Emsav : 29 avril 1901, naissance d’Olier Mordrel, révolutionnaire, artiste et homme d’État breton

Le 29 avril 1901, à Paris, naissait Olier Mordrel, une figure fondatrice du nationalisme breton dont l’héritage continue d’inspirer les bâtisseurs de l’État breton. Architecte, écrivain, journaliste, poète, homme politique et homme d’état, Olier Mordrel a incarné une vision révolutionnaire et tragique de la Bretagne, qu’il a élevée aux côtés d’autres activistes au rang de nation à part entière. À l’occasion de l’anniversaire de sa naissance, STOURM rend hommage à ce patriote breton, à travers ses apports idéologiques, ses œuvres littéraires et des extraits de ses textes et poèmes, tout en célébrant son engagement indéfectible pour la cause bretonne.

Un homme complet au service de la Bretagne

Olier Mordrel n’était pas un simple militant : il était un « homme complet », comme le décrit Yann-Ber Tillenon dans son hommage publié en 1985 dans la revue Diaspad. Mordrel a vécu une existence aventureuse, marquée par l’engagement, les condamnations à mort, l’exil et une lutte incessante pour la renaissance bretonne.

Né dans une famille de la grande bourgeoisie, fils d’un général breton et d’une mère corse, il découvre paradoxalement la langue bretonne à Paris, où il apprend également à aimer la culture celtique. Cette passion l’amène à rejoindre, dès 1919, le mouvement Breiz Atao (« Bretagne toujours »), qu’il transformera en un vecteur du nationalisme breton.

Mordrel ne se contentait pas de rêver : il agissait. Cofondateur du Parti autonomiste breton (1927), puis du Parti national breton (1932), il dirigea aux côtés de Fransez Debeauvais le journal Breiz Atao (1919-1939) et fonda la revue Stur (1936-1942), où il esquissa une vision celtique moderne de la Bretagne sur elle-même, dépassant les limites d’un régionalisme désuet pour ouvrir la société bretonne aux grands mouvements d’idées européens.

Comme le souligne Tillenon, « sans son audace, on parlerait aujourd’hui de la Bretagne comme de la Picardie ou du Poitou, d’une vague région touristique ». Mordrel a posé le problème breton en termes de nation, mais aussi de révolution européenne, une ambition qui résonne encore aujourd’hui.

Une vision celto-païenne et tragique

L’âme de Mordrel était profondément celtique et païenne, imprégnée d’une conception de la vie comme une aventure périlleuse et tragique. Dans Stur, il écrivait : « La conception celto-païenne de l’histoire, où l’homme, détenteur d’un “projet” historique, est conçu comme “maître de son destin”, exclut tout sens présupposé de l’histoire ». Cette vision s’opposait à la conception judéo-chrétienne, qu’il critiquait pour son déterminisme. Mordrel voyait dans le celtisme une force vitale, un élan guerrier et créatif, qu’il opposait à la décadence de l’Europe moderne.

Son engagement était aussi esthétique. Architecte à Quimper, il cherchait à moderniser l’art breton, s’inspirant de l’Art déco et des courants internationaux, tout en restant ancré dans l’identité celtique. Dans un article de 1922, il proclamait : « Les gratte-ciels bretonneront du rez-de-chaussée au cinquantième étage ». Cette ambition de marier modernité et tradition se retrouve dans son œuvre littéraire, où il mêle poésie, essais et pamphlets pour exalter l’esprit breton.

Une voix bretonne

Les écrits de Mordrel, publiés sous son nom ou des pseudonymes comme Jean de La Bénelais ou Olivier Launay, témoignent de sa plume lyrique et combative. Dans La Bretagne (1983), il capture la diversité de son pays : « Vue de loin, la Bretagne est une : elle a son histoire, sa terre et sa mer, son peuple et ses traditions. Mais en approfondissant un peu, on s’aperçoit vite que l’on ne lit pas la même heure à un clocher léonard ou cornouaillais et qu’il suffit de passer d’un bourg à l’autre pour que des différences apparaissent. “Les clans celtes ont toujours affectionné de bien se démarquer de leurs voisins” ».

