Disparition de Yannig Baron : une vie dédiée à l’émancipation culturelle et nationale de la Bretagne

EMSAV – La Bretagne vient de perdre l’une de ses figures emblématiques. Yannig Baron s’est éteint le 15 décembre 2025 à Gwened (Vannes), à l’âge de 89 ans. Né le 26 octobre 1936 sur l’île de Groe (Groix), dans une famille nombreuse imprégnée des traditions insulaires, ce petit-fils de marin-pêcheur – celui-là même qui introduisit les célèbres dundees thoniers à Groix – a consacré toute son existence à la défense de l’identité bretonne, de sa langue et de sa culture.

Dès son adolescence, Yannig Baron se passionne pour l’histoire de la Bretagne. À 14 ans, il apprend en autodidacte à jouer de la bombarde, cet instrument emblématique qui deviendra le symbole de son attachement viscéral à la musique traditionnelle. Incorporé à la Marine française, il intègre le bagad de Lann-Bihoué, où il perfectionne son art et contribue à porter haut les sonorités bretonnes. De retour en Bretagne dans les années 1970, il s’implique pleinement dans le renouveau national et culturel. Avec Yann Goasdoué, il anime le foyer culturel de Menez Kamm à Spézet, ce lieu mythique qui devint un phare de la résistance culturelle bretonne face à l’uniformisation française.

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Mais c’est surtout dans le domaine de l’enseignement de la langue bretonne que Yannig Baron laisse une empreinte indélébile.En 1990, il fonde Dihun, l’association de parents d’élèves pour le développement de l’enseignement bilingue breton-français dans les écoles privées catholiques. À l’origine du Programme multilingue breton, il permet à des milliers d’enfants d’apprendre le breton tout en associant une langue internationale au bilinguisme. Infatigable, il défend l’enseignement immersif dans toutes les filières : publiques (Diwan), catholiques (Dihun) et laïques (Divyez). Il transcende les clivages pour unir les forces vives de l’Emsav. Ses méthodes non violentes marquent les esprits : plusieurs grèves de la faim, longues et déterminées, forcent les autorités françaises à des concessions sur l’enseignement bilingue. En 1998, en 2006, et à d’autres reprises, il met sa santé en jeu pour alerter l’opinion et obtenir des avancées concrètes. Ces actions radicales mais pacifiques sensibilisent des générations entières à la cause de la langue bretonne, menacée d’extinction par la politique d’éradication menée par l’État français.

Politiquement engagé, Yannig Baron milite au sein du Mouvement pour l’organisation de la Bretagne (MOB). Candidat à de nombreuses élections – départementales, régionales, législatives –, il porte la voix de l’émancipation nationale bretonne. Jusqu’à un âge avancé, il reste actif, œuvrant pour l’émancipation nationale. Yannig Baron incarnait une vision politique profonde de la Bretagne comme nation à part entière. Reconnu pour ses efforts, il reçoit en 2004 le collier de l’Ordre de l’Hermine et fut nominé « Breton de l’année » par Armor Magazine en 2000. Il joue un rôle décisif dans l’accueil du pape Jean-Paul II à Sainte-Anne-d’Auray en 1996, veillant à ce que la visite papale soit marquée par la langue et les traditions bretonnes.

Grande gueule assumée, toujours drôle et jusqu’au-boutiste, Yannig Baron était un homme capable de fédérer. Sa disparition laisse un grand vide en Bretagne. Des dizaines de milliers d’enfants ont appris le breton grâce à lui ; des générations de militants se sont inspirées de son engagement intransigeant.

Les obsèques de Yannig Baron se tiendront en breton le samedi 20 décembre 2025 à 14 h 30 en l’église Notre-Dame de Lourdes à Vannes. La Bretagne tout entière lui rendra hommage, car il fut l’un de ses plus fervents serviteurs. Son œuvre perdure et inspire la lutte pour une Bretagne libre, forte et fière.

Budig Gourmaelon

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By La rédaction

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