Le 7 mai 2026, les électeurs gallois ont écrit une page d’histoire. Pour la première fois depuis la création du parlement national gallois, le Senedd, en 1999, le Parti travailliste (socialiste), qui dominait la politique galloise depuis plus d’un siècle, a perdu sa suprématie. Le Plaid Cymru, les nationalistes gallois, sort grand vainqueur avec 43 sièges sur 96. Juste derrière, les nationalistes anglais de Reform UK réalisent une percée spectaculaire avec 34 sièges. Le Labour s’effondre à seulement 9 sièges, les Conservateurs en remportent 7, les Verts 2 et les Libéraux-démocrates 1.
Aucune majorité absolue
Avec une participation dépassant les 51 %, les Gallois ont clairement exprimé leur désir de renouveau. Ce scrutin marque la fin d’une ère. Rhun ap Iorwerth, leader du Plaid Cymru, a déclaré dans son discours de victoire : « Plaid Cymru est prêt à prendre les mesures nécessaires pour former le prochain gouvernement du Pays de Galles. Nous avons gagné parce que nous représentons l’espoir face à la division, la crédibilité face au chaos et le progrès face à la stagnation. » Un moment « en préparation depuis cent ans », selon lui.
« Le Plaid Cymru est désormais prêt à prendre les mesures nécessaires pour former le prochain gouvernement du Pays de Galles. »
Le chef du Plaid Cymru, Rhun ap Iorwerth, s’exprime après que son parti est devenu la première force politique du Pays de Galles à l’issue des élections au Senedd.
‘Plaid Cymru now stands ready to take the necessary steps to form the next government of Wales.’
Leader of Plaid Cymru, Rhun ap Iorwerth, speaks after his party became the largest in Wales after the Senedd elections.
https://t.co/yRBkkHbzml pic.twitter.com/ov2mf4kqQt— Sky News (@SkyNews) May 8, 2026
Un système électoral repensé, plus juste et proportionnel
Pour comprendre l’ampleur de ce séisme, il faut d’abord expliquer les nouvelles règles du jeu. Le Senedd passe de 60 à 96 membres. Le pays est désormais divisé en 16 grandes circonscriptions, chacune élisant 6 représentants. Les électeurs n’ont plus qu’une seule voix, donnée à un parti via des listes fermées. Les sièges sont ensuite répartis de manière proportionnelle grâce à la méthode D’Hondt. Ce système, plus représentatif, récompense les partis qui bénéficient d’un soutien large et homogène sur l’ensemble du territoire. Plaid Cymru et Reform UK en ont parfaitement tiré parti. Le Labour, très concentré dans ses bastions historiques du sud, a été sévèrement sanctionné. Comme l’explique le professeur Richard Wyn Jones, du Wales Governance Centre à l’université de Cardiff : ce changement structurel a accéléré la fin de l’hégémonie travailliste, marquant la fin d’une domination électorale sans précédent dans les démocraties modernes.
Une géographie du vote contrastée et révélatrice
Le Pays de Galles n’a pas voté d’une seule voix, et c’est ce qui rend ce résultat particulièrement fascinant. Dans le nord et l’ouest rural — Gwynedd, Anglesey (Ynys Môn), Ceredigion ou encore Carmarthenshire —, le Plaid Cymru triomphe. Ces régions agricoles, où la langue galloise reste bien vivante, ont plébiscité un parti perçu comme le défenseur de l’identité culturelle, de l’agriculture locale et d’une plus grande autonomie. Rhun ap Iorwerth l’avait promis lors du lancement du manifeste : « Plus jamais nous ne nous plierons à la volonté de Westminster. Ensemble, nous pouvons offrir à notre nation (galloise, ndlr) le leadership qu’elle mérite. »
À l’inverse, le sud urbanisé et post-industriel — les vallées minières, Cardiff, Newport, Swansea — a vu un vote plus fragmenté et protestataire. Reform UK y a explosé. Le parti a séduit de nombreux anciens électeurs travaillistes et conservateurs exaspérés par les listes d’attente interminables au NHS, le coût de la vie élevé, l’immigration et le sentiment d’abandon. Socialement, les lignes de fracture sont nettes : les jeunes, les locataires et ceux qui se sentent « gallois avant tout » ont davantage soutenu Plaid Cymru et les Verts. Les classes populaires plus âgées, les propriétaires et ceux attachés à l’identité britannique ont basculé vers Reform. Les Verts ont conquis une partie de la jeunesse urbaine et écologiste de Cardiff. Ce clivage rural/urbain et identitaire reflète les tensions plus larges du Royaume-Uni post-Brexit.
