Chapitre 1 : Cassivellaunos, héros de la résistance contre César
Cunobelinos, connu dans les sources romaines sous ce nom ou sous la forme latinisée Cymbeline, fut l’un des rois bretons les plus puissants du Ier siècle apr. J.-C. Il régna sur les Catuvellauni et les Trinovantes, deux tribus celtiques du sud-est de la Grande-Bretagne. Son règne, qui s’étend approximativement de l’an 9 à l’an 40 apr. J.-C., représente l’apogée d’un royaume breton indépendant et prospère, juste avant l’invasion romaine définitive de 43. Pour les Bretons d’Armorique, héritiers des migrations brittoniques des Ve et VIe siècles, Cunobelinus incarne un ancêtre symbolique de la nation celtique bretonne unifiée, un souverain qui défendit la souveraineté face à l’expansion romaine.
Origines et ascension au pouvoir
Cunobelinos naquit probablement vers la fin du Ier siècle av. J.-C. Son nom, d’origine brittonique, signifie « Chien puissant » ou « Fort comme un chien », un thème récurrent dans l’onomastique et la mythologie celte, symbolisant force et fidélité. Il était le fils de Tasciovanus, roi des Catuvellauni, une tribu dominante au nord de la Tamise. Les Catuvellauni, dont le nom pourrait signifier « excellents au combat » en langue celtique, avaient déjà étendu leur influence sous Tasciovanus, frappant des monnaies à Verlamion (aujourd’hui St Albans).
À la mort de son père, vers 9 apr. J.-C., Cunobelinos succéda au trône. Il consolida rapidement son pouvoir en conquérant Camulodunum (Colchester moderne), capitale des Trinovantes. Cette tribu voisine avait été affaiblie par des alliances pro-romaines établies après les expéditions de Jules César en 55-54 av. J.-C. L’annexion de Camulodunum marqua un tournant : Cunobelinos transféra sa capitale dans cette ville fortifiée, unifiant les deux tribus sous une seule autorité. Cette expansion renforça l’identité bretonne en rejetant les influences extérieures favorables à Rome. Les premières monnaies de Cunobelinos, frappées à Camulodunum, portent son nom associé à des symboles de victoire comme la palme ou le cheval, motifs celtiques intégrant des éléments classiques.
Expansion territoriale et unification bretonne

Le règne de Cunobelinos fut marqué par une série de conquêtes qui firent de son royaume la puissance dominante du sud-est breton. Il imposa sa suzeraineté sur plusieurs tribus voisines. À l’ouest, les Dobunni (ou Bodunni) devinrent tributaires. Au sud, ses frères et fils étendirent l’influence sur les Atrebates et le Kent. Son frère Epaticcos conquit notamment Calleva Atrebatum (Silchester), intégrant ce territoire riche au domaine familial. Ce réseau d’alliances et de conquêtes créa un État breton centralisé, couvrant une vaste région de l’Hertfordshire à l’Essex et au-delà. Camulodunum devint un centre politique, économique et religieux. Les fouilles archéologiques révèlent des enceintes fortifiées, des ateliers monétaires et des tombes riches, comme le tumulus de Lexden, possible sépulture de Cunobelinus lui-même. Cette unification préfigura une nation bretonne cohérente, capable de résister aux pressions externes. Du point de vue breton, cette période illustre la capacité des Celtes insulaires à bâtir une structure étatique unifiée.
Économie et monnaies

Monnaies en bronze Cunobelinos vers 1-41 apr. J.-C. Musée de Londres.
