Emsav : 31 juillet 1910, naissance de Yann Kerlann, fondateur de la première école en langue bretonne

EMSAV – Yann Kerlann, né Jean Honoré Delalande (31 juillet 1910 – 16 décembre 1969), est une figure héroïque de la cause bretonne, un visionnaire dont l’engagement indéfectible pour la langue et l’identité de la Bretagne. Instituteur, écrivain, journaliste, musicien et, surtout, fondateur de Skol Blistin, la première école immersive en langue bretonne à Plestin-les-Grèves en novembre 1942, Kerlann a jeté les fondations d’une renaissance nationale.

Une vocation patriotique

Né à La Roche-sur-Yon en Vendée, Yann Kerlann perd son père, François Delalande, tué en 1916 lors de la Première Guerre mondiale. Sa mère, Pauline Joséphine Kerbiriou, originaire de Rosko (Roscoff), le ramène à Montroulez (Morlaix), où il s’enracine dans la culture bretonne. Dès son enfance, auprès d’un menuisier de Plouézoc’h, il apprend le breton dans son dialecte trégorrois, forgeant une conscience nationale profonde. Élève brillant, il poursuit ses études primaires à Morlaix jusqu’en 1923, puis à l’école primaire supérieure de Brest (1923-1927), avant de perfectionner son anglais au Saint-Dustan College de Londres (1927-1928). De retour en Bretagne, il devient instituteur public.

Skol Blistin : Une révolution pour la langue bretonne

En novembre 1942, Yann Kerlann accomplit un acte visionnaire en fondant Skol Blistin à Plistin (Plestin-les-Grèves), la première école immersive en langue bretonne, annoncée dans L’Heure bretonne le 24 octobre 1942. À une époque où l’État français réprime la langue bretonne, l’interdisant dans les écoles publiques, Kerlann défie l’assimilation avec une audace prophétique. Dans L’Heure bretonne du 8 novembre 1941, il proclame : « Vous avez à apprendre l’Histoire de vos Ancêtres, vous avez à apprendre le breton, oui, à le lire et à l’écrire correctement. Vous avez à retrouver l’Esprit de la Race en parlant, en lisant, en écrivant, en chantant en breton !… Alors se lèvera de nouveau une Bretagne bretonne où les Bretons seront honorés, auront retrouvé leur fierté, où l’on parlera breton, un breton correct, nettoyé de ses gallicismes, qui sera enseigné dans nos écoles… »

Skol Blistin, installée dans le pavillon annexe de l’Hôtel Bellevue (erronément appelé Beauséjour par Kerlann dans une lettre du 10 octobre 1942 à Yann Fouéré), accueille neuf élèves, dont son fils Mikael et des enfants de militants bretons. Les cours, dispensés de 8h45 à 17h, privilégient le chant, l’orthographe, la lecture et l’histoire en breton, avec seulement une heure hebdomadaire de français. Inspiré par les pédagogies d’Adolphe Ferrière et des Freinet, et conseillé par son ami Armand Keravel, Kerlann adopte des méthodes novatrices : méthode globale pour la lecture, compositions libres, activités manuelles comme le jardinage ou l’élevage de lapins, et sorties dans la nature pour apprendre les noms des plantes et coquillages en breton. Keravel, dans une lettre du 29 octobre 1942, exprime son enthousiasme : « Gourc’hemennou eta eo e kasan dit, pa glaskez sevel da wir hon hunvre deomp holl : eur skol vrezonek – ha breizat penn da benn. […] Gant eul labour a-bouez braz – ouspenn gant eul labour RAMZEL, gouzout a ran – eo e krogez eno. Eun dra kalonek ive. Ha d’it-te e vo an enor da zigeri ar c’henta skol vrezonek. » (Je te félicite donc d’essayer de réaliser véritablement notre rêve à tous : une école en langue bretonne, et entièrement bretonne. […] C’est un travail très important – plus que cela, un travail de géant, je le sais – que tu entreprends là-bas. Une chose courageuse aussi. Et c’est à toi que reviendra l’honneur d’ouvrir la première école en langue bretonne.) Skol Blistin, qui fonctionne jusqu’en juin 1944, pose les bases des écoles immersives comme Diwan, prouvant que la langue bretonne est une arme de souveraineté culturelle.

Une plume pour la gloire de la langue bretonne

Écrivain et journaliste, Yann Kerlann fait de sa plume un outil de renaissance nationale. En 1933, il rejoint Yann Sohier pour créer Ar Falz, militant pour l’enseignement du breton dans les écoles publiques, et en prend la direction en 1935 après la mort de Sohier. Ses articles dans Ar Falz, Breiz Atao, Gwalarn et L’Heure bretonne célèbrent la langue bretonne et appellent à sa préservation. En 1936, les éditions Ar Falz publient son recueil Trente chansons populaires bretonnes, incluant des œuvres originales comme Mari Janig Vrao et Gwerz ar Balp. Sa chanson Luskell va Bag, adaptée de Skye Boat Song, est reprise par Alan Stivell et des chorales, devenant un hymne vibrant de la culture bretonne.

Un musicien au service de l’âme bretonne

Virtuose de la bombarde et du biniou, Yann Kerlann fait résonner l’âme bretonne à travers sa musique. Ses mélodies, accompagnant les chants en breton lors des rassemblements nationalistes, unissent les militants dans une communion patriotique. Ses chansons, comme Luskell va Bag, portent la langue bretonne avec une force émotionnelle, ravivant la fierté nationale.

Un héritage éternel

Yann Kerlann s’éteint le 16 décembre 1969 à Montroulez. Skol Blistin, ses écrits, sa musique et son militantisme font de lui l’un des architectes visionnaires de la renaissance bretonne.

Olier Kerdrel

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By La rédaction

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