Aucun fossile de dinosaure n’a été découvert en Bretagne à ce jour, car la géologie de notre pays, dominée par l’ancien massif armoricain (formé principalement au Paléozoïque, il y a plus de 300 millions d’années), n’a pas préservé de sédiments mésozoïques (l’ère des dinosaures, de 252 à 66 millions d’années avant notre ère) en quantité suffisante. Le massif armoricain est resté émergé et soumis à l’érosion pendant une grande partie du Mésozoïque, ce qui a effacé la plupart des dépôts sédimentaires potentiellement fossilifères. Cependant, on peut inférer logiquement la présence de dinosaures en Bretagne à cette époque, car la région faisait partie du continent eurasiatique (Laurasia après la fragmentation de la Pangée), avec des environnements terrestres favorables. Les dinosaures voisins trouvés en France (surtout dans le sud et l’ouest) ou en Europe permettent d’imaginer une faune similaire.
La Bretagne au Trias

Située au niveau du Maroc actuel, la Bretagne (Massif armoricain) pendant le Mésozoïque (252–66 Ma) était caractérisée par un relief très faible, typique d’une pénéplaine (ou surface d’aplanissement) ancienne, issue de l’érosion prolongée de la chaîne varisque (hercynienne) formée au Paléozoïque. La chaîne varisque avait atteint des altitudes élevées (probablement 8 000–10 000 m à son apogée au Carbonifère), mais au Trias (250 – 200 Ma), elle était déjà fortement érodée et réduite à un paysage quasi plat.
Géographie physique
Le Massif armoricain était une zone continentale émergée, relativement stable après l’orogenèse varisque (hercynienne) du Paléozoïque tardif. Il s’agissait d’un socle ancien érodé, formant un relief de type appalachien ou de basses collines, avec des altitudes modestes (quelques centaines de mètres au maximum, souvent aplani). Le relief était caractérisé par :
- Des surfaces d’érosion et des pédiplaines héritées des phases post-varisques.
- Des bassins sédimentaires continentaux limités (grabens ou demi-grabens) activés par l’extension liée à la fragmentation précoce de la Pangée et au début de l’ouverture de l’Atlantique central.
- Peu ou pas de sédiments triasiques conservés directement sur le Massif armoricain en Bretagne (contrairement aux bordures comme le bassin de Paris ou le Sud de la France). La région était majoritairement exondée, avec érosion active et exportation de matériaux vers les marges continentales ou les bassins adjacents.
- Pas de grandes mers épicontinentales couvrant la Bretagne au Trias ; les transgressions marines jurassiques viendront plus tard.
Climat
Le climat global du Trias était un Greenhouse chaud (sans calotte polaire permanente), avec des températures moyennes élevées et une homogénéité climatique plus marquée qu’aujourd’hui en raison de la configuration de la Pangée (supercontinent centré sur l’équateur). Pour la Bretagne (paléolatitude environ 20–30°N au Trias moyen-supérieur) :
- Climat chaud et majoritairement aride à semi-aride, avec une forte évaporation.
- Alternance marquée entre saisons sèches (très chaudes, jusqu’à 35–45°C en été dans les zones intérieures de Pangée) et périodes de moussons ou pluies saisonnières plus intenses.
- Conditions désertiques ou semi-désertiques dominantes au centre du supercontinent, avec expansion des déserts ; la Bretagne, en position plus marginale (proche des marges océaniques naissantes), connaissait probablement un climat semi-aride avec des précipitations irrégulières et limitées (saison des pluies courtes).
- Pas de glace polaire ; les températures hivernales restaient positives ou modérément fraîches en haute latitude, mais en Bretagne subtropicale, le climat était globalement chaud et sec.
Flore
La flore triasique continentale était fortement appauvrie après la crise permotriasique (plus grande extinction de l’histoire). Elle s’adaptait à des conditions arides et chaudes, avec une reconquête progressive à partir du Trias moyen :
- Dominance des gymnospermes conifériens et apparentés : Voltziales (conifères ancestraux comme Voltzia), Cheirolepidiaceae (famille dominante dans les environnements arides), et premiers taxons proches des araucarias modernes.
- Présence de ptéridospermes (fougères à graines) résiduelles et de cycadales ou bennettitales (plantes à allure de palmiers ou fougères arborescentes), mais moins abondantes que dans le Jurassique.
- Flore herbacée et arbustive adaptée à la sécheresse : fougères (comme Equisetites ou Cladophlebis), lycopodes, et plantes à cuticules épaisses ou stomates enfoncés pour limiter la perte d’eau.
- Absence de forêts denses et luxuriantes comme au Carbonifère ou au Jurassique ; la végétation était plutôt ouverte, avec des formations de type savane aride, broussailles xérophiles, ou galeries forestières le long des cours d’eau temporaires.
- Pollen et spores fossiles indiquent une flore de climat chaud et sec, avec une faible diversité comparée aux périodes humides.
En résumé, la Bretagne au Trias était un haut-fond continental érodé, sous un climat subtropical chaud et semi-aride, avec une végétation clairsemée dominée par des conifères et gymnospermes résistants à la sécheresse. Ces conditions contrastent fortement avec le climat plus humide et subtropical du Jurassique qui suivra, favorisant alors des forêts plus denses.
Les dinosaures de la Bretagne triassique
D’après la paléogéographie et les découvertes dans les régions périphériques du Massif armoricain (Normandie, Cotentin, Vendée, Anjou, etc., qui font partie du même bloc continental armoricain élargi), on peut inférer logiquement la présence de dinosaures primitifs en Bretagne au Trias supérieur (Carnien–Norien–Rhétien, ~235–201 Ma). Le Massif armoricain faisait partie de la Laurasie nord-occidentale, proche de la Pangée en fragmentation, avec un climat chaud et aride/subtropical, des plaines alluviales, des rivières saisonnières et des forêts de conifères primitifs. Les dinosaures du Trias sont encore rares et primitifs (premiers vrais dinosaures apparus vers 233–230 Ma). En Europe occidentale et en Bretagne, la faune triassique tardive est dominée par des sauropodomorphes basaux (prosauropodes primitifs) et des théropodes primitifs (coelophysoïdes-like).
1. Sauropodomorphes basaux / Prosauropodes primitifs (herbivores ou omnivores bipèdes/quadrupèdes)