Vers quel gouvernement ?
Avec 43 sièges, Rhun ap Iorwerth est le grand favori pour devenir le prochain Premier ministre gallois (First Minister). Il manque cependant six voix pour une majorité. Il a annoncé vouloir « tendre la main aux autres » pour former un gouvernement. Un exécutif minoritaire du Plaid Cymru, soutenu ponctuellement par les Verts sur l’environnement et éventuellement les Libéraux-démocrates, semble le scénario le plus probable. Un accord de coopération avec le Labour affaibli reste envisageable sur des sujets comme la santé, mais un pacte avec Reform UK paraît exclu, les visions du monde s’opposant frontalement. Reform et les Conservateurs, malgré leur force combinée, n’atteignent pas non plus la majorité. Le professeur Stephen Clear, de l’université de Bangor, résume bien la situation : la question centrale devient désormais « Qui peut gouverner ? » dans ce nouveau paysage fragmenté.
Les propositions du Plaid Cymru
Le Plaid Cymru arrive avec un programme concret centré sur l’action immédiate. Les priorités incluent la réduction drastique des listes d’attente au NHS grâce à la création de hubs chirurgicaux, l’extension des services de garde d’enfants, la construction massive de logements abordables, une transition verte ambitieuse et un soutien renforcé à l’agriculture locale. Rhun ap Iorwerth insiste sur l’identité : promotion renforcée de la langue galloise et création d’une commission pour réfléchir sereinement à l’avenir constitutionnel du pays, sans précipitation vers un référendum. Le message est clair : « Le Pays de Galles peut tenir debout sur ses deux jambes », tout en restant pragmatique. Le parti promet de gouverner « avec espoir, humilité et une urgence qui permet d’obtenir des résultats concrets ».
Des répercussions majeures sur les élections générales britanniques
Ce résultat affaiblit considérablement le Labour britannique de Keir Starmer au Pays de Galles. Aux prochaines législatives nationales (probablement en 2029), le Plaid Cymru pourrait conquérir davantage de sièges à Westminster, tandis que Reform UK risque de fragmenter durablement le vote de droite. Le gouvernement central devra composer avec un Pays de Galles plus assertif, exigeant davantage de dévolution, notamment sur les finances ou l’immigration. Eluned Morgan, leader travailliste et Première ministre sortante, qui a perdu son propre siège, avait prévenu pendant la campagne : un vote pour Reform mènerait au « chaos ». Elle plaidait pour la stabilité : « Ce n’est pas le moment pour le changement » en pleine instabilité mondiale.
Un parlement gallois coupé entre deux nationalismes
Le nouveau Senedd sera profondément divisé entre deux visions concurrentes du destin gallois. D’un côté, les nationalistes gallois (Plaid Cymru, Verts et une partie du Labour) défendent plus d’autonomie nationale, la protection de la culture et de la langue, une transition écologique juste et un renforcement de l’État-providence. De l’autre, les nationalistes britanniques (Reform UK et Conservateurs) prônent un attachement fort à l’Union, un contrôle strict de l’immigration, des réductions de la bureaucratie. Richard Wyn Jones analyse ce basculement historique : la fin de l’hégémonie du Labour ouvre une ère nouvelle où le Pays de Galles devient « moins britannique », surtout chez les jeunes, favorisant le Plaid Cymru chez ceux qui s’identifient d’abord comme gallois. Le Pays de Galles entre dans une période incertaine. Le Plaid Cymru aura l’opportunité historique de prouver qu’il peut gouverner avec efficacité et ambition. Reform UK jouera le rôle d’une opposition populiste puissante. Entre les deux pôles, les partis traditionnels ont été marginalisés.
Budig Gourmaelon
Recevez notre newsletter par e-mail !
