La Bretagne ne se construit pas avec une recette toute faite, ni avec des idées qu’on plaque sur le monde comme une paire de lunettes. Ceux qui mènent le combat culturel et identitaire de plein front savent à quel point les évènements actuels remettent en cause les idées reçues. Ils perçoivent aussi, chez beaucoup, cette lassitude intérieure et cette hésitation de ceux qui restent encore attachés par mille fils aux schémas du passé. Ce frein invisible constitue un obstacle sérieux sur le chemin de notre renaissance.
On pourrait penser que les hommes d’avant-hier ne comptent plus, puisqu’ils ne participent guère à la construction d’une Bretagne nouvelle. Pourtant, ce serait une erreur. Ils sont les parents de la jeune génération sur laquelle repose l’avenir de notre peuple. Ils doivent donc comprendre l’enjeu essentiel : préserver l’existence de la Bretagne, sa langue, ses traditions et sa capacité à tracer son propre chemin.
C’est toute notre vision de l’éducation qu’il faut réorienter. Inutile de gaver les jeunes Bretons de connaissances mortes ou de pseudo-érudition déconnectée de la vie. La science et la culture doivent rester ancrées dans le réel. Nos universités bretonnes doivent former des esprits complets : maîtres dans leur spécialité, mais aussi profondément nourris de notre culture, de notre histoire, de notre langue et de notre imaginaire collectif. La science, même pour accomplir quoi que ce soit dans son propre domaine spécifique, ne doit jamais être détachée de la vie, car sinon elle ne crée que des divisions sociales et une arrogance de classe. Même dans ses fonctions spécialisées, elle doit rester proche du peuple et orientée vers la vie. C’est pourquoi, puisque les universités sont principalement responsables de la formation de la prochaine génération de dirigeants bretons dans presque tous les domaines professionnels, nous exigeons un tournant décisif face à la spécialisation dangereuse de toutes les disciplines individuelles. Cette spécialisation a privé la science elle-même de toute vue d’ensemble sur la culture. Les jeunes de demain ne doivent pas seulement maîtriser leur domaine d’études spécifique, mais ils doivent aussi être éduqués au sens le plus vrai et le plus noble du terme, en possédant une compréhension authentique, acquise par eux-mêmes et de première main, de la culture de leur peuple et de leur tâche historique pour son service.
Autre facteur décisif : aucun jeune, même brillant sur le papier, ne devrait accéder à des responsabilités sans avoir prouvé sa valeur dans la lutte pour l’existence. L’entreprise, la mer, l’agriculture… c’est là que se révèle la vraie trempe. Sans cette école de la vie, on risque de créer une bureaucratie incapable de répondre aux réalités bretonnes plutôt qu’une élite proactive. Dans la sélection des futurs responsables bretons, le premier critère doit donc être la compétence réelle. On ne forme pas un leader, le leadership repose en grande partie sur des qualités innées, mais pour peser dans la machine complexe d’une nation moderne, il faut une maîtrise profonde du terrain. La conviction idéologique, aussi nécessaire soit-elle, ne remplace pas le savoir-faire concret. Un dirigeant qui ignore les détails de son domaine nuit plus qu’il ne sert.
Enfin, la Bretagne de demain ne se construira pas sur un club d’hommes isolé, mais sur le clan, sur la famille et sur l’enracinement. Nous ne voulons pas répéter les erreurs des élites arrogantes et coupées du peuple. Les meilleurs doivent s’engager tôt dans la vie, fonder des familles, transmettre. C’est le moyen le plus sûr d’allier compétence, caractère et fidélité au pays.
C’est sur ces fondations solides – excellence professionnelle, enracinement culturel et sens du service à la communauté bretonne – que nous pourrons fonder une véritable alternative nationaliste pour la Bretagne. Nous avons une jeunesse bretonne pleine de talent et d’attachement à sa patrie. À nous de lui offrir les outils et l’ambition nécessaires pour réussir. La Bretagne mérite des leaders qui lui ressemblent : authentiques, enracinés et tournés vers l’avenir.
Konan Riou
Recevez notre newsletter par e-mail !
