Un appel aux dons vient remettre en lumière « l’Histoire du siège de Brest », court récit attribué à Anne de France, fille de Louis XI et sœur de Charles VIII, daté de 1505. L’Histoire du siège de Brest ne constitue pas un témoignage contemporain du siège qu’elle raconte.
La Bibliothèque nationale de France lance un appel aux dons pour l’acquisition d’un manuscrit classé Trésor national en août 2025 : les « Enseignements » et « l’Histoire du siège de Brest » d’Anne de France (1461-1522), régente du royaume : https://t.co/OArzwlqB5l pic.twitter.com/UTZjztU0RP
— La Bibliothèque nationale de France (@laBnF) September 10, 2026
Composée au début du 16ème siècle, probablement vers 1503-1505, elle reprend une histoire remontant à la guerre de Succession de Bretagne, au 14ème siècle, après être passée par plusieurs réécritures. Ce que l’on remet aujourd’hui à l’honneur est un remarquable exemple de la manière dont l’histoire bretonne a pu être réécrite par la propagande française.
La guerre de Succession de Bretagne commence en 1341, après la mort du duc Jean III. Deux prétentions s’opposent. Jean de Montfort revendique l’État breton tandis que Jeanne de Penthièvre, nièce de Jean III, revendique également la succession avec son époux Charles de Blois. Le conflit est donc d’abord ce que son nom indique : une guerre de succession bretonne. Son enjeu est de déterminer qui gouvernera l’État breton.
La guerre de Cent Ans donne rapidement au conflit une dimension internationale. Le roi d’Angleterre soutient le parti breton montfortiste tandis que le roi de France apporte son soutien au parti de Charles de Blois. Réduire la guerre de Succession à un épisode de l’affrontement franco-anglais revient à en déformer profondément la nature.
Des Bretons combattent dans les deux camps d’une guerre civile. Les grands lignages de Bretagne choisissent leur parti. Les forteresses bretonnes constituent des enjeux politiques et militaires essentiels. Français et Anglais interviennent dans un conflit qui leur est étranger.
L’origine lointaine de l’Histoire du siège de Brest se trouve dans les Chroniques de Jean Froissart et dans un épisode concernant Brest en 1357. Mais Anne de France ne travaille pas directement à partir de Froissart. Elle reprend une version déjà transformée par Antoine de La Sale dans Le Réconfort de Madame de Fresne, des propagandistes français achevés.
Et le trucage est considérable. La recherche universitaire consacrée au texte a relevé que, dans cette transmission, les Anglais, qui viennent au secours du camp de l’indépendance bretonne, passent du statut d’assiégés à celui d’assiégeants. L’épisode historique est donc littéralement retourné sur commande du pouvoir français.
Dans l’Histoire du siège de Brest, un puissant « prince de Galles » arrive « en Bretaigne » accompagné d’une armée et vient soi-disant « assiéger le tres fort chasteau et ville de Brest ». À l’intérieur de la place se trouve un pseudo seigneur du Chastel, présenté comme capitaine de Brest agissant « pour le roy » des Français. Les Français qui, en réalité, envahissent et occupent la Bretagne dans le but d’imposer le fantoche du pouvoir français, Charles de Blois.
Voilà ce qui rend aujourd’hui assez savoureuse la présentation de l’œuvre comme morceau de « l’histoire de Brest ». C’est bien Brest que l’on voit, mais une Brest détachée par la propagande française du cadre politique breton qui permettrait précisément de comprendre son histoire.
Anne de France n’est pas n’importe qui. Fille de Louis XI, sœur de Charles VIII, épouse de Pierre de Beaujeu, elle avait exercé une influence considérable sur le gouvernement de la monarchie française et poussé à outrance la France pour qu’elle entre en guerre contre la Bretagne et l’annexe. Cet absurde exercice de propagande s’inscrit dans cette continuité.
Retenons l’essentiel : ce qu’il adviendra de ce mauvais livre, revendu ou pas, n’empêchera pas les Bretons de regagner conscience de leur histoire nationale et de se détacher toujours plus de leur ennemi déclaré : la France.
Olier Kerdrel
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