Le 10 juin marque la fête nationale du Portugal, occasion de revenir sur les rapports historiques entre les nations bretonne et portugaise. Au 15ème siècle, le Duché de Bretagne constitue un acteur diplomatique et maritime de premier plan en Europe atlantique. Il agit comme un État souverain, multipliant les alliances pour préserver son indépendance face à la pression croissante des Français. C’est dans ce contexte que se développent des relations étroites avec le royaume du Portugal, l’une des puissances maritimes émergentes du temps des Grandes Découvertes. Ces liens, à la fois commerciaux, diplomatiques et humains, illustrent la stratégie bretonne d’ouverture vers l’Atlantique.
L’affirmation de l’indépendance
Sous les ducs de la maison de Montfort, particulièrement François II (1458-1488), la Bretagne affirme une souveraineté de fait. Les ducs portent le titre « par la grâce de Dieu », refusent l’hommage lige au roi de France, battent monnaie, lèvent des impôts et entretiennent une diplomatie indépendante. Ils concluent des traités avec l’Angleterre, la Castille, les Pays-Bas bourguignons, la Hanse germanique et le Portugal. Cette politique vise à diversifier les appuis et à protéger le commerce maritime breton, vital pour un pays tournée vers la mer.
Naoned (Nantes), principal port du duché, devient un carrefour international. Les ducs y encouragent le négoce, fortifient les côtes et développent une marine capable de rivaliser avec les grandes puissances. François II, entouré de conseillers comme Pierre Landais, renforce cette orientation atlantique tout en résistant militairement et diplomatiquement à Louis XI puis à Charles VIII.
Des liens commerciaux anciens renforcés au XVe siècle
Les échanges entre ports bretons et havres portugais remontent au moins au milieu du 12ème siècle. Les Bretons exportent sel, toiles, vins et produits agricoles ; ils importent des denrées ibériques, des poissons et, plus tard, des produits des explorations portugaises. Ces relations sont parfois troublées par la piraterie, courante à l’époque. Des réclamations mutuelles aboutissent à des lettres de marque ou des sauf-conduits.
Au 15ème siècle, les contacts s’intensifient. En 1459, le roi Alphonse V de Portugal (Afonso V) et le duc François II signent un traité d’alliance et de commerce. Ce document garantit la protection mutuelle des marchands, facilite les échanges et prévoit la sécurité des navires et des personnes. Dix ans plus tard, en 1469, les clauses sont prorogées pour une nouvelle décennie. Ces accords s’inscrivent dans une stratégie bretonne plus large : un traité similaire avait déjà été évoqué ou préparé autour de 1452.
Les marchands portugais s’installent à Nantes, formant une petite colonie active. Des lettres de sauf-conduit et d’habitation leur sont délivrées. Inversement, des Bretons bénéficient de privilèges au Portugal. Ces communautés contribuent à l’essor économique nantais et à la circulation des savoirs maritimes.
Une alliance stratégique dans un contexte européen
Pour la Bretagne, l’alliance portugaise répond à un besoin géopolitique clair. Face à la France, qui cherche à réduire les États périphériques, François II multiplie les partenaires extérieurs. Le Portugal, engagé dans son expansion maritime (prise de Ceuta en 1415, progression le long des côtes africaines), voit dans la Bretagne un allié utile pour ses routes atlantiques et un contrepoids aux influences castillanes ou françaises.
Ces relations s’inscrivent dans une diplomatie « atlantique » bretonne. Les ducs entretiennent aussi des liens avec l’Angleterre (alliée traditionnelle contre la France) et d’autres puissances. Les traités bretonno-portugais favorisent non seulement le commerce mais aussi des échanges techniques : construction navale, cartographie, navigation. Au moment où les Portugais développent la caravelle et les techniques de haute mer, les Bretons, excellents marins, bénéficient de ces circulations.
Olier Kerdrel
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