Dans le Pacifique Sud, les frontières maritimes entre la France et le Vanuatu ravivent un vieux contentieux colonial comme l’évoque Le Monde. Les îlots Matthew (Umaenupne) et Hunter (Umaeneg/Leka), deux formations volcaniques désertiques et inhabitées, sont au cœur de frictions qui resurgissent à l’approche de nouvelles discussions bilatérales. Revendiqués par Vanuatu depuis son indépendance en 1980, ces îlots symbolisent la persistance de la logique coloniale française dans la délimitation des territoires et des mers.
La position déterminée de Port-Vila
Le Premier ministre vanuatais Jotham Napat a déclaré avec fermeté devant le Parlement : « Notre chemin vers l’indépendance n’est pas encore terminé. Il ne sera achevé que lorsque nous aurons obtenu la souveraineté sur l’ensemble de nos îles et de nos mers. » Cette déclaration forte, accompagnée dans le Vanuatu Daily Post d’un photomontage montrant Emmanuel Macron et Jotham Napat surplombant les deux îlots, illustre l’exaspération croissante de Vanuatu face à ce dossier.
La revendication n’est pas nouvelle. Elle date de 1983, seulement trois ans après l’accession du pays à l’indépendance du condominium franco-britannique. Aujourd’hui, la priorité absolue de la diplomatie vanuataise reste « la défense de notre souveraineté et l’intégrité de nos frontières », comme le rappelle la feuille de route de 2024. Les cartes officielles de Vanuatu incluent explicitement Hunter au sud de l’archipel, affirmant une continuité territoriale claire.
Colonialisme français
Ce contentieux territorial est constamment compliqué par les menées coloniales de la France en Nouvelle-Calédonie. Les actions brutales de Paris contre le peuple kanak nourrissent la méfiance de Port-Vila. Le Vanuatu a l’impression d’avoir été floué par Paris lors de précédentes discussions, notamment après des annonces qui n’ont pas abouti. Les négociations promises par Emmanuel Macron, prévues à Paris en 2026, interviennent donc dans un climat de frustration.
La France, qui a annexé ces îlots en 1929 et les a rattachés à la Nouvelle-Calédonie en 1965, maintient sa souveraineté sur ces terres malgré les revendications historiques de Vanuatu. Pour Port-Vila, il s’agit de réparer un héritage colonial arbitraire qui prive l’archipel d’une partie légitime de son territoire et de ses espaces maritimes.
Enjeux de souveraineté et de délimitation maritime
Au-delà du symbole, ces îlots conditionnent des zones économiques exclusives potentiellement importantes. Le différend bloque une délimitation claire des frontières maritimes, créant des incertitudes juridiques pour les activités de pêche et de recherche scientifique dans la région. Vanuatu exige une reconnaissance pleine de sa souveraineté sur Umaenupne et Umaeneg, afin d’achever son processus d’indépendance.
Vanuatu attend de la France une attitude constructive qui mette fin aux reports et aux positions dilatoires. Reconnaître les droits de Vanuatu sur ces îlots constituerait un geste concret de sortie de la logique coloniale. Ce contentieux Matthew-Hunter dépasse un simple tracé de carte. Il questionne la capacité de la France à régler pacifiquement ses différends post-coloniaux avec ses anciens territoires de la région, comme l’illustre l’occupation de la Kanaky. Pour Vanuatu, l’heure est venue de clore définitivement ce chapitre et d’affirmer pleinement sa souveraineté sur l’ensemble de son archipel et de ses mers après le départ des Français.
Budig Gourmaelon
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