Le 14 juillet 2026, à Paimpont, Jean-Luc Mélenchon a prononcé un discours reprenant les clichés des pires heures du terrorisme jacobin : « Le peuple révolutionnaire de France a une dette pour toujours à l’égard de la Bretagne. Les députés bretons du Tiers-État se sont réunis pour former le Club breton, qui deviendra ensuite le Club des Jacobins […] Cette nuit-là, un univers de hiérarchies a été aboli. Ainsi a jailli le plus grand cri révolutionnaire : “Les êtres humains naissent et demeurent libres et égaux en droit !” »
Le peuple révolutionnaire de France a une dette pour toujours à l’égard de la Bretagne.
Les députés bretons du Tiers-État se sont réunis pour former le Club breton, qui deviendra ensuite le Club des Jacobins.
Alliés à d’autres factions, lors de la nuit du 4 août 1789, les… pic.twitter.com/3tx8FrCWr8
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) July 14, 2026
En venant en Bretagne propager ces thèses, Mélenchon agit en agent classique de l’impérialisme français. Il ignore délibérément les faits historiques : non-représentativité des députés invoqués, opposition des institutions bretonnes légitimes, illégalité de l’annexion de 1532, et les crimes commis par la République contre le peuple breton. Si la France a une dette envers la Bretagne, c’est celle de sa liberté au prix des crimes qu’elle a commis contre elle depuis des siècles.
L’union de 1532 : une annexion unilatérale
L’argumentaire repose sur une Bretagne déjà intégrée depuis 1532. Pourtant, aucun traité bilatéral entre la Bretagne et la France n’existe portant sur ce qui fut en réalité une annexion illégale. François Ier imposa l’annexion via pressions, pots-de-vin et menaces militaires sur les États de Bretagne à Vannes. L’édit fut proclamé unilatéralement à Nantes le 13 août 1532. L’accord diplomatique entre la Bretagne et la France de 1499 fut violé et la Bretagne, duché souverain, fut annexée par la force. Assiégiés, les États et le Parlement bretons maintinrent une union conditionnelle entre les deux nations, ce que la France dut consentir à respecter.
La résistance nationale bretonne
Face aux pressions croissantes de l’impérialisme français, le Parlement de Rennes et les États de Bretagne défendirent les droits nationaux des Bretons. En 1788-1789, le Parlement s’opposa aux édits royaux et refusa de nommer des députés aux États généraux. Des troubles éclatèrent à Rennes en janvier 1789. René-Jean de Botherel du Plessis, procureur général syndic des États, publia le 13 février 1790 ses Protestations (éditées à Nantes et Southampton en 1791). Il y déclara nulles les actions des députés bretons aux États généraux, car non conformes aux lois bretonnes, et protesta contre impositions, suppressions de tribunaux et atteintes aux droits de la Bretagne. Il en appela à l’Europe. D’autres parlementaires, dont Jacques Gabriel Annibal de Farcy, participèrent à cette opposition nationale.
Le Club breton
Le Club breton se forma en juin 1789 à Versailles, avant et après les séances des États généraux. Il regroupait initialement environ 44 députés issus de la bourgeoisie bretonne (certains chiffres parlent d’une quarantaine), qui se réunissaient au Café Amaury (angle avenue de Saint-Cloud et rue Carnot). La noblesse bretonne ayant majoritairement refusé d’envoyer des représentants, et le clergé étant élu différemment, il était dominé par la bourgeoisie. Par esprit de classe, ce groupe informel avait dans les faits fait sécession, abandonnant la Bretagne nationale et La Défense de ses droits pourtant menacés. Rapidement, sous l’effet de ce cosmopolitisme idéologique, il s’ouvrit à d’autres députés non-bretons : Sieyès, les frères de Lameth, Charles de Noailles, le duc d’Aiguillon, Adrien Duport, etc. Son influence dépassa sa taille initiale et son caractère breton s’estompa très vite. Après le transfert de l’Assemblée à Paris en octobre 1789, il évolua au couvent des Jacobins (rue Saint-Honoré) pour devenir la Société des amis de la Constitution, puis le célèbre Club des Jacobins qui devait organiser le premier gouvernement terroriste de l’histoire. Le Club breton cessa pratiquement d’exister en tant que tel dès l’été 1789.
La nuit du 4 août 1789 : une annexion illégale et illégitime
L’Assemblée révolutionnaire abolit unilatéralement les droits nationaux de la Bretagne tels qu’ils étaient garantis depuis le 16ème siècle, condition d’une coexistence précaire entre les deux nations. Ce coup d’état viola le contrat d’union, pourtant déjà illégal, de 1532. Fiscalité indépendante, maintien des États et Parlement, droit national propre, neutralité diplomatique et militaire : leur abolition équivalut à une annexion totale et mena à la partition de la Bretagne en simple « départements » français, précipitant l’insurrection générale.
Crimes de la République en Bretagne
La Révolution apporta Terreur et répression en Bretagne afin d’en écraser le sentiment national bafoué. La Chouannerie (1793-1815) vit des dizaines de milliers de Bretons se soulever contre conscription, impôts révolutionnaires, déchristianisation et francisation à outrance, espérant, à tort, qu’une restauration monarchique permettrait le rétablissement des rapports entre la Bretagne et la France qui prévalaient avant l’annexion de 1789. À Nantes, les noyades de Carrier (1793-1794) tuèrent des milliers (estimations de 2 000 à 10 000 victimes, dont femmes et enfants). Au nom de la négation du fait national breton, comme de la liberté nationale de la Bretagne, la destruction culturelle fut systématique et perdure encore. Le breton passa de près d’un million de locuteurs en 1945 à quelques dizaines de milliers aujourd’hui, en danger imminent d’extinction. Les guerres françaises (notamment 1914-1918) coûtèrent un lourd tribut humain à la Bretagne qui, sans l’annexion de 1789, serait restée neutre.
Une dette écrasante
Jean-Luc Mélenchon, en célébrant à Paimpont la nuit du 4 août, propage un mythe fondateur de l’impérialisme français moderne. Les faits démentent ce discours aux allures de légende dorée. La Bretagne n’est redevable de rien à la Révolution. Elle a résisté et souffert sous le poids d’une occupation étrangère aux allures de table rase, comme d’autres peuples d’Europe, et continue de souffrir de cette annexion et de cette idéologie brutales. La Bretagne, en se plaçant à l’avant-garde de la résistance aux thèses nihilistes de 1789 pour défendre son génie propre, a montré la voie. La dette de la France vis-à-vis de la Bretagne est la somme des crimes qu’elle a commis dans notre pays pour le réduire à néant au nom de cette idéologie totalitaire. Avec l’aspiration désormais majoritaire des Bretons à l’autonomie immédiate de leur patrie, mais aussi à la défense de sa personnalité nationale face à la francisation d’état, notamment linguistique, nous voyons une page se tourner progressivement : la page que Mélenchon tente bruyamment et désespérément de défendre.
Budig Gourmaelon
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