La guerre en Iran, qui perturbe les routes maritimes stratégiques comme le détroit d’Ormuz, a provoqué une hausse brutale des prix des carburants dans l’Hexagone. En Bretagne, cette flambée est particulièrement alarmante pour les artisans du bâtiment et les entreprises de travaux publics (TP), qui dépendent du gasoil et du gasoil non routier (GNR). Basé sur un récent article de France 3 Bretagne, ce dossier examine en détail les positions des entreprises concernées.
Les réactions des entreprises concernées
Les acteurs bretons du secteur expriment une urgence vitale face à cette hausse, qualifiée d' »insoutenable ». La Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB) des Côtes-d’Armor (22), première organisation professionnelle du département, a adressé un courrier alarmant au gouverneur représentant l’État français (« préfet »). Son président, Erlé Boulaire, insiste sur la nécessité immédiate d’un « plan pour bloquer le plus vite possible les prix du gasoil et du GNR ». Il dénonce une augmentation de trente centimes en trois jours, soulignant que « le gasoil d’aujourd’hui n’est pas passé par le détroit d’Ormuz hier » et accuse des spéculateurs de profiter du conflit. Boulaire cite des exemples concrets : une pelle de 20 tonnes consomme 20 litres par heure, générant un surcoût de six euros par heure ; une entreprise a payé 3 000 euros de plus pour deux cuves de 5 000 litres en quatre jours. Il avertit que démarrer les machines deviendra bientôt « un luxe », menaçant la pérennité des entreprises.
De son côté, Guillaume Le Michel, dirigeant de l’entreprise Pouligot à Plérin (Côtes-d’Armor), qui emploie 17 personnes et opère 10 pelles, calcule un surcoût mensuel de 3 000 euros pour 9 000 litres de GNR. Il cumule les difficultés : une météo défavorable a ralenti les chantiers, les élections municipales bloquent les marchés publics, et maintenant cette flambée. « Le premier trimestre 2026 ne va pas être bon pour les trésoreries », regrette-t-il, craignant une cascade d’impacts sur l’emploi et l’activité locale.
La CAPEB 22 pointe aussi la Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques (TICPE) en hausse continue, exigeant son plafonnement via le rétablissement de la TICPE flottante pour éviter une « double peine » avec la TVA non récupérable. Sans mesures rapides, les entreprises menacent de mobilisations « par tous les moyens légaux », indiquant une frustration croissante vis-à-vis de l’État.
Analyse structurelle
La Bretagne, pays périphérique de l’Hexagone, subit de plein fouet les retombées d’un conflit lointain au Proche-Orient. Le détroit d’Ormuz, par où transite 20 % du pétrole mondial, est vulnérable aux tensions iraniennes, amplifiant la spéculation sur les marchés. Cette dépendance à l’importation expose la Bretagne à des chocs externes, où des événements géopolitiques – comme la guerre en Iran – impacte l’économie bretonne sans que la Bretagne n’ait de voix au chapitre.
La Bretagne repose massivement sur les énergies fossiles importées, avec peu d’autonomie. Les entreprises de TP et d’artisanat consomment du GNR pour des engins lourds, sans alternatives viables immédiates. La Bretagne produit seulement 10-15 % de son énergie, dépendant des importations via Rotterdam ou Le Havre. Cette vulnérabilité est exacerbée par l’absence d’infrastructures robustes : pas de raffineries majeures, et un réseau de distribution sensible aux fluctuations globales.
Économiquement, les PME bretonnes sont fragiles, avec des marges étroites et une dépendance aux chantiers publics. La météo atlantique imprévisible ralentit déjà les travaux, et les élections municipales (comme en 2026) gèlent les appels d’offres. Ajoutez une hausse de 30 centimes sur le carburant, et les trésoreries fondent : surcoûts de milliers d’euros par mois menacent l’emploi (17 salariés chez Pouligot, par exemple).
Socialement, cela frappe une économie bretonne où le bâtiment représente 10 % des emplois. La centralisation française amplifie ces faiblesses, en ignorant les spécificités bretonnes comme la péninsularité de la Bretagne.
Le point de vue national breton
Cette crise illustre la marginalisation persistante de la Bretagne par l’État français. Paris impose des taxes comme la TICPE sans égard pour nos réalités : un pays agricole et maritime, dépendante des transports, paie au prix fort le coût des aventures géopolitiques françaises au Moyen-Orient. La Bretagne, pourtant riche en potentiel renouvelable (vents, marées), est maintenue dans une dépendance énergétique par le gouvernement français. Les spéculateurs « qui en profitent », comme le dit Boulaire, sont souvent des multinationales françaises ou européennes, qui pillent cyniquement nos entreprises. Cette flambée n’est pas un accident, mais le symptôme d’un système hexagonal qui empêche la Bretagne de définir sa stratégie énergétique et économique. Sans indépendance, et déjà une forte autonomie, les Bretons resteront vulnérables aux décisions parisiennes.
Solutions concrètes
Pour contrer cela, des mesures immédiates et structurelles s’imposent.
À court terme : bloquer les prix du gasoil et GNR via un décret, comme exigé par la CAPEB, et rétablir la TICPE flottante pour plafonner les taxes (économie estimée : 5-10 centimes/litre). Subventionner les PME bretonnes via un fonds breton d’urgence (10 millions d’euros pour les Côtes-d’Armor), financé par une surtaxe sur les profits des pétroliers.
À moyen terme : accélérer la transition énergétique en s’appuyant sur les propositions du programme « Breizh 2035 » du Parti National Breton, visant une autonomie énergétique à 100 % d’ici 2040. Pour cela :
- Investir dans un mix énergétique diversifié, incluant 300 turbines hydroliennes marines assemblées à Brest pour produire 5 TWh (23 % du mix), et l’éolien flottant offshore en co-entreprise avec l’Irlande pour 4 TWh (18 %), tout en démantelant les éoliennes terrestres pour préserver les paysages.
- Développer des biocarburants locaux via une filière HVO bretonne (usine de raffinage à Donges ou Lorient transformant 1,2 million de tonnes de colza en 500 millions de litres de biocarburant pour camions et navires) et trois fermes pilotes d’algues-SAF en Baie de Saint-Brieuc, Rade de Brest et Golfe du Morbihan, produisant 50 millions de litres de carburant aérien durable, réduisant ainsi la dépendance aux importations de plus de 30 % dès 2035.
- Créer 10 000 emplois verts en tech et innovation, avec une formation professionnelle gratuite en énergies marines renouvelables et une préférence de 30 % pour les entreprises bretonnes sur les marchés publics.
- Soutenir ces initiatives via un réseau de 200 stations BioGNV alimentées par 800 unités de méthanisation agricole, financé par un Pacte Bioénergies 2040 à 150 millions d’euros par an.
À long terme : instaurer une souveraineté énergétique totale via la création d’un État breton indépendant, avec gestion locale des taxes et redevances sur les énergies marines (1,5 milliard d’euros par an pour alimenter un Fonds souverain de 50 milliards d’euros d’ici 2040).
Le PNB propose des consultations populaires pour les décisions constitutionnelles, inspirées des modèles écossais, afin de contrôler pleinement nos ressources et d’éviter toute dépendance à des États étrangers.
Budig Gourmaelon
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