Emsav : 21 mars 1921, naissance de Guy Vissault de Coëtlogon, révolutionnaire breton

EMSAV – Né le 21 mars 1921 à Angers, Guy Vissault, fils de Thomas Vissault, négociant en grains, et d’Anna de Coëtlogon, employée des postes issue d’une lignée aux traditions monarchistes, il adopte fièrement le nom de sa mère pour affirmer son lien profond avec la Bretagne. Ce descendant de Surcouf rejoint le Parti national breton (PNB) dès l’adolescence.

La voie celtique

À la suite d’un voyage en Irlande à l’été 1938, où il rencontre des étudiants allemands (notamment les frères Owen, membres de la Keltische Gesellschaft ou Société celtique), Guy Vissault est encouragé à approfondir les études celtiques en Allemagne. Ces contacts lui suggèrent de suivre les cours de professeurs renommés en celtologie :

À l’université de Bonn, il suit les enseignements de Rudolf Thurneysen (1857-1940), l’un des plus grands celtisants de l’époque, spécialiste de la grammaire irlandaise ancienne, des textes gallois et des langues celtiques continentales. Thurneysen dirigeait alors un séminaire prestigieux sur les études celtiques. À l’université de Rostock, il assiste aux cours de Friedrich Theil, professeur d’études celtiques et germaniques, qui travaillait sur des thèmes comparatifs entre cultures germaniques et celtiques.

Premiers engagements et l’opération Gwalarn (1938-1940)

À l’approche de la guerre, dans la nuit du 8 au 9 août 1939, il participe au débarquement depuis le thonier Gwalarn sur la plage de Locquirec (Sables-Blancs) : les nationalistes bretons, forts de leur alliance avec le gouvernement allemand, perçoivent caisses d’armes et tracts anti-mobilisation (« Bretons, ne mourez pas pour Dantzig ! »). Arrêté le 25 août par les autorités d’occupation françaises, il est emprisonné jusqu’en février 1940. Les armes ne seront jamais retrouvées malgré les efforts des Français.

L’Occupation et la création du Groupe Vissault (1940-1944)

Contacté par l’Abwehr fin 1940, puis par le SD, Guy Vissault, sous le pseudonyme d’Alain Godvil, intègre des structures allemandes pour mener la lutte contre la menace marxiste. Il suit des formations au sabotage, à la contre-guérilla et aux interrogatoires. Promu sous-lieutenant puis Obersturmführer (lieutenant), il opère sous le contrôle du SD de Rennes (Hauptsturmführer Hermann Wenzel). En septembre 1943, il fonde le Groupe Vissault de Coëtlogon, une petite unité d’une dizaine de combattants bretons (Patrick Guérin pour les liaisons radio, Joseph Le Ruyet, Roger Le Neveu, entre autres), distincte du Bezen Perrot. Cette Selbstschutzpolizei se spécialise dans le renseignement et l’infiltration de réseaux français et d’évasion alliés (comme Bordeaux-Loupiac ou Pat O’Leary) qui sévissent en Bretagne. Opérant dans le Morbihan (Bubry, Baud, Camors, Quistinic), l’Ille-et-Vilaine (Hédé, Rennes, Saint-Brieuc-des-Iffs) et ailleurs, le groupe obtient l’appui de la population bretonne et démantèle des filières hostiles.

Le procès, le refus de grâce et le sacrifice final (1944-1945)

Capturé par les FFI le 21 août 1944 à Sens, interrogé par les Britanniques à Londres (où les services s’intéressent à ses liens et à d’éventuels agents « stay-behind »), Guy Vissault de Coëtlogon est remis aux autorités d’occupation françaises. Jugé les 5-6 avril 1945 par la cour de justice de la Seine, il assume son parcours sans repentir : « Je suis prêt à recommencer pour la Bretagne, pour l’Occident et contre le bolchevisme. » Condamné à mort, il rejette la grâce : « Un soldat breton ne demande pas sa grâce à un chef d’État français. »

Guy Vissault de Coëtlogon est fusillé le 24 avril 1945 au fort de Montrouge, à 24 ans. Inhumé initialement en fosse commune au cimetière de Thiais, son corps est transféré ; sa tombe porte l’inscription « Doue ha Breizh ». Par son engagement total pour une Bretagne souveraine, Guy Vissault de Coëtlogon incarne le dévouement héroïque pour la patrie bretonne.

Olier Kerdrel

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By La rédaction

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