Nos noms de famille, ceux qui nous définissent, qu’on emploie tous les jours, ont été largement remaniés, réécrits, transformés. Et bien souvent… francisés. Explication historique : en 1539, François Ier promulgue la célèbre ordonnance de Villers-Cotterêts. Ce texte de loi, en plus de bannir le latin des textes officiels, généralise l’enregistrement par écrit des noms de famille. Mais, au fil des siècles, le clergé, puis les officiers d’état civil ont fait bien peu de cas des langues dans lesquelles ils avaient été inventés.
En Bretagne, les noms de famille sont ainsi souvent issus du breton. Les Marc’hadour (marchand), Bihan (petit) ou Yaouank (jeune) disent tous quelque chose de la profession, de l’aspect physique ou du rang de naissance de nos ancêtres. Mais, sous la plume des fonctionnaires zélés, ils ont été orthographiés à la française, quand ils n’ont tout simplement pas été traduits. Les Ar C’horr sont devenus Le Corre, des Baraer ont été transformés en Le Boulanger…
Et certains s’émeuvent de la situation. Ainsi, un habitant de Saint-Avé, près de Vannes, a entrepris une démarche originale. Ce retraité, ancien sommelier puis directeur de structures dans le monde du travail social, s’appelle Tristan Le Floch. Il souhaiterait pouvoir orthographier son nom, signifiant écuyer ou page, dans sa langue d’origine : Ar Floc’h, en traduisant l’article et en récupérant au passage son apostrophe. « Cela fait un moment que ça me trotte dans la tête », raconte celui qui se décrit comme un « militant ».
Tristan Le Floch a donc entamé les démarches de changement à l’état civil, fournissant des preuves historiques de l’origine de son nom. En décembre dernier, un refus lui a été opposé. « Le dossier est porté actuellement devant le tribunal administratif de Paris, où il va suivre son cours avant, si nécessaire, un appel devant le tribunal administratif de Paris, puis le Conseil d’État, et si besoin les juridictions européennes », explique-t-il.
Pour ces démarches, chronophages et payantes, Tristan Le Floch a reçu le soutien de l’association Skoazell Vreizh. Car l’homme ne se fait pas d’illusion : la bataille sera longue. Si l’Espagne, par exemple, a mis en place une procédure simplifiée pour tous les Basques ou les Catalans qui souhaitent rectifier leur nom, la France centralisée risque d’être bien moins arrangeante. Mais Tristan Le Floch reste ferme sur ses motivations : « Mon nom a été francisé au cours des siècles précédents. La même chose se passe actuellement pour les noms de lieux, la toponymie. Mais on ne peut pas demander aux gens de changer leur culture et leur langue ! En Bretagne, on a une langue, qui souffre. Si on ne se bat pas nous-mêmes, demain, tout sera effacé ».
Source : Ouest-France
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