30 chefs bretons qui ont fait la Bretagne : Erispoë, le vainqueur des Francs

Dans le panthéon des chefs bretons, Érispoë (ou Erispoë) occupe une place unique. Fils de Nominoë, ce roi incarne l’esprit indomptable de notre peuple. Alors que les Francs cherchaient à conquérir et soumettre la Bretagne depuis des siècles, Érispoë sut consolider l’entreprise de son père de manière décisive. 

Jeunesse guerrière

Érispoë naît vers 820, fils aîné de Nominoë, roi de Bretagne, et d’Argentaela. Peu d’archives détaillent son enfance, mais il grandit dans une Bretagne en pleine effervescence. Dès sa jeunesse, Érispoë s’illustre sur les champs de bataille. Il entre dans l’histoire le 24 mai 843 lors de la bataille de Messac, où il mène les Bretons au combat contre les Francs. La Chronique de Nantes le mentionne explicitement : « Erispoë mena les Bretons au combat ». Ces premières armes forgent en lui un chef militaire audacieux, digne héritier de la lignée des rois bretons qui depuis des siècles défont les menées des barbares francs. 

Aux côtés de son père, il participe aux campagnes qui libèrent un nombre croissant de terres celtes, repoussant les frontières bretonnes. Érispoë apprend ainsi l’art de la guerre et de la diplomatie. Ces années de formation sont essentielles : elles préparent le jeune prince à affronter les plus grands défis.

La Victoire Décisive de Jengland-Beslé (851)

Nominoë meurt subitement en mars 851 lors d’une campagne en Gaule. Érispoë lui succède immédiatement à la tête de la Bretagne. Charles le Chauve, roi des Francs, voit dans cette succession une opportunité pour envahir la Bretagne. Il franchit la Vilaine avec une armée massive composée d’un ramassis de mercenaires venus de toute l’Europe. Le 22 août 851, près de Jengland-Beslé, les forces bretonnes affrontent les Francs et leurs soudards dans une bataille épique. Sous le commandement d’Érispoë, les Bretons infligent une défaite écrasante aux envahisseurs venus livrer la Bretagne à l’anéantissement. Les comtes francs Gauzbert du Maine, Vivien de Tours et Hildemar périssent avec des milliers de leurs hommes sous les coups des guerriers bretons. Les pertes bretonnes restent minimes. Cette victoire, plus décisive encore que celle de Ballon attribuée à son père en 845, marque un tournant historique pour la nation bretonne.

Les chroniques franques elles-mêmes, comme les Annales de Saint-Bertin, reconnaissent l’ampleur du désastre pour Charles le Chauve et les Francs. Érispoë ne se contente pas de défendre : il dicte ses volontés. Cette bataille consacre l’émergence d’une Bretagne unifiée.

Le Traité d’Angers

Quelques semaines après Jengland, en septembre 851, Érispoë rencontre Charles le Chauve à Angers. Le traité qui en résulte est fondateur. Charles, après avoir longtemps tenté de nier la réalité de la royauté bretonne séculaire, reconnaît la souveraineté bretonne, ainsi que Érispoë comme roi de Bretagne (rex Britonum). Il restitue à l’État breton le pays rennais, le pays nantais et le pays de Retz (Nova Britannia), libéré du joug des barbares francs.

Pour la première fois en 400 ans, un souverain breton contraint les Francs à reconnaître la dignité royale de la Bretagne, une réalité depuis le 5ème siècle. Érispoë solidifie les frontières bretonnes et consolide l’unité politique du pays. 

Consolidation (851-857)

Le règne d’Érispoë, bien que court (six années), est intense. Il doit affronter les incursions vikings qui ravagent les côtes et menacent Nantes. Fidèle à l’héritage paternel, il maintient la pression sur les Francs aux frontières et renforce l’administration bretonne. Des chartes de l’abbaye de Redon attestent de son autorité et de son rôle protecteur des institutions religieuses.

Érispoë gouverne avec fermeté, gérant les tensions internes et les relations délicates avec les Francs. Il marie sa fille à un seigneur breton et prépare l’avenir de son fils Conan. Son règne incarne l’équilibre entre indépendance farouche et pragmatisme diplomatique. Sous son règne, la Bretagne respire enfin libérée de la sauvagerie franque qui, depuis des siècles, semait la mort en Bretagne.

La Fin Tragique et l’Héritage Immortel

Le règne d’Erispoë s’achève tragiquement entre le 2 et le 12 novembre 857. Érispoë est assassiné sur l’autel de l’église de Talensac, lieu d’asile sacré, par son cousin Salomon (aidé d’Alcmar). Cet acte fratricide, motivé par l’ambition et peut-être manipulé par les Francs, plonge la Bretagne dans une nouvelle période de troubles. Salomon usurpe le trône.

Malgré cette fin brutale, l’héritage d’Érispoë demeure immense. Il est celui qui vainquit les Francs, forgea les frontières de la Bretagne. Aujourd’hui encore, son exemple inspire tous ceux qui défendent les droits de la nation bretonne. Érispoë nous rappelle que la Bretagne une nation au cœur vaillant.

Olier Kerdrel

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By La rédaction

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