Un vaste trafic de civelles, ces précieux alevins d’anguilles, a été mis à jour après plus de deux ans d’enquête. Comme l’indique Marion Fersing dans un article publié le 3 avril 2025, Treize individus sont jugés les 3 et 4 avril devant le tribunal de Créteil, dont deux individus opérant à Nantes, suspectés d’avoir pêché les civelles au cœur de ce réseau international reliant la Bretagne à l’Asie, via Paris, le Sénégal et Hong Kong.
L’affaire débute en février 2023 avec le suivi d’une camionnette quittant la région nantaise pour la banlieue sud de Paris. À Villeneuve-Saint-Georges, les enquêteurs tombent sur un entrepôt clandestin abritant cinq piscines oxygénées, où trois ressortissants chinois sont arrêtés avec 303 kilos de civelles – soit environ 818 000 alevins, d’une valeur estimée entre 1,7 et 2,1 millions d’euros. Les investigations révèlent ensuite une filière ingénieuse : les civelles étaient acheminées vers Dakar, au Sénégal, dissimulées dans les valises de « mules » malaisiennes. En février 2024, trois de ces passeurs sont interceptés à Roissy avec 55 kilos d’alevins répartis dans neuf bagages.

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Au Sénégal, un entrepôt doté d’une vingtaine de piscines servait à élever les civelles avant leur exportation. Là, les trafiquants chinois contournaient l’interdiction d’exporter l’espèce européenne « Anguilla Anguilla » en la faisant passer pour « Anguilla Mossambica », une anguille africaine non protégée. Ce subterfuge permettait d’envoyer chaque mois une tonne d’alevins vers Hong Kong par avion. Ce réseau, d’une ampleur rare, illustre la créativité criminelle déployée pour exploiter une ressource précieuse, au mépris des lois environnementales et de la biodiversité.
Ewen Broc’han
Crédit photos : Cheryl A. Guerrero / Los Angeles Times
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