L’économie sous Cunobelinos prospéra grâce au commerce continental. Camulodunum importait des produits de luxe : amphores de vin italien, huiles d’olive hispaniques, verrerie gauloise et céramiques romaines. En échange, les Bretons exportaient céréales, métaux (fer, étain), peaux et chiens de chasse, comme le note Strabon dans sa Géographie. Ces échanges directs avec la Gaule et l’Empire montrent que le royaume breton n’avait pas besoin de se soumettre à Rome pour accéder aux biens méditerranéens. Les monnaies constituent la principale source sur Cunobelinos. Abondantes et variées, elles incluent des statères d’or, des deniers d’argent et des unités de bronze. Les inscriptions portent souvent « CVNOBELINVS REX » ou « Tasciovani F(ilius) », affirmant une lignée royale celtique. « Britannorum rex » (ou « rex Britannorum ») est un titre attribué à Cunobelinos par des historiens romains, notamment Suétone dans sa Vie de Caligula (chapitre 44), qui le décrit comme « roi des Bretons » en référence à son influence dominante sur le sud-est de la Bretagne. Dion Cassius mentionne également son pouvoir, mais sans ce titre précis. Ce titre reflète la perception romaine de Cunobelinos comme une figure unificatrice. Les motifs combinent tradition celtique (chevaux, épis de blé symbolisant fertilité) et influences classiques (têtes laureates, victoires ailées). Ces pièces, distribuées largement, servaient de propagande royale et témoignent d’une administration sophistiquée.
Relations diplomatiques avec Rome : prudence et indépendance
Cunobelinos entretint des relations complexes avec l’Empire romain. Il envoya des ambassades à Auguste et Tibère, maintenant un commerce pacifique. Strabon décrit la Bretagne comme une île riche, exportant vers la Gaule sans tribut direct. Cunobelinos refusa toute vassalité formelle. Les sources romaines le présentent comme un roi puissant et indépendant. Suétone, dans la Vie de Caligula, rapporte l’exil de son fils Adminius vers 40 apr. J.-C., qui chercha refuge auprès de l’empereur. Caligula exploita cet épisode pour une prétendue conquête symbolique. Dion Cassius évoque le royaume de Cunobelinos comme une entité notable, dont la mort facilita l’invasion de Claude en 43. Rome attendit sa disparition pour intervenir. Cette diplomatie habile protégea l’indépendance bretonne pendant trois décennies.
Famille, succession et legs de résistance
Cunobelinos eut plusieurs fils : Adminius, Togodumnos et Caratacos, et d’autres. Après sa mort, vers 40-42 apr. J.-C., le royaume fut partagé entre Togodumnos et Caratacos. L’invasion romaine de 43 les mit à l’épreuve : ils résistèrent vaillamment à la bataille du Medway et de la Tamise. Togodumnos mourut tôt, mais Caratacos poursuivit une guérilla jusqu’en 51, capturé puis gracié après un discours célèbre sur la liberté bretonne. Ce legs de lutte armée inspira les Celtes.
Héritage contemporain pour la nation bretonne
Aujourd’hui, Cunobelinos reste une figure fondatrice pour les Bretons. Son règne démontre que les Celtes bretons pouvaient unir leurs tribus en un État prospère et souverain, résistant à l’empire dominant le continent. Cunobelinos fut le plus grand roi breton pré-romain, unificateur et défenseur de l’indépendance celtique. Son action protégea la Bretagne contre l’occupation et l’oppression, un modèle pour son peuple encore aujourd’hui.
Olier Kerdrel
Sources :
- Dion Cassius, Histoire romaine, livre 60.
- Suétone, Vie des Douze Césars (Caligula et Claude).
- Strabon, Géographie, livre 4.
- Fouilles archéologiques de Camulodunum et Lexden Tumulus (rapports du Colchester Archaeological Trust).
- John Kent, études numismatiques sur les monnaies de Cunobelinus.
- Philip de Jersey, Celtic Coinage in Britain (1996).
- Graham Webster, The Roman Invasion of Britain (1993).
- Barry Cunliffe, Iron Age Communities in Britain (2005).
- Miranda Aldhouse-Green, The Gods of the Celts (1986).
- Venceslas Kruta, Les Celtes (2000).
- Études sur les migrations brittoniques : Nora Chadwick, The British Heroic Age (1976) ; Léon Fleuriot, Les Origines de la Bretagne (1980).
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