Emsav : 3 avril 1905, naissance de la poétesse en langue bretonne Anjela Duval

Le 3 avril 1905, dans la terre sacrée du Vieux-Marché, au cœur des Côtes-du-Nord, naquit une fille du peuple, une âme indomptable qui allait porter haut le flambeau de la Bretagne : Marie-Angèle Duval, plus connue sous son nom de plume, Anjela Duval. Aujourd’hui, en ce printemps 2025, nous commémorons avec fierté la naissance de cette poétesse dont la vie et l’œuvre incarnent l’âme de notre peuple.

Une Enfance dans la Terre Bretonne

pinup pin up pin up pinup

Anjela Duval vit le jour dans une famille de cultivateurs modestes. Fille unique, elle grandit dans l’ombre d’une sœur aînée, Maia, et d’un frère emportés avant sa venue, une perte qui marqua son imaginaire poétique. Dès son plus jeune âge, elle fut bercée par le breton qu’elle allait raviver avec ferveur. À Trégrom, chez les sœurs, elle apprit à lire et écrire en breton et en français, mais une maladie des os l’éloigna des bancs d’école. Qu’importe ! La Bretagne elle-même devint son maître, et les champs, les ruisseaux et les animaux de sa ferme de Traoñ an Dour, sa salle de classe.

Refusant les chaînes d’un mariage qui l’aurait arrachée à sa terre, Anjela choisit la solitude, une solitude féconde où elle puisait la force de chanter sa patrie. Dans son poème Karantez Vro (L’Amour du pays), elle écrit :

« Karantez vro zo ennon-me / Un tanvaban eus ar bed-se »

(« L’amour du pays est en moi / Une étincelle de ce monde »).

Ces mots, simples et puissants, sont un serment d’allégeance à la Bretagne, une déclaration d’amour qui transcende le temps.

Une Voix pour la Résistance

À une époque où la langue bretonne reculait sous les assauts de la centralisation française, où le remembrement défigurait nos campagnes et où l’exode rural vidait nos villages, Anjela Duval se dressa comme un rempart. Sa poésie, en vers libres, riche de rimes intérieures et d’allitérations, n’était pas un simple exercice littéraire : c’était une arme. Elle y chantait sa vie quotidienne – ses vaches, ses poules, ses chiens – mais aussi ses souffrances et son attachement indéfectible à la terre de ses ancêtres.

Dans Kan an Douar (Le Chant de la Terre, 1973), elle célèbre la paysannerie bretonne avec une tendresse infinie :

« An douar zo va skoliataer / Ha va skritur e-barzh ar vuhez »

(« La terre est mon professeur / Et mon écriture dans la vie »).

Sa plume devint un étendard pour l’Emsav. En 1971, l’émission Les Conteurs d’André Voisin la révéla au grand public, et bientôt, des figures comme Gilles Servat, Paol Keineg et Yann-Ber Piriou vinrent frapper à sa porte. Elle, la paysanne humble, devint un symbole, une muse pour tous ceux qui rêvent d’une Bretagne libre et fière.

Une Âme Militante

Anjela ne se contenta pas de chanter : elle agit. Dans les années sombres où des militants du Front de Libération de la Bretagne étaient jetés en prison, elle leur écrivit, leur offrant le réconfort de ses mots. Son poème Kounnar Ruz (La Colère Rouge) est un cri de révolte contre l’oppression, une flamme rouge qui brûle encore dans nos cœurs :

« Kounnar ruz eus va skornvaban / O skeiñ war ar re a ran sklav »

(« Une colère rouge dans mes veines / Frappant ceux qui nous asservissent »).

Elle, qui labourait ses champs et soignait ses bêtes, portait en elle une force révolutionnaire, une volonté de fer forgée dans l’amour de son peuple.

Un Héritage Vivant

Anjela Duval s’éteignit le 7 novembre 1981 à Lannion, mais son esprit demeure. Ses œuvres – Traoñ an Dour (1982), Tad-kozh Roperz-Huon (1982), Me, Anjela (1986) – sont des trésors que nous devons chérir. Elles ont inspiré des artistes comme Gwennyn, qui chante An Alc’hwez Aour (La Clé d’Or), ou Nolwenn Leroy, qui reprend Karantez Vro. Yann Tiersen, dans son album EUSA (2016), et Annie Ebrel, avec Lellig (2021), ont puisé dans ses vers une beauté intemporelle. Les rues, les écoles, les médiathèques qui portent son nom – de Plérin à Carhaix – témoignent de sa place dans notre mémoire collective.

En 2011, trente ans après sa mort, une statue de granite fut érigée au Vieux-Marché, un hommage à cette femme qui, par sa plume et son courage, a fait de sa vie un acte de résistance. Car Anjela Duval n’était pas seulement une poétesse : elle était la Bretagne incarnée, une voix qui refuse de se taire, un feu qui ne s’éteint pas.

En ce 3 avril 2025, alors que nous célébrons les 120 ans de sa naissance, levons nos regards vers l’héritage d’Anjela Duval. Elle nous rappelle que la Bretagne n’est pas une relique du passé, mais une flamme vive, un combat de chaque instant. Que son anniversaire soit un jour de fête, mais aussi un jour de lutte, car, comme elle l’écrivait dans Kan an Douar :

« An douar zo va frankiz / Ha va skiantvab eus ar vuhez »

(« La terre est ma liberté / Et ma conscience de la vie »).

Olwen Kerdrel

Recevez notre newsletter par e-mail !

By La rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

×