Plateosaurus engelhardti
C’est le groupe le plus courant au Trias supérieur européen. Plateosaurus engelhardti ou formes très proches (le « prosauropode » classique européen)
- Taille : 4–10 m de long, 2–4 m de haut
- Apparence : Corps robuste, cou long, petites pattes avant avec griffe pollici forte, bipède ou quadrupède occasionnel, tête petite avec dents en feuille
- Mode de vie : Herbivore brouteur de fougères, conifères bas et arbustes ; souvent grégaire, troupeaux dans les plaines fluviales
- Preuves régionales : Très abondant en Allemagne (Keuper), Suisse, France de l’Est (Jura, Lorraine). Des restes ou traces similaires au Trias terminal du Cotentin (Normandie, partie du Massif armoricain) et en Vendée (Hettangien basal, transition Trias-Jurassique). Logiquement présent en Bretagne comme migrant ou résident sur les terres émergées armoricaines.
Autres sauropodomorphes primitifs : Formes indéterminées ou basal comme celles du Cotentin (Norien–Rhétien, os isolés de grands sauropodomorphes ~8–10 m)

sauropodomorphes
2. Théropodes primitifs (carnivores ou omnivores bipèdes)

Coelophysoïdes
Petits à moyens prédateurs, souvent les plus anciens dinosaures. Coelophysoïdes ou formes comme Liliensternus / Lophostropheus-like
- Taille : 3–6 m de long
- Apparence : Corps svelte, pattes postérieures longues et fines, bras courts avec griffes, tête allongée avec dents acérées
- Mode de vie : Carnivore rapide, chassant en petits groupes ou solitaire les petits reptiles, prosauropodes juvéniles et procolophonidés
- Preuves régionales : Restes ou traces au Trias supérieur–basal Jurassique en Normandie (Cotentin, Pernelle), Vendée (Veillon, empreintes Hettangien basal). La faune armoricaine tardive inclut probablement ces petits théropodes agiles.

