30 chefs bretons qui ont fait la Bretagne : Cassivellaunos, héros de la résistance contre César (chapitre 1)

Cassivellaunos, également orthographié Cassivellaunus en latin, est l’une des figures les plus emblématiques de la résistance brittonique pré-romaine. Né vers le milieu du Ier siècle av. J.-C. en Bretagne insulaire (l’actuelle Grande-Bretagne), il mourut probablement peu après 54 av. J.-C., bien que la date exacte reste inconnue. Son nom, d’origine celtique brittonique, dérive de cassiuellaunos, où uellaunos signifie « chef » ou « commandant », et le préfixe cassi- pourrait évoquer l’« étain » ou le « bronze », suggérant une traduction comme « le chef inflexible » ou « chef-de-bronze ». Cette étymologie reflète son rôle de leader militaire, attesté principalement comme le commandant en chef des forces brittoniques lors de la seconde invasion de l’île de Bretagne par Jules César en 54 av. J.-C. Bien que les sources antiques soient limitées, Cassivellaunos symbolise la transition entre l’âge du fer celtique et l’ère romaine, marquant le premier contact documenté entre Rome et les tribus bretonnes. Son leadership émergea dans un contexte de rivalités tribales intenses, où il unifia temporairement des groupes disparates contre un ennemi commun, préfigurant les résistances ultérieures comme celle de Boudicca au Ier siècle ap. J.-C.

Contexte tribal et société brittonique

Carte des tribus bretonnes, 43 avant JC

Cassivellaunos était le chef d’un territoire situé au nord de la Tamise, correspondant approximativement aux comtés modernes de Hertfordshire, Bedfordshire, Buckinghamshire et Oxfordshire oriental. Les historiens l’associent fermement à la tribu des Catuvellauni, un peuple belgo-celtique puissant de l’âge du fer tardif, bien que César ne mentionne pas explicitement cette affiliation dans ses écrits. Cette identification repose sur des corrélations géographiques et archéologiques : le territoire décrit par César, à environ 80 milles romains de la côte, aligne avec celui occupé par les Catuvellauni lors de la conquête romaine de 43 ap. J.-C. sous Claude. Le nom « Catuvellauni » pourrait signifier « chefs de guerre » en gaulois ancien, soulignant leur réputation martiale.

La société des Catuvellauni était typique de l’âge du fer britannique : une économie agraire et pastorale, avec des oppida (villes fortifiées) comme centres de pouvoir. Archéologiquement, leur territoire révèle des sites comme Verulamium (l’actuel St Albans), qui devint plus tard une capitale romaine, mais dont les origines remontent à l’époque de Cassivellaunos. Des fouilles menées par Sir Mortimer Wheeler dans les années 1930 à Wheathampstead (ou Prae Wood) ont mis au jour un oppidum avec des fossés massifs, profonds de 13 mètres, et des traces d’occupation belgo-gauloise, incluant de la poterie importée de Gaule. Ces fortifications, construites avec des remparts de terre et de bois, protégeaient des habitats dispersés et des zones agricoles. Les Catuvellauni excellaient dans la métallurgie, produisant des armes en bronze et en fer, ainsi que des bijoux intricés et des poteries finement décorées, témoignant d’un artisanat avancé.

Leur migration probable depuis la Belgique et le nord de la Gaule vers 100 av. J.-C. apporta des innovations comme la roue du potier et des techniques agricoles améliorées, favorisant une expansion territoriale.

Avant l’arrivée romaine, la Bretagne était fragmentée en tribus rivales, engagées dans des guerres pour le contrôle des terres fertiles et des routes commerciales vers le continent. Cassivellaunos, en tant que chef ambitieux, mena des campagnes constantes contre ses voisins, renforçant son pouvoir par des conquêtes. César note qu’il avait récemment vaincu les Trinovantes, la tribu la plus puissante du sud-est, tuant leur roi Imanuentius et forçant son fils Mandubracius à s’exiler en Gaule. Cette victoire élargit son influence, mais créa des inimitiés qui s’avérèrent fatales lors de l’invasion romaine.

Les invasions de Jules César : Contexte et première expédition (55 av. J.-C.)

Les expéditions de César dans l’île de Bretagne s’inscrivaient dans ses guerres gauloises (58-50 av. J.-C.), motivées par des ambitions politiques et économiques. En 55 av. J.-C., sa première incursion fut une reconnaissance limitée à l’est du Kent actuel, avec moins de 10 000 hommes. Bien que Cassivellaunos ne soit pas mentionné, cette invasion alarma les tribus bretonnes, qui fournissaient des renforts aux Gaulois contre Rome. César visait à couper ces liens et à impressionner le Sénat romain en conquérant un territoire mythique, décrit comme riche en étain et en esclaves. L’expédition fit sensation à Rome, mais demeura militairement limitée, avec des combats contre des tribus locales comme les Cantii. Archéologiquement, des sites comme Pegwell Bay près de Ramsgate ont été identifiés comme points de débarquement potentiels, avec des fossés datant de l’âge du fer découverts en 2017, confirmant l’activité militaire romaine.

