loin de sa Bretagne natale, agit comme un déclencheur : il prend conscience de sa « bretonnité » et de l’importance de préserver sa culture. De retour en Bretagne, il apprend la langue bretonne et s’immerge dans la chanson traditionnelle, influencé par des collecteurs comme Théodore Hersart de La Villemarqué et François-Marie Luzel, ainsi que par les chanteurs de kan ha diskan.
Débuts musicaux et engagement militant
Dès la fin des années 1960, Gweltaz ar Fur s’engage dans la chanson identitaire et revendicative, reflétant les luttes sociales et politiques de l’époque, notamment celles de sa ville natale, Hennebont, marquée par des tensions économiques et sociales. En 1970, il enregistre ses premiers 45 tours chez les labels Kelenn et Droug, et se produit en public. Sa chanson Le sort du paysan, interprétée sur un air de gavotte, devient un hymne des manifestations bretonnes. Repéré par Glenmor, il assure les premières parties de ce dernier et gagne en visibilité.
En 1971, il cofonde le Festival interceltique de Lorient, un événement majeur pour la promotion des cultures celtiques. En 1973, il signe avec la maison de disques WEA Filipacchi et sort son premier album, Chants Celtiques, enregistré à Paris avec des musiciens de renom comme Mikaël Moazan et Patrick Molard. Cet album, porté par le succès du 45 tours An dro hep penn na lost, se vend à un million d’exemplaires, notamment grâce à sa diffusion sur Europe 1 dans l’émission Salut les copains. Gweltaz ar Fur s’inscrit alors dans la lignée d’artistes comme Alan Stivell, Gilles Servat et Tri Yann, qui modernisent la musique bretonne tout en portant des messages politiques.
Cependant, en août 1973, son service militaire en Lorraine interrompt sa carrière. À son retour, il perd son contrat avec WEA. En 1975, il sort l’album Bonedoù Ruz ! (Les bonnets rouges), en référence à la révolte bretonne de 1675, mais la production, réalisée sans son groupe habituel, souffre d’un manque de moyens et d’une distribution limitée.
Un militant au service de la culture bretonne
Au-delà de la musique, Gweltaz ar Fur s’investit pleinement dans la revitalisation de la culture bretonne. En 1977, il est l’un des cofondateurs des écoles Diwan, des établissements bilingues breton-français visant à transmettre la langue bretonne aux nouvelles générations. Il préside l’association jusqu’en 1980 et contribue à son développement, notamment en enregistrant des chansons comme Didostait Bugale (rebaptisée Diwanit Bugale), qui sera reprise par Dan Ar Braz à l’Eurovision.
En 1978, il compose Frankiz ar Vretoned pour un album de soutien aux Bretons emprisonnés, témoignant de son soutien aux mouvements militants, y compris au Front de libération de la Bretagne (FLB). Ses textes, souvent en breton, abordent des thématiques sociales, politiques et historiques, tout en s’ancrant dans la réalité contemporaine. Il met en musique des poèmes du Barzaz Breiz, comme Gwerz Maro Pontkalleg, et chante des récits tragiques, tels celui de Fransez Laorañs, soldat breton exécuté pendant la Première Guerre mondiale pour ne pas parler français.
Diversification et pause musicale
En 1980, Gweltaz ar Fur fonde la librairie Ar Bed Keltiek à Quimper, un lieu devenu référence pour la culture bretonne, où il promeut livres, disques et productions celtiques. En 1984, il ouvre une succursale à Brest, confiée à Bernez Boulc’h, un autre militant breton. Cette même année, il décide de mettre fin à sa carrière de chanteur pour se consacrer à la promotion culturelle, estimant que ses activités de libraire et ses engagements militants sont difficilement compatibles avec les tournées.
Retour à la scène et héritage
Après une pause de plusieurs décennies, Gweltaz ar Fur fait son retour sur scène dans les années 2000. En 2008, à l’occasion des 30 ans de Diwan, il se produit à Carhaix, et en 2010, il sort un nouvel album, Mebay ’vo glaw, comprenant onze titres, majoritairement en breton, dont des compositions inédites et des adaptations de poèmes contemporains. Cet album, salué pour sa qualité, marque son retour dans le paysage musical breton.
En 2017, il officialise son prénom breton, passant de Gildas à Gweltaz, grâce à une simplification des démarches administratives pour les prénoms d’usage. Ce geste symbolique reflète son attachement indéfectible à son identité bretonne.
Impact et reconnaissance
Gweltaz ar Fur est reconnu comme une figure clé du renouveau breton, tant par sa musique que par ses actions militantes. Ses chansons, ancrées dans les luttes sociales et la défense de la langue bretonne, ont inspiré des générations. Sa contribution aux écoles Diwan et à la librairie Ar Bed Keltiek a permis de structurer et de diffuser la culture bretonne. En 2020, il est honoré par l’Institut culturel de Bretagne, qui célèbre son apport à la musique et à l’identité bretonne.
Marié et père de cinq enfants, Gweltaz ar Fur reste une voix vibrante de la Bretagne, mêlant tradition et modernité, engagement et création. Son parcours illustre la force d’une identité bretonne revendiquée et vivante, portée par la musique et l’action collective.
Olier Kerdrel
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