Liliensternus
Au Trias supérieur (Carnien–Norien–Rhétien, ~235–201 Ma), période où les premiers dinosaures apparaissent et où ils auraient pu être présents en Bretagne (Massif armoricain), les dinosaures ne représentaient qu’une minorité de la faune terrestre vertébrée. Ils étaient encore rares et de petite à moyenne taille, occupant souvent des niches marginales. Les 80 % (ou plus) du restant de la faune terrestre (non-dinosaures) étaient composés principalement de reptiles archosaures non dinosaures (pseudosuchiens et leurs alliés), de synapsides (reptiles mammaliens ou therapsides), d’amphibiens et d’autres groupes de reptiles primitifs. Voici la composition la plus évidente et dominante, basée sur les sites européens les mieux documentés (Keuper allemand, Stubensandstein, sites normands/vendéens proches de l’Armorica, etc.) :
Groupes dominants (majorité de la biomasse et de la diversité)
Pseudosuchiens / Archosaures non dinosaures (environ 40–60 % de la faune vertébrée terrestre dans de nombreux sites) :

Phytosaures : Reptiles aquatiques/semi-aquatiques ressemblant à des crocodiles à long museau (ex. : Mystriosuchus, Nicrosaurus en Allemagne). Très abondants près des rivières et lacs ; prédateurs apex aquatiques ou semi-terrestres.

Aétosaures : Herbivores cuirassés terrestres, comme des tatous ou crocodiles blindés (ex. : Aetosaurus, Parringtonia). Communs dans les plaines alluviales ; souvent les herbivores dominants.

Rauisuchiens (ou « rauisuchiens primitifs ») : Prédateurs terrestres robustes et massifs (ex. : Batrachotomus en Allemagne, Postosuchus-like). Souvent les plus grands carnivores terrestres avant l’essor des théropodes dinosaures.
Autres pseudosuchiens : Crocodylomorphes primitifs (ex. : Terrestrisuchus), aetosauriformes, etc.
Synapsides (therapsides / « reptiles mammaliens ») (20–40 % dans les sites du Trias moyen-supérieur) :

Cynodontes (ancêtres des mammifères) : Petits à moyens, souvent insectivores ou herbivores (ex. : formes gomphodontes comme Exaeretodon ou cynodontes basaux).

Dicynodontes : Herbivores massifs survivants (ex. : Lystrosaurus au Trias inférieur, mais encore présents localement au supérieur dans certains sites).
![]()
Autres therapsides : Formes carnivores ou omnivores, mais en déclin face aux archosaures.
Amphibiens temnospondyles (10–20–30 % près des milieux humides) : Gros amphibiens aquatiques/semi-aquatiques (ex. : Metoposaurus, Cyclotosaurus en Europe centrale). Dominants dans les lacs, rivières et zones marécageuses ; prédateurs piscivores ou opportunistes.
Dans les sites périphériques (Cotentin, Vendée), la faune est similaire : dominée par phytosaures, aétosaures, temnospondyles et rauisuchiens, avec des synapsides en déclin. Les dinosaures (prosauropodes et petits théropodes) n’apparaissent qu’en fin de Trias et restent subordonnés. Le paysage aride/subtropical favorisait les archosaures pseudosuchiens (plus adaptés aux conditions sèches que les synapsides).
Recevez notre newsletter par e-mail !
