Pêr Laorañs, de son nom civil Pierre Laurent, reste une des figures les plus emblématiques et les plus durables du militantisme breton. Né le 12 février 1904 à Brest et décédé le 17 novembre 2002 au Konk-Leon à l’âge de 98 ans, cet ingénieur polytechnicien a consacré près d’un siècle à défendre l’identité bretonne sous toutes ses formes : linguistique, culturelle, politique et écologique. Son parcours illustre une fidélité exceptionnelle à la cause bretonne, traversant les époques les plus hostiles à la reconnaissance de la Bretagne comme nation et langue vivante.
Les origines d’une conscience bretonne
Pierre Laurent grandit dans un milieu familial marqué par la marine et une éducation classique. Fils d’un médecin de marine décédé jeune, il prépare l’École polytechnique à Sainte-Geneviève à Paris. C’est en 1922, dans la bibliothèque de l’établissement, qu’il découvre ses racines bretonnes en lisant Bretagne et Vendée de Pitre-Chevalier. Ce livre agit comme une révélation : il décide immédiatement d’apprendre le breton. Il le fait auprès de Jean Charles, aux côtés de Roparz Hemon, figure centrale du renouveau linguistique breton. Après un séjour aux États-Unis dans les années 1920, il rentre en France en 1929 et s’engage pleinement dans le l’Emsav. En 1931, il participe activement aux congrès de Breiz Atao à Gwengamp (Guingamp) et Landerne (Landerneau), qui aboutissent à la création du Parti national breton (PNB). Positionné dans l’aile modérée, il milite pour l’enseignement du breton et soutient des initiatives comme Ar Brezoneg er Skol ou le mouvement Feiz ha Breiz, qui lie foi chrétienne et identité bretonne.
Un engagement culturel et linguistique constant
Polytechnicien de formation, Pierre Laurent travaille comme ingénieur chez Alsthom à Belfort, où il contribue notamment à la mise au point des moteurs du paquebot Normandie. Installé à Paris en 1939, il est mobilisé pendant la guerre au Laboratoire central d’armement. Malgré ces contraintes professionnelles, son combat pour la langue bretonne ne faiblit jamais. Il devient un collecteur et chanteur de chants traditionnels, particulièrement en vannetais (gwenedeg), et s’installe durablement à Belz dans le Morbihan. Il préside Ker Vreiz de 1947 à 1956, une association clé pour la promotion culturelle bretonne. Poète, auteur et militant, il défend le breton dans une époque où la langue recule dramatiquement face à la scolarisation obligatoire en français. Son action discrète mais tenace fait de lui un passeur entre les générations : il relie les militants des années 1920-1930 aux renouveaux des années 1970-1990.
L’engagement écologique précurseur
À partir des années 1970, Pêr Laorañs s’engage dans la défense de l’environnement breton, devenant l’un des premiers « écologistes bretons » militants. Il alerte sur la dégradation du littoral, les pollutions agricoles et industrielles, et lie écologie et identité bretonne. Installé à Konk Leon (Conquet), près de sites sensibles, il défend une Bretagne vivante, respectueuse de ses paysages et de ses ressources. Cet aspect de son combat anticipe les préoccupations actuelles sur le climat et la préservation du patrimoine naturel.
Un legs durable
Pêr Laorañs incarne la persévérance : il a vu la Bretagne passer de la quasi-clandestinité linguistique à un renouveau culturel visible. Respecté dans le Morbihan et le vannetais, il reste une référence pour les militants bretons. Son parcours montre qu’un combat patient, ancré dans la langue, la culture et le territoire, peut perdurer malgré les adversités.
Olier Kerdrel
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