30 chefs bretons qui ont fait la Bretagne : Riothamus et la dernière coalition romaine contre les barbares

Précédemment : 30 chefs bretons qui ont fait la Bretagne : Ambrosius Aurelianus et la résistance à l’invasion anglo-saxonne

Riothamus, figure bretonne du Ve siècle, incarne les tumultes de la fin de l’Empire romain d’Occident. Connu comme un haut-roi breton, il mena une expédition militaire en Gaule pour soutenir les Romains contre l’expansion des Wisigoths. Mentionné par des historiens comme Jordanes et Grégoire de Tours, ainsi que par Sidonius Apollinaris dans des lettres contemporaines, Riothamus symbolise la résistance désespérée d’un empire en déclin. Son nom, dérivé du brittonique rigotamos, signifiant « roi suprême » ou « grand roi », suggère un statut élevé au sein de la société bretonne post-romaine, peut-être un titre plutôt qu’un nom propre. Bien que les sources soient rares et fragmentaires, son histoire éclaire les migrations bretonnes en Armorique et les conflits entre Rome et les barbares.

Contexte Historique

Le Ve siècle marque la désintégration progressive de l’Empire romain d’Occident, assailli par des invasions barbares venus de l’Est. En 410, le sac de Rome par les Wisigoths d’Alaric ébranle l’empire, et les provinces de l’empire comme la Bretagne et la Gaule, prises d’assaut, deviennent des théâtres de conflits constants. Rome évacue définitivement la Bretagne la même année pour faire face aux attaques sur le continent. Les Wisigoths, sous Euric (r. 466-484), rompent leur traité d’alliance avec Rome en 468-469, conquérant l’Aquitaine et menaçant les derniers bastions romains de Gaule. L’empereur Anthemius (r. 467-472), soutenu par l’Empire d’Orient, cherche des alliés pour contrer cette menace et restaurer un semblant de continuité politique et administrative. C’est dans ce chaos que Riothamus émerge, en tant que leader des Bretons. Les Bretons, romanisés depuis quatre siècles, maintiennent des liens étroits avec Rome malgré le retrait des légions de l’île de Bretagne en 410. Les barbares germaniques ont depuis pris pied sur l’île de Bretagne, menacent la liberté de navigation dans la Manche et se rapprochent dangereusement de l’Armorique bretonne. Pour les Bretons, l’empire romain d’Occident, relais de l’empire romain d’Orient, est un allié naturel. Au moment de son intervention, Riothamus commande une force armée significative, estimée à 12 000 hommes par Jordanes. Son rôle s’inscrit dans une tradition de chefs militaires Britto-romains, comme Ambrosius Aurelianus, qui luttent contre les envahisseurs saxons sur l’île de Bretagne tout en aidant Rome en Gaule face à l’ennemi commun.

Nom et Royaume

Le nom « Riothamus » est une latinisation du brittonique rigotamos, composé de rigo (roi) et tamos (suprême), traduisible par « roi suprême » ou « le plus roi ». En vieux gallois, il devient Riatav ou Rhiadaf, et en vieux breton Riatam. Ce titre évoque un haut-roi, un leader unifiant plusieurs royaumes bretons insulaires, un concept celtique de suzeraineté. Les débats persistent sur l’étendue de son royaume : Jordanes le qualifie de « roi des Bretons », ce qui pourrait inclure à la fois l’île de Bretagne et l’Armorique, où des colonies bretonnes s’établissent dès le IVe siècle sur demande de Rome afin d’y contrer les raids de pirates germaniques. Certains historiens, comme Léon Fleuriot, suggèrent que « Riothamus » n’est pas un nom personnel mais un titre porté par un chef comme Ambrosius Aurelianus. Une figure médiévale bretonne nommée Riatam, prince de Domnonée au VIe siècle, pourrait être liée, bien que les chronologies diffèrent. Riothamus semble avoir régné sur des territoires fragmentés, avec une autorité militaire étendue, capable de mobiliser une armée par mer. Son royaume reflète la transition des provinces romaines vers des entités celtiques autonomes après le départ des forces romaines.

Alliances avec les Romains

En 468-469, l’empereur romain d’Occident Anthemius appelle les Bretons à l’aide contre Euric. Riothamus répond, débarquant depuis l’île de Bretagne en Gaule avec son armée. Il s’établit près de Bourges (Bituriges), en Aquitaine, pour rejoindre les forces romaines. Cette alliance est attestée par une lettre de Sidonius Apollinaris (Epistulae III.9), évêque de Clermont, adressée à Riothamus pour régler un litige : des Bretons armés ont enlevé des esclaves d’un Romain modeste. Sidonius exprime du respect pour Riothamus, soulignant son honneur et son influence sur les Bretons d’Armorique. Une autre lettre de Sidonius (Epistulae I.7.5) mentionne une trahison potentielle par Arvandus, préfet du prétoire de Gaule, qui aurait incité Euric à attaquer les Bretons au-delà de la Loire afin de précipiter la chute d’Anthémius et de se proclamer empereur. Bien que la chronologie soit débattue, cela suggère une possible trahison contribuant à la défaite de Riothamus. 

Campagnes contre les Wisigoths

La campagne culmine en 469-470. Jordanes, dans sa Getica (XLV.237-238), décrit Riothamus arrivant par mer avec 12 000 hommes, reçu à Bourges. Euric, avec une armée massive, l’attaque avant qu’il ne puisse opérer une jonction avec les troupes romaines. Après un combat acharné, Riothamus est vaincu à la bataille de Déols (près de Châteauroux), perdant une grande partie de ses forces. Il fuit avec les survivants vers le royaume des Burgondes, également alliés des Romains, et disparaît ensuite des annales. Cette défaite permet à Euric de s’emparer d’Arvernum (Clermont) en 475, précipitant la fin de l’Auvergne romaine. Riothamus, peut-être blessé ou mort en Bourgogne (près d’Avallon), incarne l’échec de cette ultime coalition romaine face aux barbares.

Olier Kerdrel

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By La rédaction

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