Son journal An nos o Skedin (publié posthumément en 1986), rédigé en prison, témoigne de sa résilience : « La prison n’enferme que le corps. L’esprit breton, lui, s’évade toujours, porté par le souffle de nos ancêtres celtes » (An nos o Skedin, éd. posthume, 1986, p. 112).

Dans L’Essence de la Bretagne (1977), il résume sa vision : « Être Breton, ce n’est pas se fermer, mais s’ouvrir au monde tout en restant fidèle à sa terre et à son peuple » (L’Essence de la Bretagne, éd. La Table Ronde, 1977, p. 203).

Apports et Héritage

Mordrel a laissé une empreinte indélébile sur l’Emsav qu’il a forgé avec Breiz Atao entre 1919 et 1944. En pensant la Bretagne comme une nation distincte, il a redonné une dignité politique et historique à son peuple, mais également une conscience réémergente. Il écrivait dans Breiz Atao : « La Bretagne est une grande patrie à elle toute seule ». Cette idée a inspiré des générations de militants.

À travers Stur, il a promu, avec une vive exigence intellectuelle, un celtisme militant, influencé par Nietzsche et les mythologies comparées. Comme le note Robert Steuckers, Mordrel « cherchait des maîtres qui enseignent énergie et virilité », s’éloignant des spiritualités contemplatives pour embrasser une ascèse guerrière.

En architecture, il a rejeté le traditionalisme figé pour proposer une esthétique bretonne moderne, influencée par le mouvement Seiz Breur. Ses projets, comme le magasin Ty Kodaks à Quimper, incarnaient cette synthèse.

Fondateur du Comité Central des Minorités Nationales de France (1927), il a tissé des liens avec d’autres mouvements nationalistes (corse, alsacien, flamand) qui marqueraient à leur tour l’histoire de leurs peuples, anticipant l’unification européenne.

Malgré les controverses d’ennemis acharnés de la résurrection de la Bretagne nationale, Olier Mordrel n’a jamais renié sa foi en la Bretagne. Revenu d’exil en 1971, s’établissant à Treffiagat, il publie des œuvres majeures comme Breizh Atao : histoire et actualité du nationalisme breton (1973) et L’Essence de la Bretagne (1977), consolidant son rôle de théoricien.

Un hommage à l’homme et à l’idéal

Jean Mabire, en 1985, résume l’essence de Mordrel : « Un grand écrivain d’abord, mais aussi un homme capable de s’incarner totalement dans un peuple au point d’en faire une nation ». Mordrel n’était pas un politicien ordinaire : il était un « architecte lyrique », un poète de l’action, pour qui chaque geste – un poème, une critique, une manifestation – était un acte de résistance. Ses relations avec des figures comme le militant communiste Yann Sohier, malgré leurs divergences idéologiques, témoignent de sa capacité à fédérer autour de l’idée bretonne. Dans Stur, il écrivait à propos de Sohier : « Les amis rassemblés autour de son cercueil étaient écœurés de chagrin », révélant une fraternité militante.

Olier Mordrel, né il y a 125 ans, demeure une flamme dans l’histoire bretonne. Ses écrits, de La Bretagne à Chants d’un réprouvé, ses revues comme Stur et Breiz Atao, et son engagement sans compromis ont forgé une Bretagne consciente de sa grandeur. Comme il l’écrivait : « Être Breton, ce n’est pas se fermer, mais s’ouvrir ». En ce jour de commémoration, rendons hommage à cet homme qui a fait de la Bretagne une « Terre promise », un phare pour les générations futures. Que son souffle celte continue d’embraser nos cœurs.

Budig Gourmaelon

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By La rédaction

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