Le 15 octobre 1984, Ange Péresse, dit Aël, s’éteignait à Munich, en Allemagne, à l’âge de 64 ans. Figure du nationalisme breton de l’entre-deux-guerres, compagnon de Célestin Lainé et ancien responsable du Bezen Perrot, il avait passé près de quarante années loin de sa terre natale. Son parcours ne s’était pourtant pas arrêté en 1945 : des réseaux d’exilés aux nouvelles générations indépendantistes, Péresse avait conservé des relations avec l’Emsav jusqu’aux dernières années de son existence.
Une jeunesse vouée à l’indépendance bretonne
Né le 22 mai 1920 à Rennes, dans une famille originaire de Bubry, Ange Péresse grandit à une époque où le mouvement national breton connaît un renouvellement politique et intellectuel. La revendication indépendantiste, portée notamment par le Parti National Breton, attire une génération de jeunes militants désireux de dépasser le seul régionalisme culturel.
En 1936, à seize ans, Péresse adhère au PNB. Il se rapproche rapidement de Célestin Lainé, ingénieur et militant indépendantiste partisan de la constitution d’une organisation clandestine armée. Il rejoint le Kadervenn, puis participe aux activités du Service spécial, au sein duquel se prépare une stratégie de confrontation avec l’État français.
Ses activités lui valent plusieurs démêlés avec la justice. En 1938, il est condamné à la suite d’actions militantes à Rennes. L’année suivante, son nom apparaît dans l’affaire du débarquement clandestin d’armes à Locquirec.
La guerre bouleverse ensuite son existence. Avec Lainé, Péresse appartient au courant nationaliste qui choisit de rechercher l’appui de l’Allemagne pour faire avancer la cause indépendantiste. En 1943, il devient l’un des responsables du Bezen Perrot, formation armée bretonne intégrée aux services de sécurité allemands et engagée notamment dans des opérations contre les bandes communistes.
Sous le nom de guerre de Cocal, Péresse exerce des responsabilités de commandement. Ses anciens compagnons le décriront comme un homme énergique, exigeant et attaché à la discipline.
1944 : le départ sans retour
À l’été 1944, l’avance alliée entraîne l’évacuation de Rennes par les forces allemandes. Le 2 août, Ange Péresse participe à l’organisation du départ des hommes du Bezen Perrot vers l’est.
Ce départ marque une rupture dans son existence. À vingt-quatre ans, il quitte la Bretagne, où il ne reviendra plus s’établir.
Après la capitulation allemande, il retrouve plusieurs anciens militants bretons, notamment Célestin Lainé, Alan Heusaff et Louis Feutren, dans une Allemagne dévastée. Les premières années sont difficiles. Les exilés cherchent des moyens de subsistance et tentent de reconstruire leur existence dans les différentes zones d’occupation.
Condamné à mort par contumace en France en 1946, Péresse demeure en Allemagne. Il y fonde durablement son foyer avec son épouse Germaine et leurs trois fils, Budoc, Hamon et Gerhard. La famille réside notamment à Münster, où Péresse est photographié en 1953, avant de s’établir plus tard à Munich. Il travaille dans le commerce et acquiert la nationalité allemande.
Les amitiés de l’exil
L’éloignement géographique ne signifie pas la disparition des relations nouées au cours de ses années militantes.
Péresse conserve des liens avec les anciens membres du mouvement national breton dispersés à travers l’Europe. Célestin Lainé, installé par la suite en Irlande, demeure une référence majeure de ce milieu. Alan Heusaff, qui jouera un rôle important dans les organisations panceltistes, appartient également à cette génération d’exilés.
Yann Fouéré, autre personnalité du nationalisme breton, évoquera dans ses mémoires les conditions d’existence de Péresse et de sa famille après la guerre.
Un militantisme poursuivi depuis l’Allemagne
L’un des aspects les moins connus de la biographie d’Ange Péresse concerne la poursuite de ses activités politiques pendant l’exil.
Ses contacts ne se limitent pas à la génération de l’avant-guerre. Dans les années 1970, alors que le Front de libération de la Bretagne et l’Armée révolutionnaire bretonne conduisent une nouvelle campagne clandestine, son nom apparaît dans les investigations judiciaires françaises.
En 1979, Péresse figure parmi les personnes poursuivies devant la Cour de sûreté de l’État dans une affaire concernant plusieurs dizaines d’attentats ou de tentatives d’attentats attribués au FLB-ARB. Résidant alors à Munich, il est jugé en son absence et condamné à sept années d’emprisonnement.
Son fils Gerhard, également poursuivi dans cette affaire, est acquitté.
Ces événements attestent la persistance de relations entre Péresse et certains milieux indépendantistes bretons plus de trente ans après la fin de la guerre.
Une famille liée à l’histoire de l’Emsav
L’histoire d’Ange Péresse est aussi celle d’un entourage familial durablement associé à l’Emsav.
Son épouse Germaine partage son existence en Allemagne, tandis que leurs enfants grandissent dans le pays d’accueil de leurs parents. L’implication judiciaire de son fils Gerhard dans l’affaire de 1979 montre que les relations avec les milieux indépendantistes concernent également la génération suivante.
Sa sœur Marie-Joséphine Péresse, dite Finotte, conserve elle aussi des liens avec le nationalisme breton. Elle sera évoquée bien des années plus tard dans la presse militante, témoignant de la longévité des engagements familiaux.
Au-delà des organisations et des événements politiques, ces trajectoires révèlent l’existence de réseaux familiaux et amicaux qui contribuèrent à transmettre la mémoire de l’Emsav d’une génération à l’autre.
Le 15 octobre 1984, la disparition d’Ange Péresse
Ange Péresse meurt le 15 octobre 1984 à l’hôpital universitaire de Munich. Il avait soixante-quatre ans, dont près de quarante passés hors de Bretagne.
Sa disparition est évoquée dans les publications nationalistes bretonnes. Quelques années plus tard, Gwenn ha Du présente sa mort comme celle d’un homme appartenant à une génération historique de l’Emsav.
Son existence avait traversé plusieurs époques : le nationalisme indépendantiste des années 1930, la clandestinité, la Seconde Guerre mondiale, l’exil et les recompositions du mouvement breton dans les décennies suivantes.
Quarante-deux ans après sa disparition, son nom demeure associé à l’histoire de l’Emsav et aux réseaux de militants bretons qui poursuivirent leur existence politique loin de leur pays natal.
Olier Kerdrel
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