Emsav : 10 mai 1908, naissance de Guillaume Berthou Kerverziou, militant, poète, linguiste et écrivain breton

Guillaume Berthou Kerverziou (Gwilherm Berthou Kerverziou en breton), dit Kerverziou, né le 10 mai 1908 à Paimpol (Côtes-d’Armor) et mort le 13 ou 14 mars 1951 à Rennes, est un militant nationaliste breton, ingénieur chimiste, poète, écrivain et druide. Figure de l’Emsav, il combine engagement politique dans les années 1930, création littéraire en breton et renaissance spirituelle celtique.

Formation et parcours professionnel

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Fils d’un capitaine de marine de Paimpol et d’une mère de Lézardrieux, Guillaume Berthou grandit dans le milieu maritime. Il suit sa scolarité à l’école primaire de Paimpol, puis au lycée de Saint-Brieuc où il obtient ses baccalauréats en sciences et lettres en 1925-1926. Il intègre ensuite l’Université de Rennes et en sort ingénieur chimiste en 1929.

Sa carrière professionnelle reflète sa formation scientifique rigoureuse. Il travaille comme chimiste à la poudrerie de Saint-Chamas, puis à celle du Moulin Blanc à Brest en 1931-1932. Il exerce également comme pharmacien à Guipavas. Pendant son exil à Marseille (1933-1935), il enseigne comme instituteur. De retour en Bretagne, il devient professeur de chimie et sciences naturelles au collège privé Notre-Dame de Bon Secours à Brest à partir de 1939. Il occupe aussi des postes de correspondant et directeur dans divers contextes professionnels.

Sur le plan personnel, il épouse en 1931 Amélie Corvez, pharmacienne, mais devient veuf en 1932. Il se remarie en 1933 à Marseille avec Émilie Mailloux.

Engagement politique et militant dans l’Emsav

Dès la fin des années 1920, Berthou s’engage activement dans l’Emsav. En décembre 1927, avec Célestin Lainé, il participe à la création de la Fédération des étudiants bretons (Kevredad Studierien Vreiz). Il rejoint le Parti Autonomiste Breton (PAB) et collabore à la revue Breiz da Zont.

En 1929-1930, avec Lainé et d’autres, il cofonde la société secrète Kentoc’h Mervel (« Plutôt mourir »), expression d’un nationalisme intransigeant. En 1930-1931, cette structure évolue vers le groupe Gwenn ha Du, orienté vers l’action directe. Berthou fait partie du Kuzul Meur (conseil secret) de l’organisation aux côtés de Lainé et Armand Giraud.

En 1932, après l’attentat contre la statue d’Anne de Bretagne à Rennes, plusieurs interpellés, dont Théophile Jeusset, indiquent que Berthou a fourni la nitroglycérine. Accusé d’avoir dénoncé des militants aux autorités françaises, il est condamné à l’exil par le Kuzul Meur. Il quitte la Bretagne fin 1932 pour Marseille, où son père exerçait comme inspecteur de la navigation maritime, et y reste jusqu’en 1935. De retour, il limite ses activités politiques directes tout en maintenant un engagement culturel fort.

Il devient rédacteur en chef d’Arvor, collabore à Gwalarn (dont il est secrétaire), Kad (trésorier), Stur, L’Heure Bretonne, Galv, Studi hag Ober et Al Liamm. En 1938, il fonde une école de gallois. Pendant la guerre, il participe à l’Institut Celtique de Bretagne, notamment à sa commission de littérature de langue bretonne, dans une optique de valorisation culturelle et linguistique. Il contribue aussi à des revues comme Hor Yezh (qu’il aide à fonder en 1950) et maintient des liens avec des figures comme Roparz Hémon, Per Denez ou Arzel Even.

Œuvre littéraire et poétique

Poète et prosateur prolifique sous le pseudonyme Kerverziou, Berthou écrit principalement en breton. Sa poésie, souvent métaphysique et influencée par les traditions celtiques, la science et la philosophie, est comparée par certains à celle de Yeats ou Mallarmé pour sa densité et son hermétisme. Abeozen note sa grande érudition tout en avouant parfois des difficultés de lecture.

Parmi ses publications majeures :

  • Levr an amprevaned (1943), premier ouvrage de zoologie en breton.
  • Llena Davies (1950), nouvelle remarquée pour son traitement du thème de l’amour inter-racial ou « rev ».
  • Barzhonegoù – Barzhaz Kerverzhiou (1955, posthume), recueil poétique.
  • Contributions linguistiques : études sur la stylistique, grammaire, vocabulaire, et articles sur le breton maritime ou les liens celtiques.

Il traduit des textes anciens, comme des passages liés à la bataille de Mag Tuired (Kad Mag Tured), et produit des essais sur le théâtre breton, la langue des druides ou des comparaisons indo-européennes. Son œuvre linguistique et littéraire vise à moderniser et enrichir le breton tout en le reliant à ses racines celtiques.

Il participe au groupe artistique Seiz Breur, contribuant à la modernisation d’un art breton authentique.

Engagement spirituel et druidique

Après la guerre, Berthou recentre son action sur la dimension spirituelle et celtique. Il adhère à Kredenn Geltiek (Credo Celtique), mouvement néodruidique. Il y prend les noms bardiques « Iaktimagos Vissurix » (ou variantes) et Kerverziou. Il devient grand druide et participe au Gorsedd de Bretagne.

En 1948, il fonde et dirige le périodique Ogam, bulletin des Amis de la Tradition Celtique (dont il est président). Il y publie des études sur la culture celtique, la linguistique, la spiritualité et des poèmes jusqu’à sa mort. Ses travaux explorent les rapprochements entre traditions celtiques, indo-européennes et hindoues, dans le contexte des idées aryanistes et ésotériques de l’époque. Il élabore un calendrier personnel fondé sur les cycles lunaires et solaires, débutant à la bataille mythique de Mag Tuired.

Son ésotérisme le relie à divers cercles, maçonniques ou aryanistes, tout en restant centré sur la renaissance bretonne et celtique. Guillaume Berthou Kerverziou meurt en 1951, à 42-43 ans, des suites d’une maladie pulmonaire. Par son exemple, Kerverziou rappelle que le combat pour la Bretagne se mène sur tous les fronts : scientifique, poétique, politique et spirituel, avec fidélité aux ancêtres et à la terre bretonne.

Olier Kerdrel

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By La rédaction

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