EMSAV – François-Marie Madec, plus connu sous le titre d’abbé Madec, est une figure emblématique du catholicisme social et de l’autonomisme breton au début du XXe siècle. Né le 27 février 1879 à Ploneour-Menez, une petite commune de l’actuel « Finistère » en Bretagne, dans une famille modeste mais pieuse, il décède le 19 décembre 1936 à Brest, à l’âge de 57 ans, des suites d’une santé fragilisée par ses engagements intenses.
Enfance et formation

Ploneour-Menez
François-Marie Madec grandit dans un environnement rural typiquement breton, imprégné de traditions et de ferveur catholique. Ploneour-Menez, niché dans les Monts d’Arrée, est un village où la langue bretonne est encore vivante, ce qui influencera profondément son attachement à la culture régionale. Issu d’une famille paysanne, il montre tôt un penchant pour les études ecclésiastiques. Il entre au petit séminaire de PonteKroaz (Pont-Croix), puis poursuit sa formation au grand séminaire de Kemper (Quimper). Ordonné prêtre en 1902, il obtient plus tard un doctorat en droit canon et une licence ès lettres, démontrant une soif intellectuelle qui le distinguera de nombre de ses contemporains. Ces années formatrices l’ouvrent à la théologie, mais aussi aux idées sociales émergentes, influencées par le catholicisme progressiste de l’époque
De 1902 à 1905, Madec s’installe à Paris comme surveillant, puis professeur au collège de l’Immaculée Conception. Cette expérience urbaine le confronte à la misère ouvrière et aux débats intellectuels de la capitale. C’est là qu’il adhère au mouvement Le Sillon, fondé par Marc Sangnier, qui prône un christianisme engagé dans les luttes sociales. Ce virage vers un catholicisme social marque le début de son engagement militant, loin du courant catholique conservateur dominant à l’époque.
Carrière ecclésiastique et engagements sociaux
En 1906, Madec retourne en Bretagne et est nommé vicaire auxiliaire à Plonevez-Porzhe (Plonévez-Porzay), près de Kemper (Quimper). Proche de Brest et de son arsenal industriel, il met en pratique ses idées sociales. En octobre 1907, il fonde La Quinzaine Ouvrière, un bulletin bimensuel destiné aux travailleurs, qui devient en 1912 l’hebdomadaire Le Militant, diffusé dans tout le « Finistère ». Ce journal défend les droits ouvriers et promeut des initiatives concrètes : Madec crée une coopérative ouvrière et une mutuelle-incendie pour les paysans. Il s’implique dans l’Union des apprentis de l’arsenal et fonde le Syndicat professionnel de l’arsenal. En 1913, il mène une campagne vigoureuse contre le Cercle Néo-malthusien de Brest, qu’il accuse de promouvoir des idées contraires à la morale catholique et à la vitalité démographique bretonne.
Ses actions lui valent des critiques au sein de l’Église, qui voit en lui un prêtre trop politisé. Surnommé « Madec-social », il incarne un clergé proche du peuple, influencé par le Sillon, mais reste fidèle à sa vocation pastorale. En 1918, après la guerre, il obtient une licence en droit canonique à Paris. Nommé recteur de la paroisse de Goulven en 1920, puis aumônier du Refuge à Brest en 1925, il continue à œuvrer pour les déshérités, combinant spiritualité et action sociale.
Mobilisé en 1914 comme aumônier volontaire du 2e Régiment d’Infanterie Coloniale, Madec sert comme brancardier sur le front. Atteint cardiaque, il est réformé en 1918 et retourne brièvement au Relecq-Kerhuon. Cette expérience de la guerre renforce son attachement à la Bretagne.
Engagements culturels et nationalistes bretons

À partir des années 1920, Madec oriente son militantisme vers la défense de l’identité bretonne. Il lance l’hebdomadaire L’Armoricain, qui devient un supplément finistérien du Nouvelliste de Bretagne. En 1927, il devient secrétaire général du mouvement catholique Bleun-Brug, fondé en 1905 par l’abbé Jean-Marie Perrot, visant à promouvoir la culture bretonne, la langue et la nationalité bretonnes dans un cadre catholique. Madec tente d’y insuffler une dimension politique. Il crée en septembre 1927 La Patrie Bretonne, un hebdomadaire bilingue (français-breton) où il écrit sous le pseudonyme de P. Manac’h. Ce journal défend un autonomiste catholique, valorisant la « race » bretonne, sa langue et ses traditions.
Cependant, ce projet est désavoué par l’évêque républicain et pro-français de Kemper (Quimper) en novembre 1927, entraînant l’effondrement de La Patrie Bretonne en 1929. Madec rebondit en fondant en novembre 1929 le mouvement Adsao avec une poignée de militants à Brest. La revue mensuelle Adsao paraît dès juin 1930, avec pour objectif de « libérer des entraves arbitraires les forces actives de la Bretagne » et de promouvoir la vitalité culturelle, économique et morale du pays. Madec la dirige de 1931 à 1936, mais en 1934, ses tentatives d’orientation vers les ligues d’extrême droite provoquent l’éclatement du mouvement. Dans ses dernières années, affaibli, il effectue des tournées de conférences pour plaider en faveur de l’enseignement du breton dans les écoles, voyant dans la langue un pilier de l’identité nationale bretonne.
Apports à la culture et à la nation bretonnes
Les contributions de Madec à la culture bretonne sont multiples et profondes. Pionnier de l’action sociale en Bretagne, il a intégré le catholicisme aux luttes ouvrières et paysannes, posant les bases d’un syndicalisme chrétien. Ses publications – La Quinzaine Ouvrière, Le Militant, L’Armoricain, La Patrie Bretonne et Adsao – ont diffusé des idées progressivement autonomistes.
Madec a contribué à la nation bretonne en luttant contre l’assimilation jacobine, plaidant pour une décentralisation active qui respecte la personnalité ethnique et historique de la Bretagne.
François-Marie Madec fut un prêtre déconcertant, un militant infatigable dont la vie illustre les tensions de la Bretagne moderne : entre tradition et modernité, catholicisme et socialisme, nationalisme breton et centralisme hexagonal.
Olier Kerdrel
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