La seconde invasion en 54 av. J.-C. : Leadership et stratégie de résistance

En 54 av. J.-C., César revint avec une force plus imposante : cinq légions (environ 25 000 hommes) et 2 000 cavaliers, débarquant sans opposition près de Deal dans le Kent. Cassivellaunos, choisi comme commandant suprême pour sa réputation, unifia une coalition de tribus malgré ses conflits passés. Sa stratégie était astucieuse : éviter les batailles rangées, où les Romains excellaient, au profit d’une guerre de guérilla. Avec environ 4 000 chars de guerre – une arme bretonne iconique, confirmée par des sépultures à chars comme celles de la culture d’Arras dans le Yorkshire – il harcela les lignes d’approvisionnement romaines, ordonnant de cacher le bétail et les habitants dans les forêts pour priver l’ennemi de ressources.

César avança vers l’intérieur, franchissant la Tamise à un point unique défendu par des pieux acérés (potentiellement près de Brentford ou Cowey Stakes). Cassivellaunos licencia la majeure partie de son armée pour une mobilité accrue, continuant les attaques avec ses chars. Cependant, la défection des Trinovantes, restaurés sous Mandubracius, fut un tournant : ils fournirent otages et provisions à César. Cinq autres tribus – Cenimagni, Segontiaci, Ancalites, Bibroci et Cassi – suivirent, révélant l’emplacement de l’oppidum de Cassivellaunos à Wheathampstead. César assiégea le site, ravageant les terres environnantes.

Parallèlement, Cassivellaunos lança une contre-attaque sur le camp naval romain au Kent, menée par quatre rois locaux : Cingetorix, Carvilius, Taximagulus et Segovax. L’assaut échoua, avec la capture du chef Lugotorix. Face à la dévastation, Cassivellaunos négocia la paix via Commios, un chef atrébate allié de César. Les termes incluaient un tribut annuel (probablement non payé), des otages et l’engagement de ne pas attaquer les Trinovantes. César, pressé par des troubles en Gaule où il n’avait laissé que 3 légions (15 000 hommes), repartit sans laisser de garnison permanente.

Des anecdotes comme l’utilisation d’un éléphant armuré pour franchir la Tamise, rapportée par Polyænus, pourraient être apocryphes ou confondues avec l’invasion de Claude.

Héritage immédiat et postérité archéologique

Après 54 av. J.-C., Cassivellaunos disparaît des annales, mais les Catuvellauni prospérèrent, dominant le sud-est sous des rois comme Tasciovanus (vers 20 av. J.-C. – 9 ap. J.-C.), connu par des monnaies frappées à Verulamium, et Cunobelinus (vers 9-40 ap. J.-C.), dont l’expansion inspira Shakespeare. La numismatique montre une augmentation des importations romaines post-césariennes – vin italien, vaisselle – indiquant des liens commerciaux malgré la défaite. Cassivellaunos n’a pas émis de monnaies connues, mais son rôle fondateur dans l’unification tribale est reconnu. Archéologiquement, des sites comme Devil’s Dyke à Wheathampstead portent des plaques commémoratives, et des fouilles révèlent des armes et des fortifications témoignant de la résistance.

Représentations dans la littérature médiévale et légendes

Dans les traditions médiévales, Cassivellaunos devient une figure légendaire. Chez Geoffroy de Monmouth (Historia Regum Britanniae, XIIe siècle), il est Cassibelanus, roi de Bretagne, résistant à trois invasions de César, avec des éléments mythiques comme l’épée Crocea Mors et une ascendance troyenne. Il succède à son frère Lud, nomme des ducs, et finit par payer tribut après une trahison. Dans la littérature galloise, comme Caswallawn fils de Beli Mawr dans les Triades galloises, le Mabinogion et le Brut y Brenhinedd, il est un usurpateur, utilisant un manteau magique pour des assassinats, et impliqué dans des quêtes amoureuses contre César pour Fflur. Ces récits, indépendants des sources classiques, enrichissent son mythe comme héros national. Cassivellaunos incarne la résilience celtique, premier Breton nommé dans l’histoire, influençant la perception de la Bretagne comme terre de résistance.

Olier Kerdrel

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By La rédaction

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