Henry Tudor, futur Henri VII d’Angleterre, naît le 28 janvier 1457 au château de Pembroke, au Pays de Galles. Fils posthume d’Edmund Tudor et de Margaret Beaufort, il porte l’héritage lancastrien dans une Angleterre déchirée par la Guerre des Deux-Roses. À quatorze ans, la bataille de Tewkesbury (mai 1471) anéantit les espoirs lancastriens : le prince de Galles est tué, Henri VI exécuté. Henry, dernier prétendant mâle de sa maison, doit fuir. Avec son oncle Jasper Tudor, il tente de gagner la France, mais une tempête dévie leur navire vers les côtes bretonnes. Ils accostent au Konk-Leon (Conquet) en septembre 1471.

Commence alors un exil de quatorze années dans le duché de Bretagne, période décisive qui transforme l’adolescent en prétendant mûr et stratège.
La Protection Ducale : Entre Hospitalité et Surveillance
Le duc François II accueille les Tudors non par pure générosité, mais par calcul politique. La Bretagne, duché indépendant, cherche à préserver sa souveraineté face à la France de Louis XI. Henry et Jasper deviennent des « invités » précieux, utiles dans le jeu diplomatique. Ils résident d’abord au château de l’Hermine à Gwened (Vannes), puis sont transférés en 1472 au château de Suscinio, résidence ducale sur la presqu’île de Rhuys, plus isolé.
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Château de Suscinio
En 1474, pour éviter tout enlèvement, le duc les sépare : Henry est envoyé à la forteresse de Largoët près d’Elven, Jasper à Josselin. Malgré cette semi-captivité, ils bénéficient d’un train de vie noble et d’une relative liberté à l’intérieur des domaines.Un épisode dramatique survient en 1476.

Forteresse de Largoët
Affaibli par la maladie, François II accepte sous pression anglaise de livrer Henry. Escorté jusqu’à Saint-Malo, le jeune homme feint une grave indisposition pour gagner du temps. Profitant d’un report, il s’enfuit avec l’aide de nobles bretons et trouve refuge dans un monastère. Les émissaires anglais repartent bredouilles. Henry est alors réuni à Jasper à Gwened (Vannes), où ils passent la majeure partie de l’exil.
Les Tournants Politiques et la Préparation du Retour
La mort d’Édouard IV en avril 1483 change la donne. Richard III usurpe le trône et fait disparaître les princes dans la Tour de Londres, provoquant le mécontentement de nombreux yorkistes. Ceux-ci affluent en Bretagne, renforçant la petite cour d’Henry. Le jour de Noël 1483, dans la cathédrale de Roazhon (Rennes), Henry prête un serment solennel : s’il monte sur le trône, il épousera Élisabeth d’York, unissant ainsi les deux maisons rivales. François II, voyant l’opportunité, lève les restrictions et soutient une première expédition en octobre 1483 : une flotte de quinze navires et cinq mille hommes quitte Paimpol. Une tempête disperse les vaisseaux ; seul Henry touche brièvement les côtes anglaises avant de rebrousser chemin. De retour à Gwened (Vannes), il continue de rallier des exilés.

François II de Bretagne
En 1484, alors que le duc François II de Bretagne est affaibli par la maladie, son trésorier Pierre Landais négocie un accord avec Richard III d’Angleterre. En échange d’une aide militaire et financière anglaise contre la France, Landais accepte de livrer Henry Tudor et son oncle Jasper. Cet accord est motivé par les ambitions de Landais et les pressions diplomatiques, notamment une alliance potentielle avec Louis d’Orléans pour contrer la régence française. Averti à temps, Henry, déguisé en valet, fuit Vannes avec Jasper en septembre 1484 et gagne la frontière française. En Anjou, puis à la cour de Charles VIII, il obtient un soutien militaire décisif. L’année suivante, il débarque au Pays de Galles, remporte la bataille de Bosworth (22 août 1485) et tue Richard III. Couronné Henri VII, il fonde la dynastie Tudor.
La Question de la Maîtrise du Breton

Henry Tudor
Un aspect souvent évoqué est la possible maîtrise du breton par Henry Tudor. Né au Pays de Galles, il grandit dans un environnement où le gallois, langue brittonique, est couramment parlé. Le gallois et le breton partagent des racines communes issues du brittonique ancien : vocabulaire proche, structure grammaticale similaire avec mutations consonantiques. Quatorze années passées en Bretagne, souvent dans des châteaux ruraux entourés de population bretonnante, rendent plausible l’acquisition d’un breton fonctionnel. Certains auteurs contemporains vont jusqu’à le qualifier de « dernier souverain européen à avoir parlé breton ». Historiens sérieux (S.B. Chrimes, Nathen Amin) soulignent plutôt une intégration culturelle et diplomatique profonde : alliances avec la noblesse bretonne, connaissance des enjeux locaux, réseau durable. Henry reste « le plus breton des rois anglais » par ses liens politiques.
L’Héritage d’un Exil Formateur
L’exil breton transforme un adolescent traqué en monarque prudent et habile négociateur. La protection de François II, malgré ses ambiguïtés, offre à Henry le temps et la sécurité nécessaires pour mûrir son projet. Sans ce refuge, la Guerre des Deux-Roses aurait pu s’achever différemment. Henri VII, en unissant les roses rouge et blanche, instaure une paix durable et pose les bases de la puissance Tudor. La Bretagne, par son rôle décisif, laisse une empreinte indélébile dans l’histoire anglaise.
Sources principales :
- Bernard Sellin, « Du pays de Galles en Bretagne : l’aventure d’Henri Tudor », Triade n°1, CRBC, 1995.
- C.S.L. Davies, « Richard III, la Bretagne et Henry Tudor », Annales de Bretagne, 1995.
- Nathen Amin, contributions sur le séjour breton des Tudors (2017-2023).
- S.B. Chrimes, Henry VII, Yale University Press, 1999.
- Paul Murray Kendall, Richard III, 1955 (rééd. Fayard 1979).
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